Cinéma

Gourou, Yann Gozlan, M6 films

Grandeur et décadence d’un coach de réseau social ! Yann Gozlan passe de la boite noire à nos écrans connectés. Mais semble oublier l’essentiel: surprendre.

Le cinéaste est devenu le spécialiste du thriller contemporain et astucieux. On doit reconnaitre à Yann Gozlan, une sincère efficacité dans sa mise en scène : il scrute les faiblesses des hommes et observe avec malice les mensonges et les manipulations de notre temps.
Dans tous ses films, depuis Captifs, on reconnait une passion et surtout une envie de bien faire, de partager le public entre divertissement et réflexion. Le type veut raconter son époque et il le fait avec un dévouement constant.

Il a donc connu le succès avec Un homme idéal puis La Boite Noire, et le revoilà avec Gourou, portrait véritable du cynisme ambiant et drame psychologique un peu raté. Car le réalisateur y va frontalement pour décrire ce monde étrange des influenceurs. Il suit un coach en développement personnel mais Yann Gozlan met sur la sellette, toutes ces stars qui s’improvisent en maîtres à penser sur les réseaux sociaux.

Avec ironie, Yann Gozlan va jusqu’à faire intervenir un personnage clivant comme Cyril Hanouna dans son film. La fiction vient titiller la réalité. C’est très amusant et cela pousse à prendre du recul avec ce qu’est cette société du spectacle, qui veut, obligatoirement, le bien être du spectateur. Et des buzz lucratifs !

Mais Yann Gozlan dénonce bel et bien l’égo de ces petits nombrilistes. Il suit à la loupe le quotidien de Matt Vasseur, un coach populaire qui perd le fil de sa réussite, le jour où l’État décide de mettre son nez dans toute cette bienveillance psychologique qui rapporte des millions d’euros. Le cinéaste depuis ses débuts a quelque chose d’Yves Boisset dans cette manière de suivre l’actualité à coup de fiction rutilante.

Gourou n’est clairement pas son meilleur film mais on doit avouer que son film ne ménage pas son spectateur : il le met en face de cette vie sur les écrans qui s’intéressent à nos états d’âme mais aussi au portefeuille. C’est fascinant.

Hélas, la structure du scénario est bien trop classique et le spectateur a toujours cinq bonnes minutes d’avance sur le personnage principal, joué avec énergie par Pierre Niney. Le comte du cinéma français est bon mais il ne faut pas oublier le reste du casting, venu de différents univers et très convaincants. Ils font en tout cas passer la pilule : on s’ennuie poliment devant Gourou. On se réveille à la fin avec un final assez saisissant, mais sinon c’est très lent et peu stimulant pour nos méninges. Gozlan avait réellement fait mieux auparavant. Ce n’est pas nul mais on passe à travers un possible excellent polar… et on a juste droit à un beau véhicule pour acteur au sommet de la gloire… encore un ego trip de notre époque?

Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Christophe Montenez et Anthony Bajon
M6 films – 2h06

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