The Grand Budapest Hotel

Le fameux et vintage réalisateur Wes Anderson réussit un super film d’aventures à l’ancienne.

Maniéré, le cinéma de Wes Anderson devient enfin vivant. Depuis quelques films, l’artifice se met au service des personnages et non pas de la posture du cinéaste, entre indépendance et envie de briller. Il appartient à la petite famille Coppola, possède le même réseau et veut à tout prix se démarquer.

Avec un goût particulier pour les détails vintage et les situations absurdes, le cinéaste a réussi à agacer tout le monde mais avec Moonrise Kingdom, il a commencé à se renouveler et se jouer de sa mécanique bien huilée, son artisanat précieux.

The Grand Budapest Hotel fait donc preuve d’une très grande humilité. Bien entendu l’influence est une fois de plus venue d’Europe mais le réalisateur se fait plaisir et semble avoir réfléchi sur sa démarche. C’est une comédie. Et un peu plus.

Son film collectionne les stars ravis de jouer des hurluberlus du Siècle dernier. Cela fait tendance mais le cinéaste soigne d’abord son héros, un maître d’hôtel un peu particulier. Il hérite d’un tableau. C’est le début d’une grande aventure à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. Trop décalé, le cinéma de Wes Anderson semblait refuser le Monde qui l’entoure.

Après un hommage à l’enfance avec Moonrise Kingdom, il évoque ici donc l’Histoire, de manière fantaisiste mais amène un peu son art vintage dans une réalité, même si la fantaisie est omniprésente. Avec pudeur, il tente donc de revoir son univers au contact d’une réalité plus dure, la guerre et le fascisme, mais ne peut s’empêcher de provoquer une trépidante histoire autour d’un maître d’hôtel absolument charmant et désopilant.

En limitant l’espace et le cadre, le film rappelerait les comic strips des années 30 et même Tintin. Anderson serait allé plus loin que Peter Jackson et Steven Spielberg en retrouvant l’essence quasi graphique du plaisir que l’on a à lire Tintin.

La dérision n’est plus tranchante chez Anderson. Elle le pousse à une réfléxion sur son art et son style. C’est un film à plusieurs lectures. C’est inattendu. On peut y voir une fantaisie burlesque et rétro, un conte cruel sur l’innocence trahie, une belle histoire d’amitié, une aventure loufoque…

On y voit surtout un extraordinaire numéro d’acteur de la part de Ralph Fiennes, qui visiblement a revu tous les films et émissions des Monty Pythons. Il est irrésistible. Il est pour beaucoup dans la réussite de ce film vraiment unique en son genre!

De Wes Anderson
Avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, Harvey Keitel et Edward Norton – Searchlight – 26 février 2014 – 1h34

Auteur: Pierre Loosdregt

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