Youth

Youth, un regard neuf, perçant mais tendre sur le grand âge, ses désagréments et ses illusions, ses doutes et ses accomplissements. Une œuvre foisonnante et énergisante pour tous les âges de la vie.

Deux vieux bonshommes barbotant dans une piscine, fascinés par une superbe naïade qui occupe presque toute l’affiche : on croirait une référence inversée à l’épisode biblique de Suzanne et les vieillards – une Suzanne fière et délibérément impudique qui nargue les deux vieillards affaiblis. À cet instant, il semble que sa beauté et sa jeunesse triomphantes aient plus de valeur que tous les talents et toutes les distinctions reçues par les éminents personnages qui la contemplent, l’un, Fred Ballinger, compositeur et chef d’orchestre célèbre à la retraite, l’autre, Mick Boyle, réalisateur pour le cinéma qui travaille à son dernier scénario.

Youth aborde avec subtilité et un humour doux-amer le thème de la vieillesse/la jeunesse, de la perception de soi comme « vieux », du passé et de l’avenir selon notre position sur le curseur du temps. Dans le vénérable hôtel thermal au pied des Alpes suisses où les deux vieux amis sont en villégiature, il ne se passe pas grand chose. Les animations des soirées succèdent aux calmes journées ensoleillées ponctuées de bains et de massages… Une succession de courtes scènes, parfois presque des sketches, et de plans mis bout à bout comme pour un reportage composent en pointillés un tableau de la vie de l’hôtel, de ses résidents et de son personnel. Elles font doucement évoluer les deux amis dans leur manière d’envisager la vieillesse – la refuser et vouloir rester actif ou l’accepter comme une période de la vie singulière destinée à la méditation et non plus à l’action. Un autre personnage, jeune acteur venu s’imprégner de son prochain rôle, se pose en spectateur narquois de cette comédie humaine.

Comme dans son précédent film, La Grande Bellezza (2013), le réalisateur s’amuse à montrer les classes aisées sous un jour décadent. D’où une ambiance étrange de purgatoire : dans les couloirs de l’hôtel défilent les patients apathiques en peignoirs blancs, livrés aux mains expertes des aimables soignants ; sur un autre plan, leurs corps sont sagement alignés comme des sardines ou des morceaux de viande. Toujours d’une grande beauté plastique, certaines prises de vue sont osées, par exemple quand d’invisibles projecteurs révèlent les corps flasques ruisselant de sueur dans la pénombre du sauna.

De brusques épisodes viennent parfois rompre ce rythme tranquille, accompagnés d’une musique pop qui détonne bruyamment avec la bande son plus classique, très recherchée, de l’ensemble du film. Un cauchemar de la fille de Fred se transforme ainsi en un clip sauvage de la chanteuse Paloma Faith.

En observateur perspicace et en réalisateur virtuose, Paolo Sorrentino fait de son film un florilège de scènes et de répliques mythiques : Miss Univers – « Dieu » – dans la piscine, le vieux couple guindé épié dans la forêt par les deux amis, un Maradona obèse retrouvant miraculeusement sa souplesse pour jongler avec une balle de tennis… Et une scène extraordinaire : le vieux chef d’orchestre heureux comme un enfant, dirigeant un improbable concert de clarines carillonnant au cou de vaches laitières ! Certaines séquences un peu brèves auraient pu être prolongées, quitte à ne pas retenir toutes les propositions. Le film est presque trop riche, du coup un peu long, et gagnerait peut-être en intensité à être légèrement épuré. Mais son foisonnement d’émotions et de réflexions sur l’âge et la vanité font l’effet revitalisant d’un bain de jouvence.

avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz et Paul Dano – Pathé – 9 septembre 2015 – 1h55

Auteur: Beluga

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