Une chambre en Inde, théâtre du soleil, Ariane Mnouchkine

 

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Le parti pris audacieux mais pas si réussi d’Ariane Mnouchkine de rire des drames des hommes et de la planète. Voyage exubérant dans un théâtre aux formes multiples.

Le spectacle commence avant même le seuil du théâtre du soleil. Des gardes indiens en uniforme sécurisent les entrées avant de fouler les planches. Des guirlandes ponctuées de vache sacrée lumineuse et écritures hindis magnifient le grand foyer de la Cartoucherie au doux parfum de cuisine indienne. De grands voiles s’ouvrent sur un décor majestueux. Une grande chambre baignée de lumière. De chaque côté des persiennes laissent deviner des bougainvilliers en fleurs et l’agitation des ruelles. Le dépaysement est déjà assuré.

Une troupe de théâtre française est coincée en Inde. Elle a perdu son directeur et demande à une jeune femme de sa troupe d’en prendre la responsabilité. Dépassée par la mesure de l’enjeu, elle va connaître des nuits agitées en proie avec les pires cauchemars.

Le spectacle prend des airs de Chaplin mais sans toute sa tendresse. Une agitation permanente sur scène agace, les acteurs sur jouent, frôlant les airs de folie. Des éclats de voix, de la scatologie répétitive inutile nous fait vite saturer du trait outrancier. A ajouter une ambiance de festival culture du monde avec des scènes de danse et de théâtre populaire traditionnel du Sud de l’Inde : le theru koothu fidèle à l’exubérance du Sud de l’Inde.

Le regard d’Ariane Mnouchkine plane sur tous les dialogues entre considérations métaphysiques et artistiques sur les tragédies du monde. Comment en rire, les théâtraliser, les penser ? Comment l’artiste peut s’opposer à la barbarie ? Qui peut questionner les enjeux qui dépassent les hommes ?

La grande figure du théâtre contemporain a pris le large après les attentats ayant ébranlé la France fin 2015. Perplexe au premier abord, elle a choisi de les théâtraliser pour porter sa voix sous la forme qu’elle connaît. Mais n’y a-t-il pas d’erreur à vouloir parler de tout : des mariages forcés en Inde et de la question des castes, de la radicalisation des jeunes en France, des vierges promises aux martyrs embrigadés dans le Djihad (scène très drôle) et de la pollution des nappes phréatiques (mise en scène très originale) ? Elle est perdue face à tous ces enjeux et nous perd aussi. Dommage.

« Une Chambre en Inde »,

A partir du 05 novembre 2016

du mercredi au dimanche, Théâtre du Soleil,

à la Cartoucherie (Paris XIIe)

Auteur: Estelle Grenon

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