Hotel de Lausanne

Vous aimez Modiano ? Alors courrez acheter cet hôtel-là : le roman de Thierry Dancourt a reçu un prix mérité du Premier Roman, mais il aurait pu remporter aussi bien un Grand prix du pastiche… Deux plaisirs en un.

L’inaction se déroule dans un passé vague et des lieux précis, les personnages sont mystérieux, évanescents, habitent les rues du XVIe arrondissement de Paris… Quand je vous le disais que c’est du Modiano ! Et du bon…

L’histoire débute au chapitre II, dans les allées du cimetière de Passy. Le narrateur, Daniel Debaecker, fait la connaissance de Christine Stretter et du fascinant immeuble de style paquebot qui domine la palais du Trocadéro, de l’autre côté de l’avenue Paul-Doumer. Elle a vécu là, il y a longtemps… Il fait gris. Enfin il pleut. Repli vers l’avenue Bugeaud, non loin, dans un café désert.

Le lecteur navigue ensuite avec ce couple improbable, elle est fiancée après tout, entre des limites étroites fixées par la rue Berton, au sud, et l’avenue Foch, au nord. Et au milieu coule la rue Chalgrin. Dans la rue, l’hôtel éponyme abrite les journées de Christine et Daniel, ainsi qu’une mystérieuse collection de vieilles photographies accrochées aux murs. D’autres hôtels, ailleurs…

A la page 116, le roman prend un coup de soleil : Daniel est à Casablanca, sur la piste d’une paire de fauteuils Royère, pour le compte d’un de ses clients. Mais le vrai but du voyage est ailleurs que chez le particulier qui vend son salon.

Est-ce un hasard si le nom du narrateur est l’anagramme presque parfaite de Baedeker ? Le roman nous conduit sur les itinéraires d’un tourisme architectural précis, qui participe du charme de sa lecture, pour peu qu’on soit sensible à la matière. Et le couple illégitime formé par Daniel et Christine invente même une forme de voyage immobile à travers ces beaux livres régionalistes dont le titre hausse du col telle ou telle ville de province.

Même le choix des mots semble parfois modianesque :”Jean Delorme, imprésario.” (page 90) “Imprésario”, et non “agent”, qui aurait fait basculer la phrase dans la modernité. Les personnages principaux non plus ne semblent pas vouloir basculer dans la modernité, dans le présent. Des déclassés ? Plutôt des déphasés, qui préfèrent parcourir des mappemondes, descendre dans des hôtels en noir et blanc. Le temps d’une lecture, le lecteur suit leur pente avec délectation.

10/18

Auteur: Philippe Muller

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