Le cas Richard Jewell, Clint Eastwood
Mar04

Le cas Richard Jewell, Clint Eastwood

Richard Jewell est un loser même pas magnifique, un gros nounours trentenaire célibataire qui vit encore chez maman, qui aurait rêvé d’être flic et qui collectionne les armes. Viré de la police municipale et même de son poste de vigile, il se retrouve agent de sécurité aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996. C’est alors qu’il découvre un sac piégé sous un banc et permet ainsi d’éviter un massacre. Malheureusement pour notre héros, un enquêteur du FBI s’acoquine avec une journaliste impitoyable pour gâcher son heure de gloire et le transformer en suspect numéro 1. La vie du pauvre Richard Jewel bascule alors dans un cauchemar médiatique qu’il lui faudra affronter avec l’aide d’un avocat aussi raté que lui et qui fut jadis son camarade de jeux vidéos. Papy Eastwood saborde totalement cette histoire vraie, et assez géniale, qui aurait pu (qui aurait dû !) donner un très grand film. Certes, il est agréable de voir des scènes à l’ancienne, avec des vrais figurants (plutôt que des foules reconstituées par ordinateur) ; mais quelle lourdeur dans la réalisation ! L’image est très laide : les décors et les couleurs sont d’une pâleur dignes d’un mauvais feuilleton télé. La scène de l’attentat est un modèle de ringardise : ralentis appuyés, caméra subjective, gros plans pathétiques sur la mère et la fille qui mourront justement au moment où elles allaient partir etc. Lorsqu’il veut nous tirer des larmes, ce bon vieux Clint utilise systématiquement la bonne vieille technique du gros plan progressif sur le visage, accompagné d’une douce petite musique émouvante (trois notes jouées à deux doigts au piano et puis envoyez les violons!). Voilà pour la forme. Mais que dire du fond, si ce n’est qu’on le touche ? Le vétéran du cinéma se borne à étirer sur plus de deux heures des scènes creuses et qui sonnent faux. Il n’approfondit pas son sujet et ne propose ni psychologie du personnage, ni réflexion sur la mécanique de l’emballement médiatique, ni rien. Juste le spectacle d’un pauvre beauf gentil et naïf qui est manipulé par un flic méchant et roublard. C’est trop injuste, comme dirait Caliméro. Après le dérangeant mais quand-même moins raté American Sniper, Clint Eastwood continue de distiller aussi subtilement qu’il le peut son discours Républicain et pro-armes à feu : les fonctionnaires sont trop nombreux (police municipale, gardiens du parc où a eu lieu l’attentat et autre FBI se disputent la compétence du crime et semblent tous aussi nuls les uns que les autres), avoir des armes à feu (et même des armes de guerre) ce n’est rien tant qu’on est du côté des gentils, les femmes sont fourbes et les médias sont vraiment rien que...

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La voie de l’écuyer, Académie équestre de Versailles, sous la Direction de Bartabas, Opus 2020
Mar04

La voie de l’écuyer, Académie équestre de Versailles, sous la Direction de Bartabas, Opus 2020

(c) A. Poupeney Je ne connais pas le monde du cheval et nourris presque de la méfiance pour ce milieu qui me semble parfois excluant et autoritaire. Mais la curiosité et, avouons-le, un brin de fascination, m’ont donné envie d’aller voir ce spectacle avec ma fille de six ans. « La tradition est la déformation d’un message à travers les multiples maillons de la chaîne. Il arrive un moment où il faut revenir à l’origine ». C’est avec cette citation de Pierre Boulez puis une séance de kyūdō – trois archères tirent des flèches dans des gestes lents et solennels – que débute la reprise de l’académie équestre de Versailles, dirigée par Bartabas. Le contraste de l’enceinte : la sobriété de la pierre, du sable, du bois brut structurant les gradins et balcons, la majesté des miroirs immenses et des lustres aussi légers qu’imposants. Les portes s’ouvrent, les chevaux entrent… Les tableaux se succèdent, entrecoupés du passage d’un cavalier sur un magnifique cheval noir se déplaçant gracieusement, où la musique cède place à des citations sur l’art équestre et la science de l’écuyer. Il est question de dialogue en tête-à-tête avec le cheval, d’humilité, d’abnégation, de répartition harmonieuse du poids, d’équilibre, de sentiments, de cœur. Et en effet, l’on n’est point ici pour assister à une démonstration de force ou à de spectaculaires prouesses techniques. Le spectacle qui s’offre à nos sens est bien plus subtil. Tout y est sobre et majestueux : les costumes, le lieu, l’apparat des chevaux, la musique. Le contraste encore entre la maîtrise et la rigueur qu’impose la discipline et la légèreté et la joyeuse liberté. Quel tendre tableau que ces jeunes poulains gambadant librement, se caressant les uns contre les autres, se roulant dans le sable. Le spectacle, accessible à tous publics, semble imposer le respect : par miracle, nous n’avons pas aperçu un seul smartphone s’éclairer ou se brandir. Personnellement j’ai regretté un peu l’omniprésent fond musical ; j’aurais voulu mieux « sentir » la présence des animaux, leur odeur, le son des sabots sur le sable, le cliquetis des mors, le bruit du souffle exprimé par les nasaux. Qu’importe, on savoure tout de même cette délicieuse parenthèse de reconnexion au sensible. Bref, allez-y, c’est une thérapie de laquelle on revient comme d’une balade en forêt. Quant à ce qu’en a pensé ma fille : « c’était trop bien ! » A l’issue de la représentation, nous sommes invités à visiter les écuries. A partir du 17 février 2020« La voie de l’écuyer », Académie équestre de Versailles, VersaillesLes samedis à 18h et les dimanches à 15h. Tarifs : 16 à 25€. Réservation obligatoire....

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