DOMINIQUE A AU THEATRE DE LA VILLE

 CONCERT DOMINIQUE A AU THEATRE DE LA VILLE

Un trait d’union entre hier et demain.
Salle comble au Théâtre de la Ville pour cette soirée du 27 janvier. Les regards se croisent. Quarantenaires, trentenaires et plus, sont là pour refléter le parcours d’un chanteur musicien qui a pris son envol il y a une vingtaine d’années grâce au courage des oiseaux. La Fossette révèle un chanteur minimaliste lyrique qui se plaît à composer des chansons décomplexées assumant la brièveté et des phrases répétitives. Des phrases qui rappellent avec le recul la composition d’un haïku mélodieux. « Le courage des oiseaux a de la valeur parce que les mots sont raccords avec la mélodie et parce que c’est un slogan, une espèce de haïku. Pour moi, à la limite, ce que raconte le couplet, je m’en  fous et je pense que tout le monde s’en fout. Ils veulent juste entendre cette phrase… » dit Dominique A.

Le concert se décompose en deux parties séparées par un entracte, une reprenant les titres de la Fossette, l’autre présentant des inédits du prochain album. Avec surprise, les titres de La Fossette n’ont pas pris une ride. Entouré de deux claviers aux frontières de deux époques, à cour un piano à queue et à jardin un clavier avec programmations, Dominique A reprend les titres de l’album du commencement. Vivement dimanche, Février, Trombes d’eau, Va t’en, L’un dans l’autre, Mes lapins, Sous la neige, Le courage des oiseaux, Les habitudes se perdent, Ce qui sépare, Passé l’hiver, La Folie des hommes et l’écho.

Les titres montrent combien le répertoire des amants désunis est une thématique profonde et ancrée dans le lyrisme du chanteur. Les textes laissent entendre l’incompréhension qu’a le couple à communiquer, avec au bout, la rupture. Musicalement, la programmation de sons synthétiques et les boucles rythmiques donnent à l’ensemble un sentiment d’aliénation et de continuité inexorable. L’échec inévitable. Une poésie fatale qui donne à l’ensemble des allures de rêveries maladives tout en grâce.

Si la gestuelle année 80 de Dominique a sur scène amuse un peu, on respecte la fluidité et la conviction de l’énergie déployée sur scène. Une sensualité portée par une voix reconnaissable, féminité et sincérité. Tout s’accélère après l’entracte lorsqu’un quintet à vent vient rejoindre la scène pour accompagner une nouvelle formation : batterie, basse électrique/contrebasse, guitare électrique. Les morceaux annoncent le prochain album de Dominique A prévu pour le 26 mars, Vers les lueurs. La prestation a du coffre. Jeff Hallam à la basse donne un rythme visuel à l’ensemble, accompagné par un jeune Thomas Poli à la guitare électrique en grande forme. La bandoulière tangue. Eclairage flamboyant, carrés d’ombres au sol.  Les artistes enchaînent les titres avec une énergie constante. Un vent parfois proche d’un Noir Désir souffle sur le public. Il y est question de lumière et moins de couple sur la rupture. La musique s’est électrisée, endurcie, accélérée. Les cris des spectateurs ponctuent désormais chaque morceau. Ostinato est sans doute le plus représentatif. Un emblème musical pour ce chanteur minimaliste qui se plaît à répéter une rythmique pour atteindre une violence réaliste.

Le concert finira par des rappels en acoustique. Dominique A revient trois fois pour finir seul sur scène avec sa guitare folk. La guitare s’arrêtera pour laisser entendre Pour la peau a cappella. Silence liturgique dans la salle du Théâtre de la ville. L’émotion est à son apogée. Reverb éteinte. Le sentiment d’un cadeau après 2h30 de musique. Un beau spectacle sur le temps qui passe et la continuité d’un artiste toujours présent. On attend avec impatience l’album.

 

 

Sébastien Mounié © Etat-critique.com – 31/01/2012

Auteur: Sébastien Mounié

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