Cinéma

Father Mother Brother Sister, Jim Jarmusch, Le Pacte


Ton père, c’est Tom Waits. Il a encore cette démarche féline. Il a ce regard perçant. Et surtout c’est une voix. Rauque et magnifique. On y entend l’usure et le doute. Tom Waits, comme papa étrange, ça fonctionne merveilleusement bien.

Et c’est le vieux complice de toujours de Jim Jarmusch qui installe en toute simplicité le vieux chanteur dans un canapé pour nous offrir une joli moment en famille. En face de lui, la star de la télé Mayim Bialik et le fidèle Adam Driver. Ils sont propres sur eux et observent un papa donc au bout du rouleau.

Les trois comédiens ont leur parcours et ils semblent venir avec dans un schéma narratif assez simple : les enfants retrouvent leur papa et s’inquiètent poliment pour lui. Avec son regard chirurgical mais mélancolique, Jim Jarmusch trouve toujours les petites touches comiques dans le quotidien, les corps qui affrontent le malaise d’une situation.

Le réalisateur nous met au cœur d’une situation connue de tous et en fait un moment presque poétique, à l’absurdité assez européenne. C’est sa marque de fabrique depuis Stranger than Paradise. Transcender le quotidien, voire l’ennui.

Les relations sont fragiles mais délicates. Jusqu’à un twist qui ressemble à l’irrésistible Tom Waits. Et ensuite, ta mère, c’est Charlotte Rampling. Là encore, on est aspiré par le mythe de l’actrice. Son parcours, sa carrière, son charisme. En un seul plan, lovée dans son canapé, on est pris par l’actrice, magnétique et froide en même temps.

Son personnage attend ses deux filles pour un goûter annuel au fin fond d’une Irlande esthétisée. L’une est extravertie tandis que l’autre ressemble à une vieille fille godiche. Les clichés sont là. Comme les mets servis à table, l’auteur de Night On Earth en fait quelque chose de délicieux.

Il décortique mécaniquement les rapports familiaux. Dans la filmographie de Jarmusch, le film à sketchs est récurrent. Il connaît les répétitions et les enjeux de la comparaison entre les sketchs. Alors il rappelle que les erreurs sont les mêmes et qu’ils se trouvent souvent dans les détails.

Ton frère et ta sœur sont Indya Moore et Lija Sabbat, deux jolis acteurs issus des séries. Ils viennent pleurer leurs parents, à Paris, en fermant leur appartement. Ils sont deux étrangers avec beaucoup de points communs. Là encore, tout est dans le détail. Et dans la ville. Paris devient un endroit singulier, labyrinthique à l’image des rapports entre le frère et la sœur.

Là encore, la mélancolie de Jarmusch se rappelle à notre bon souvenir : les artifices sont évidents mais au service de l’émotion. C’est pourquoi il s’agit de cinéma. Les images véhiculent toujours une idée. Le sketch est une mise au point pour Jarmusch. Les trois histoires sont différentes mais touchent à l’universalité.

C’est du cinéma très calme. Jarmusch n’est plus le rockeur déluré mais plutôt un vieux sage au regard apaisé, qui tente de rendre les choses belles et subtiles sur des sujets pas faciles comme la famille. Il reste facétieux avec l’âge et son film, lion d’or à la Mostra de Venise, est une délicate intention, faite de tendresse et d’humour aigre doux. Comme tous ses films, la poésie l’emporte et on adore la façon dont il hait la famille. Un grand petit film.

Avec Tom Waits, Adam Driver, Cate Blanchett et Charlotte Rampling
1h50 – Le Pacte

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