Saison culturelle 2014 : l’Auvers du décor

Auvers-sur-Oise : son château, son église, son auberge, sa maison du docteur, son cimetière… Les « incontournables » du village fréquenté notamment par Cézanne, Corot, Pissaro, Daubigny et bien sûr Van Gogh méritent toujours le détour. Mais les initiatives prises chaque année par la ville pour dynamiser l’offre culturelle sont autant de très bonnes raisons de faire le déplacement. Visite guidée et ciblée. 

Auvers-sur-Oise est toujours un peu déserté l’hiver. A tort. Le célèbre village du Vexin reste attrayant sous toutes les lumières. Les ciels tourmentés, les sols enneigés, les façades éteintes ou brumeuses lui vont bien. Alors que les beaux jours reviennent, le photographe Olivier Verley en fait une saisissante démonstration. Les tirages argentiques qu’il expose depuis quelques semaines au musée Daubigny d’Auvers-sur-Oise revisitent ainsi le lieu avec force et profondeur. Des visions différentes, plus sombres, mais pas moins belles – et pas toujours forcément si éloignées – que toutes celles habituellement proposées aux visiteurs de la commune via les impressionnistes ou encore Van Gogh. L’église du village, les plaines qui le surplombent, le cimetière, les tombes de Vincent et Théo…Le plus souvent en noir et blanc, qui selon l’artiste permet « d’interpréter sans outrager ».

Et dans des salles attenantes du musée, une autre exposition temporaire. Des peintures, cette fois. Des tableaux contemporains qui évoquent le Vexin et la Provence, régions toutes deux attachées à Van Gogh. Une manière d’hommage à l’hôte emblématique d’Auvers. Tournesols de Guillaume Corneille ou de Denise Bourdouxhe, Iris d’Hélène Legrand, Alpilles de Joseph Alessandri ou  de Françoise Bizette…

Ces deux accrochages proposés au musée Daubigny (qui comprend également des salles de collections permanentes dédiées à Daubigny et aux arts contemporains, naïf et animalier) s’inscrivent dans le cadre de la saison culturelle 2014 d’Auvers-sur-Oise. Une saison consacrée à… Van Gogh. Et qui se prolongera en 2015 pour marquer le 125ème anniversaire de la mort du peintre. Si le thème – certes légitime – est sans surprise, le contenu de la saison en revanche comporte de vraies audaces.

Comme celle qu’abrite l’une des orangeries du château-musée de la commune (qui propose par ailleurs toute l’année un remarquable- son tarif aussi – parcours en image et en musique intitulé « Au temps des impressionnistes »). Ces caves souterraines accueillent en effet une quarantaine d‘œuvres du street artiste Arnaud Nowart. Toutes réalisées à l’attention des institutions culturelles d’Auvers. Beaucoup d’entre elles font référence à Van Gogh, prolongent des tableaux du maître hollandais, se les approprient, s’y fondent. Avec force couleurs, contrastes, interpellations.

 

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Il faut dire qu’entre Nowart et Van Gogh, c’est déjà une longue histoire. Ils se côtoient en effet régulièrement depuis 1995. Nowart découvre alorspar hasard que l’usine désaffectée dans laquelle il avait quelques années auparavant installé son atelier a été peinte par Van Gogh. C’est pour lui comme une révélation. Depuis, le street artiste, venu au départ du hip-hop et aujourd’hui pluridisciplinaire – il est aussi sculpteur, vidéaste, travaille pour le théâtre, le cinéma… -, chemine régulièrement en compagnie de Van Gogh. « J’ai été partout où il est passé, je me suis imprégné de ces endroits, raconte-t-il, j’aime la puissance de ses portraits, et dans mon propre travail j’aime me confronter à eux. »

Autre lieu à Auvers où les couleurs ne manquent pas, le musée de l’absinthe (dont les collections permanentes sont également associées à la saison culturelle 2014). On les retrouve autant sur les affiches d’époque -délibérément féminines -assurant la promotiondu breuvage « maudit »que sur celles alertant de ses dangers. Sur de splendides fontaines et verres à dégustation aussi, comme surde nombreux objets publicitaires plus réjouissants les uns que les autres.

