Second Helping

Porté par l’immense et incompris Sweet Home Alabama, le second album des Sudistes sera l’album de la consécration, confirmant notamment le talent d’écriture de Ronnie Van Zant sur fond de roots rock endiablé.

Sweet Home Alabama est probablement, avec Born in the USA de Springsteen ou Okie from Muskogee de Merle Haggard, un des plus grands malentendus de l’histoire de la musique américaine. Comme les deux autres chansons, elle fut récupérée par les éléments les moins fréquentables de la vie politique américaine, afin de servir des causes racistes et conservatrices. D’où l’image de rednecks qu’on colle souvent à Lynyrd Skynyrd et au rock sudiste en général.

Petit rappel : la chanson est une réponse à Southern Man et Alabama, deux titres de Neil Young dénonçant le racisme des habitants du Sud. Dans Sweet Home Alabama, Ronnie Van Zant, chanteur de Lynyrd Skynyrd, réplique « J’espère que Neil Young se souviendra / Qu’un gars du Sud ne veut pas de lui ici ».

Ces paroles, mêlées d’allusions à la popularité du gouverneur ségrégationniste George Wallace, et ajoutées aux drapeaux sudistes tendus en fond de scène lors des concerts du groupe, eurent vite fait d’entretenir le malentendu.

Car malentendu il y a, tout simplement car Van Zant et Neil Young étaient potes et s’admiraient respectivement. D’ailleurs leurs musiques, nourries aux mêmes mamelles, celles du rock’n roll, du blues, de la country et des guitares, sont là pour l’attester. Ronnie Van Zant, qui n’avait rien d’un redneck, trouvait juste que Neil, depuis sa Californie dorée, généralisait un peu, commme il le déclara à Rolling Stone :  » Neil Young shootait tous les canards afin d’en tuer un ou deux ». D’où ce titre, plutôt ironique, que Lynyrd Skynyrd avait écrit rapidement, comme une blague sur les clichés et la fierté du Sud profond. D’où, aussi, l’accueil triomphal fait par le public à cette chanson venue redorer le blason d’une région et d’un peuple systématiquement montrés du doigt à cause des mauvaises actions de quelques-uns. Et en plus, le groupe n’était même pas de l’Alabama, mais de la Floride voisine.

Lynyrd Skynyrd, à part ça, est bien le groupe sudiste par excellence : influences rock’n’roll, country, blues et soul, et bien sûr la marque de fabrique du groupe : trois guitaristes électriques, qui font un tabac dès le premier album (1973) avec le magnifique Free Bird. L’association Kooper-Skynyrd fait des merveilles sur « Second Helping » qui reprend la formule, avec un côté encore plus carré, plus pro. Groupe de scène, ils arrivent à retranscrire en studio la folie et la générosité instrumentale de leurs concerts (Call Me The Breeze emprunté à JJ Cale), et surtout ils disposent de la plume de Ron Van Zant, aiguisée, avec un côté honnête et franc du collier qui le rattache plus à la country qu’au rock.

C’est ce mélange de rock débridé et d’écriture poétique qui fait toute la force de Lynyrd Skynyrd : Working for MCA précède dans son sujet le EMI des Sex Pistols, The Needle and The Spoon est une superbe chanson sur la drogue, et The Ballad of Curtis Loew, histoire d’un bluesman noir, l’hommage à leurs racines, celles d’un Sud ambigu, et bien plus complexe qu’on veut bien le penser.

MCA – 1974

Auteur: Nicolas Lejeune

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