Souvenirs de Marnie

De l’émotion et des sentiments… Les studios Ghibli redeviennent fréquentables.

Car les ardents défenseurs de Hayao Miyazaki sont devenus aveugles: les dernières productions étaient profondément soporifiques à force de soigner les ambiances et les personnages. Les récits n’avaient plus grand chose de dramaturgique. La beauté était là pour cacher des faiblesses de plus en plus inexcusables. Surtout quand on connaît le niveau du studio et de ses chefs d’oeuvre comme Porco Rosso ou Princesse Mononoke, l’univers de Miyazaki ne faisait plus rêver.

Souvenirs de Marnie arriverait ainsi à la fin du studio. Crise de foi ou de confiance? Les créateurs se demandent si ca vaut le coup de continuer. Souvenirs de Marnie porte peut être les dernières volontés du studio Ghibli et ses artistes qui ont littéralement renversé notre conception du film d’animation.

En apparence le film serait plutôt tourner vers les petites filles et leurs angoisses existentielles. Dans la production actuelle, le film surprend: il parle d’une amitié étrange entre deux jeunes filles qui supportent mal leur solitude. Avec un peu de sarcasme, on pourrait se demander s’il ne s’agit pas d’une version sage, animée et niaise de La Vie d’Adèle.

Plus d’une fois, l’ambiguïté s’invite dans la rencontre entre une petite fille asthmatique venue de la grande ville sur une petite cité balnéaire et une petite blonde délaissée par ses proches. Entre les deux, la liaison est bien curieuse. Heureusement la fin remet tout en place et nous sommes bien dans le romantisme très apaisé du studio Ghibli.

En effet le réalisateur Hiromasa Yonebayashi fait taire toute forme de cynisme. Il profite de la marque de fabrique du studio: une célébration de la nature constante, une musique lyrique, une féminisation de l’émotion et une discrète pointe de fantastique… Le film est un concentré de Ghibli. Le film refuse les grands effets, les raccourcis larmoyants et les facilités narratives.

Moins éthéré que les précédents films, plus contemporain, à la poésie mélancolique et au plaisir évident dans chaque plan, Souvenirs de Marnie est un vrai délice. Un retour aux sources inspiré d’un livre britannique mais dépaysant en diable car conté avec le savoir faire si agréable du studio. Le studio va peut être fermé mais ce film ressemblerait presque à une résurrection.

Walt Disney – 14 janvier 2015 – 1h43

Auteur: Pierre Loosdregt

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