Le cinéma d’horreur ibérique est en forme. Ce dvd est indispensable pour accompagner les douces soirées entre amis en mal de sensations. La bonne surprise de l'année!
Il n'y a rien de plus exaltant qu'un film d'horreur venu d'Espagne. Depuis une quinzaine d'années, les talents explosent et ridiculisent bien souvent le reste de la production européenne.
On a donc une pensée pour les cinéastes allemands noyés dans le remords, les italiens qui nagent pour survivre et bien entendu les réalisateurs français, souvent hypocrites et incapables de comprendre le cinéma de genre.
Mais oublions cela pour se consacrer à la vision de ce film à la Blairwitch, souvent réussi. L'idée du direct ajoute une sacrée dose d'effrois.
Les deux réalisateurs, chacun talentueux dans leur coin, proposent un faux documentaire qui joue sur le huis clos de manière spectaculaire. Empruntant beaucoup au jeu vidéo (caméra à la première personne), [rec] est une vraie expérience de cinéma.
Amoureux des images, il savent provoquer les frissons. Les zombies n'ont pas besoin d'être une armée pour faire peur. En quelques plans, le flippomètre monte rapidement.
Nous sommes habitués aux reportages télé. Nous connaissons les tics de la télévision. Et même ceux du jeu vidéo. Jaume Balagero et Paco Plaza en profitent à fond.
Le dvd montre bien les bonnes et simples idées qui permettent à un petit budget de devenir le film d'épouvante de l'année (selon la publicité) à travers des modules intéressants.
Dans quelques semaines, En quarantaine, la version américaine, va sortir pour faire grassement rougir de plaisir quelques producteurs arrivistes. Rien ne vaudra cette peur originale. A découvrir à des amis novices, ca n'a pas de prix.
Lors de la sortie en salles:
Le métier de journaliste est décidément difficile. Non contents de devoir réaliser un reportage sur une caserne de pompiers pour une émission destinée aux insomniaques, une reporter et son caméraman se retrouvent à filmer des séquences sédatives en espérant un incendie ou un semblant d’animation qui rendrait l’exercice intéressant.
Mais seule une intervention de routine, libérer une vieille dame dans un appartement, semble se présenter à eux. Faute de grives, ce petit drame humain peut rassasier des téléphages peu regardants. Dix minutes plus tard, déjà trois morts, un immeuble bouclé par la Guardia et pas mal d’hémoglobine. Et ça ne fait que commencer.
Cassons tout de suite un mythe en devenir : il ne s’agit que d’un banal film de zombie en huis clos. Rien de plus, rien de moins. L’apparente originalité du point de vue (la narration est guidée par une caméra subjective) a déjà été exploitée dans le Projet Blair Witch et Cloverfield.
Mais, là où deux tentatives échouaient à redéfinir un genre cloîtré dans ses propres codes en négligeant certaines contraintes narratives, le film espagnol utilise son médium intelligemment. Le spectateur ne verra jamais toute l’action car elle n’est pas limitée dans un espace spécifique.
Le décalage entre le son qui retranscrit l’ensemble de la situation et l’image dont le champ extrêmement réduit, induit un sentiment d’oppression et d’empathie. Les ellipses permettent également de renforcer la crédibilité de l’atmosphère et l’on pourrait parfois s’y croire. Si l’on croit aux morts-vivants bien sûr.
Sans avoir d’autres d’ambitions que de faire sursauter l’auditoire, le pari est remporté. Une ombre semble se porter sur ce tableau néanmoins. La dernière séquence tente d’apporter une solution qui, en plus d’être inutile, se détourne de son sujet et sonne faux. Certainement une manière de donner du corps à un film très court. Mais c’est justement cet aspect pressant et concentré de l’intrigue qui était fort sympathique.
Au final, et en occultant les quelques effets de style servant à donner du réalisme (lags, coupures du son, grain appuyé…) finissants par devenir démonstratifs, on est bien en présence d’un excellent prétendant au titre de frisson du printemps. À moins que le dernier Romero n’emporte encore une fois le cœur des fans des mangeurs de chair fraîche.
Jaume Valat et Paco Loosdregt
© Etat-critique.com - 03/11/2008