Troisième film du regretté Rob Reiner, Stand By Me appartient à cette catégorie rare des films pour enfants, mais en fait pas vraiment ! On s’explique dans cet article.
Sous influence de Steven Spielberg, les années 80 ont pondu des films pour un public jeune mais avec un ton tout à fait particulier. Par exemple, le film de Joe Dante, Gremlins, reste un authentique film d’horreur. Pour enfants.
Brisby et le secret du Nimh est un surprenant dessin animé, qui fait encore aujourd’hui très peur. Les auteurs de l’époque semblaient sonder la partie sombre de l’enfance : les angoisses, les disparitions, les morts. Les enfants ne vivaient pas dans un monde tout rose et réconfortant. Spielberg et ses contemporains ne ménagent pas les enfants dans des aventures parfois déroutantes.
C’est le cas de Stand By Me, récit initiatique tout droit sorti de l’esprit malade et génial de Stephen King. En 1986, Rob Reiner n’est pas encore le cinéaste reconnu et apprécié pour sa bienveillance. Acteur de série télé, il s’est fait remarquer jusqu’alors pour le culte Spinal Tap et la gentillette comédie Garçon Choc pour Nana Chic. Stand By Me va profiter de toute l’humilité du réalisateur.
Il impose naturellement à l’adaptation de la nouvelle The Body, une délicieuse nostalgie qui pourtant ne fera de cadeau à ses quatre jeunes héros. Pour rappel : Chris, Gordie, Teddy et Vern partent dans la campagne de l’Oregon pour retrouver le cadavre d’un enfant et ainsi faire la une des journaux…
Une drôle d’idée qui va servir de périple musclé et révélateur pour les quatre personnages. Chacun fuit des traumatismes. Chacun va partager ses peurs avec ses petits camarades. Chacun plonge le film dans une mélancolie qui ne se limite pas à un joli décor des années 50. La patte de Stephen King subsiste et l’Amérique se décrit alors sans fioriture. Les images font plaisir à voir mais cachent des secrets beaucoup plus troublants et le récit ne les évite jamais.
Quarante ans plus tard, Stand By Me reste un monument de cinéma sur l’enfance mais surtout une œuvre aussi divertissante que angoissante. Une fois de plus, la calme mise en scène de Rob Reiner (qui réalisera plus tard une autre adaptation réussie de King, Misery) met finalement en avant la douloureuse existence des petits aventuriers, qui rêvent leur vie mais se font constamment rattrapés par la réalité, parfois sordide. L’amitié semble alors le rempart au désespoir.
Nécessaire, Stand By Me est une œuvre qui se partage entre générations et sa ressortie montre le monde de l’enfance n’est pas celui de Disney ou Pixar ou autre friandise trop colorée pour être honnête!
Avec Will Heaton, River Phoenix, Jerry O’Connell et Corey Feldman
1986 Columbia – 1h29

