C’est par cette exposition qui invite à plonger nos regards dans l’azur que le musée de la Vie romantique a rouvert ses portes, le jour de la Saint-Valentin, après près d’un an et demi de travaux. Il rend ainsi hommage à un peintre paysagiste un peu oublié, Paul Huet (1803-1869), contemporain et ami d’Ary Scheffer (1795-1858), qui fréquenta sa maison-atelier devenue musée.
Élève malheureux de Pierre-Narcisse Guérin puis d’Antoine-Jean Gros, Paul Huet ne suivit pas leur voie, trop académique à son goût, leur préférant Delacroix, avec lequel il noua une profonde amitié. Avec son autre grand ami, le peintre anglais Bonington, il pratiqua dès les années 1820 la peinture de plein air, lors de séjours en Normandie. C’est alors que le traitement des effets atmosphériques, dans ses paysages, devient plus subtil.
Il faut cependant préciser que l’exposition n’est pas une monographie sur Paul Huet. Il s’agit plutôt une promenade, en cinq étapes, parmi les paysages peints par les artistes en France, dans la première moitié du XIXe siècle.
La cohérence de l’accrochage avec le propos n’est pas toujours très claire, mais il faut se laisser guider par cette balade – de plus en plus romantique – pour découvrir les paysages, souvent somptueux, de nombreux peintres peu connus. La cinquantaine d’œuvres exposées – parmi lesquelles une quinzaine de toiles et quelques estampes de Huet – provient de Paris et de nombreuses villes de France.
La première section, « À la découverte du paysage », fait le point sur l’évolution de ce genre, longtemps considéré comme mineur, situé entre la scène de genre et la nature morte, dans une hiérarchie qui plaçait à son sommet la peinture d’histoire. La création, en 1816, sous l’impulsion de Pierre-Henri de Valenciennes, d’un prix de Rome du paysage historique, lui fit gagner en reconnaissance, mais les normes associées lui firent perdre en spontanéité et le prix fut supprimé en 1863.
L’influence conjointe des artistes anglais, notamment Constable ou Bonington, admirés au Salon de 1824, et des « plein-airistes », mouvement initié par l’école de Barbizon dès les années 1820, incita les paysagistes à s’affranchir des codes académiques pour mieux observer la nature.
Les paysages historiques d’Achille Bénouville, Xavier de Maistre ou Paul Flandrin, à la composition classique et rigoureuse et aux nuées bien dessinées dans le ciel, peuvent être comparés aux études de Bonington, Constable et Delacroix, plus rapidement brossées et qui témoignent d’une intention de saisir les variations de l’atmosphère. Le Paysage d’Écosse de Jean-Bruno Gassies (1826) semble se situer entre ces deux pôles, avec sa brume épaisse qui laisse apparaître dans ses trouées les lignes ciselées des collines rocailleuses.
Les quatre sections suivantes suivent la chronologie de la vie de Paul Huet, depuis sa « passion précoce » pour les ciels, puis ses débuts difficiles au Salon et ses voyages, l’épanouissement et la reconnaissance officielle de son talent dans les années 1830-1840, et enfin la fin de sa carrière, au cours de laquelle, par son travail sur les effets de la lumière, il fit figure de pionnier pour la nouvelle génération.
Parmi ses œuvres de relative jeunesse figure l’Esquisse pour un orage à la fin du jour (vers 1831), dite aussi Le Retour du grognard : une toile très expressive, occupée aux quatre cinquièmes par un ciel tourmenté hâtivement brossé, dont la noirceur à gauche contraste avec une fulgurance d’un blanc éblouissant à droite.
Plusieurs très grandes toiles représentant des vues panoramiques d’Avignon, de Rouen ou de Dieppe sont exposées dans cette section. La Vue du château d’Arques, près de Dieppe (115 x 187 cm) est la réduction d’une composition de treize mètres de long peinte en 1829 pour le Diorama Montesquieu – ensemble de quatre toiles animées par des jeux de lumière –, aujourd’hui disparue. La composition foisonnante est construite à la fois en plongée et de face et ses multiples plans successifs donnent une impression de profondeur presque vertigineuse. La lumière changeante du ciel normand baigne ce vaste horizon.
Paul Huet connaît enfin le succès au Salon à partir des années 1830, grâce aux critiques élogieuses de Théophile Gautier, notamment, au soutien de Delacroix et du prince Ferdinand-Philippe d’Orléans fils aîné du roi Louis-Philippe, qui lui achète plusieurs tableaux. Proche de Victor Hugo, Alexandre Dumas, Georges Sand et Alphonse de Lamartine, il insuffle à ses toiles une sensibilité romantique. Le Val d’Enfer, au pied du Sancy (1847), en Auvergne, devient sous son pinceau un paysage hostile et sombre sous l’orage, qui menace d’engloutir le petit personnage égaré près du torrent déchainé. Dans le célèbre Gouffre du musée d’Orsay (1861), au paysage mouvant et presque irréel, il va plus loin encore dans le romantisme teinté de fantastique, alors même que ce genre est passé de mode.
Les dernières œuvres de l’artiste vieillissant, des paysages faisant la part belle à l’eau – rivière ou mer – et au ciel, sont présentées aux côtés de sujets proches peints par Eugène Boudin ou Léon Bonnat. Par leur spontanéité et la liberté de leur touche, elles peuvent être qualifiées de pré-impressionnistes. Le Ciel entrouvert, exécuté peu avant la mort de Huet, en 1869, avec son immense ciel qu’un soleil levant éclaire peu à peu, constitue une sorte de testament.
Jusqu’au 30 août 2026
Musée de la vie romantique, Paris IXème
Plein tarif : 12€ / Tarif réduit : 10€