Plus « gris », mais pas moins savoureux, les récépissés d’actions de la Société anonyme des absinthes françaises ou encore les certificats d’authenticité de la boisson controversée. Et des gravures, de Daumier, de Pascin… «  Elles ne sont pas exposées ici, mais Van Gogh a réalisé quatre toiles où l’absinthe apparaît, indique Marie-Claude Delahaye, la directrice du musée, lui-même, durant son séjour à Auvers, n’en buvait que modérément, et toujours semble-t-il  coupée de beaucoup d ’eau. »

Une consommation raisonnable que devait sans doute approuver le docteur Gachet, résident d’Auvers-sur Oise, qui s’est occupé de Van Gogh dès son arrivée au village en mai 1890 jusqu’à sa mort le 29 juillet. Toujours dans le cadre de la saison culturelle 2014, la maison du médecin abrite aussi une exposition temporaire. Différents manuscrits et documents liés à l’activité professionnelle du praticien y sont d’abord présentés : des cartes professionnelles attestant de la qualité de médecin spécialiste des maladies nerveuses du docteur Gachet, de son appartenance à l’unité de soins « L’ambulance du Grand Orient de France », des dessins  des « folles »de la Salpêtrière… Et d’autres évoquent sa passion pour les artistes et la peinture (lui-même était un peintre amateur acharné) : lettres de Gachet à Pissaro, de Cézanne à Pissaro, de Van Gogh au jeune artiste Anthon Von Rappard (rédigée en néerlandais et illustrée de plusieurs dessins), des panneaux sur les marchands et critiques d’art aussi…

Avec les beaux jours, les visiteurs se pressent à nouveau à Auvers-sur-Oise. Avec raison (s). D’abord la « saison culturelle 2014 ». Et puis aussi les « classiques » : l’auberge Ravoux (avec « la » chambre de Van Gogh, le film « Sur les pas de Van Gogh »), la Maison-Atelier Daubigny (appartenant à la famille Daubigny, elle a été décorée par les enfants du peintre et conçue en partie par Corot), l’église, le cimetière… Et le transport. A peine plus d’une demi-heure le matin au départ de Paris-Gare du Nord. Et même moins d’une demi-heure au retour. Et puis Auvers, Van Gogh le disait lui-même : « C’est gravement beau. »

 

Pratique

Musée Daubigny, exposition « Un chemin vers la couleur », jusqu’au 31 août, tarif 4 € (réduit 2 €). Tél. : 01 30 36 80 20.

Château d’Auvers-sur-Oise, orangerie-sud, exposition « De l’impressionnisme au Street Art », œuvres de Nowart, jusqu’au21 septembre, tarif 4 € (réduit 2 €). Tél. : 01 34 48 4848.

Musée  de l’Absinthe, ouvert jusqu’au 2 novembre, tarif 5 € (réduit 4 €). Tél. : 01 30 36 83 26).

Maison du Docteur Gachet, exposition « Correspondances d’artistes-Lettres de Vincent van Gogh et ses proches », jusqu’au 6 juillet, entrée libre. Tél. : 01 30 36 81 27.

Maison-Atelier Daubigny, ouvert jusqu’au 13 juillet puis du 15 août au 26 octobre, tarif 5 € (réduit 4 €). Tél. : 01 30 36 60 60.

Auberge Ravoux, ouvert jusqu’au 26 octobre, tarif 6 € (réduit 4 €). Tél. : 01 30 36 60 60).

Office du tourisme d’Auvers-sur-Oise, ouvert du mardi au dimanche de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h (18 h d’avril à octobre). Tél. : 01 30 36 10 06.

 

A lire 

« Du graffiti à l’Art in Space », d’Arnaud Rabier Nowart, 25 €, chez Le voyageur éditions.

« Vincent van Gogh à Auvers », le quotidien et le travail de Van Gogh durant les 70 jours qu’il a passés à Auvers, de Wouter van der Veen et Peter Knapp, 45 €, aux Edition du Chêne.

 

A voir

« Van Gogh, chemins empruntés, 2000-2014 », photos d’Olivier Verleyprésentées sur son site internet:http://olivier-verley.jimdo.com/paysages-naturels/van-gogh/ 

Auteur: Rodolphe Pays

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