Une rencontre / Lisa Azuelos

rencontreLe coup de foudre réac

 

« – Je te préviens c’est une comédie romantique. J’ai adoré LOL ».

Partisan de la découverte, je me dis, allez un petit peu de légèreté dans ce monde de brute, cela ne peut pas faire de mal. Un petit ou un grand Lisa Azuelos avec une petite ou une grande Sophie Marceau, et un grand ou petit François Cluzet, cela donnera toujours un petit ou un grand bonheur.  « -C’est vraiment gentil de venir avec moi. – Non, non cela m’intéresse, vraiment. » Le repas terminé nous chevauchons la Toyota Aygo, concept Mario kart, et nous voilà 10 minutes après devant le cinoche, séance de 22h. Trois personnes dans la salle. Ce n’est pas grave, ce sera plus intime. Toujours positiver avant une séance. Je me souviens du pitch…

Elsa et Pierre se rencontrent lors d’une soirée. L’attirance est immédiate et réciproque. Mais Pierre est marié et père de famille. Il est amoureux de sa femme, et ne l’a jamais trompée en quinze ans de mariage. Quant à Elsa, elle se reconstruit après son divorce, est épanouie dans son métier d’écrivain et se refuse à toute relation avec un homme marié.  Mais quinze jours après la soirée, ils se croisent à nouveau. Ils s’avouent alors leur attirance, mais décident de se séparer sans se laisser leurs numéros de téléphone, préférant laisser le hasard faire les choses. Une histoire sera-t-elle possible ? 

 

Jusque là tout va bien. Le pitch est juste. Dis donc, elle vieillit vraiment très bien Sophie Marceau, quelle jolie femme. Je la préfère maintenant à dans la Boum – « Qu’est-ce que tu penses de Cluzet ? – Mais arrête de parler durant les séances de ciné ! – D’accord. Mais sans rire ? – Il est charmant. Ça te plaît ? – Oui… Étonnamment oui… Chuut. C’est frais ». Le film suit son cours dans le milieu de la bourgeoisie des quadra. Ça cherche des pétards durant une soirée. La rencontre a lieu. Et puis ensuite ils se perdent de vue. Puis ils se retrouvent par hasard au tribunal mais le hasard ne suffit pas, Cluzet-Pierre, devant la bombe Marceau, résiste. Alors tout le monde se dit dans la salle : quel con ! quel con ! Eh oui, les filles aimeraient bien que l’histoire d’amour se concrétise et les garçons s’identifient bien à Cluzet dans ce moment là…

Rencontre en soirée. Une boum taille adulte. Cluzet-Pierre craque. Pierre roule quelques patins à Elsa qui roule quelques patins à Cluzet qui roule quelques patins à Marceau. Ce sont les mêmes… Ils ne sont pas quatre… Caliente ? Non, il ne la ramène même pas en taxi. Eh oui Pierre qui roule n’amasse pas mousse…Il est comme ça Pierre, il veut bien rouler quelques petites pelles mais pas plus. Non, il faut pas déconner, c’est un homme bien. Touche-pipi suffit.  Alors, il y a bien sûr le dialogue  très drôle entre François Cluzet et Alexandre Astier dans le rôle de la mauvaise conscience, ou encore cette scène entre copines durant laquelle ça potine gentiment mais bon, c’est un peu lent à prendre cette histoire d’amour… Qu’est-ce qu’on nous raconte là comme histoire ? Comment qu’est-ce qu’il dit Pierre ? « Le héros aujourd’hui, c’est celui qui reste! » D’ailleurs pour bien nous le faire comprendre , on nous montre des scènes durant lesquelles l’homme infidèle se cache avec son portable pour communiquer avec Sophie. C’est pas bien. Non, Pierre se dit que ce n’est pas pour lui. Putain, mais c’est donc ça l’homme moderne ? Un mec qui se donne le droit de rouler des pelles et c’est tout.

Alors, gentils et charmés par le sourire de Sophie Marceau qui finalement force la rencontre après un débat avec ses copines « Un homme marié ça n’a pas de bite » mais tout de même, les voilà qui par hasard une fois de plus, se retrouvent à Londres. Cette fois-ci, c’est bon. On se dit, ils sont à Londres, loin de tout regard, love movie, dans le même hôtel. Ça ne manque pas. Lui se fait beau pour la soirée, Elle, se fait belle pour la soirée. Il la rejoint dans sa chambre. Elle est magnifique dans sa robe rouge, il la plaque au mur… Et là, le téléphone de Sophie sonne, elle s’isole pour répondre. Cluzet-Pierre joue avec sa manche de chemise comme il fait habituellement avec son petit garçon. Il culpabilise, ni une ni deux, il sort de la chambre et laisse un mot. Sophie raccroche. .. Il n’est plus là ! Dingue ! Incroyable ! Ils s’aiment, ils se retrouvent seuls dans une chambre d’hôtel à Londres, et lui n’est plus là ! La caméra non plus d’ailleurs. Le film s’arrête là. Comme ça. Sans doute la caméra, dégoûtée par tant d’hypocrisie a-t-elle disjoncté.

La salle s’allume. « -Alors qu’est-ce que tu en penses, cela t’a plu ? – Ben je ne sais pas, chérie, la morale est de retour ! J’ai l’impression d’avoir assisté à un cours de catéchisme. – Ce n’est pas du tout en phase avec notre temps. – Oui, un petit film avec de petits bonheurs,  pour une fin réac. Mets la fin au début et personne ne voit la suite. Le sentiment d’avoir été pris pour des cons. Ils auraient dû l’appeler Amen et non une Rencontre. Ils ont le droit de se rouler des pelles, de se donner rendez-vous dans une chambre, mais c’est tout. Le syndrôme Michel Rocard ou Lewinsky/Clinton à échelle microscopique. Rouler des pelles, c’est comme les fellations, ce n’est pas tromper ! – Moi ce qui m’a gonflé c’est les pauvres références littéraires, elle s’appelle Elsa comme l’Elsa d’Aragon, lui Pierre Solal comme le Solal d’Albert Cohen… Ils auraient mieux fait de l’appeler Guillaumette Musso ou Pierre Lévy. On n’est quand même pas dans la même cour qu’Aragon ou Cohen…

-Viens chérie, ce n’est pas grave. Monte dans la Toyota Aygo. On rentre et Champagne ! On va remettre les choses dans l’ordre. »

 

Courteligne et Courtelignette

Auteur: Courteligne

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