Tatoueurs, Tatoués – Musée du Quai Branly

tatoueurs

Un Français sur 10 tatoué ! Le nombre impressionne. De quoi largement s’interroger sur le retour contemporain de cette iconographie du corps longtemps marginalisée en Occident. Jusqu’au 18 octobre 2015, l’exposition Tatoueurs, Tatoués revient sur l’histoire du tatouage, cette pratique millénaire.

 

Marque rituelle des sociétés traditionnelles, punition ou marque de fierté, signe d’exclusion sociale marginal ou marque de prestige, le tatouage a une histoire sur chaque continent. L’exposition parcourt ainsi 5 thématiques distinctes :

-Du global au marginal
-Un art en mouvement
-Peau neuve renaissance du tatouage traditionnel
-Nouveaux territoires du monde
-Nouveaux encrages

Les hommes lui donnent une signification liée à leur vie professionnelle, affective ou culturelle. Ce que montre intelligemment le parcours c’est la diversité des histoires. Il y a presque autant d’histoires de tatouages que d’hommes. Parfois un geste pour mordre la vie qui les a mordu, qu’ils soient prisonniers, condamnées à mort, marins, officiers en occident ou artistes du kabuki au Japon. Parfois un geste pour s’insérer dans une communauté.

L’exposition se compose pour beaucoup de photographies, de vidéos, de lithographies, d’estampes japonaises à ne pas manquer, et de panneaux qui expliquent simplement chaque histoire. Parmi les pièces les plus impressionnantes, des crânes gravés, des morceaux de peaux humaines tatouées et découpées post-mortem, un avant-bras momifié et les différents outils du tatoueur d’un continent à l’autre. Les enfants resteront médusés devant ces membres plus vrais que nature en silicone moulés sur des êtres vivants, tatoués par les plus grands tatoueurs contemporains. Freaky à souhait. Prévenez-les avant d’y aller.

Le tatouage est partout, artistique au Japon quand il se mélange avec l’art théâtral ancestral du kabuki,  tatouage tribal bien sûr avec un espace dédié aux Maoris. Artisanal quand il se fait en prison – amusant film en noir et blanc de prisonniers français – « enfants du malheur », fiers face à la caméra, tatouages provocateurs jusque sur le front ou défiant la guillotine sur la nuque. Étonnants corps de condamnés couverts de dessins plus ou moins réussis, comme un abandon tragique de l’enveloppe.

L’acte tatouer est une marque du temps. A l’heure où l’éphémère et la vitesse s’emparent de nos vies, ce détour permet de se réapproprier le temps de ce parcours l’histoire d’hommes qui ont fait de leur corps une parenthèse pour Chronos. Un écart. Etre tatoué, comme une volonté manifeste d’encrer dans le corps un espace, une idée, une nouvelle frontière entre soi et l’autre. Une fenêtre qui perd celui qui la regarde. Impossible de dire de manière catégorique si le tatoué se tatoue pour soi ou pour l’autre. L’articulation est complexe et à fait écrire plus d’un ethnologue. Le tatouage est une réciproque, une membrane poreuse, entre soi et l’autre.

Tatoueurs, Tatoués rend finalement un bel hommage aux cultures alternatives liées à des modes de vie plus qu’à des actes impulsifs, individualistes ou de simples coquetteries. Plus qu’un geste ou qu’une personne, pour beaucoup, un art.

 

tatoué Motif de tatouage sur une jambe féminine Flottenbesuch in Hamburg 1966 Triptypque d'estampes japonaises: duel Portrait de femme Algérienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions.html

 

Auteur: Sébastien Mounié

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