Quelques Minutes après Minuit

En trois films, l’Espagnol Juan Antonio Bayona a peut être tout montrer sur l’enfance face à la mort. Après L’orphelinat, The Impossible, Quelques Minutes après Minuit conclut cette réflexion de façon somptueuse et élégante.

Les pisse froids ne devraient pas aimer le style de ce cinéaste, évidemment marqué par Spielberg qui aime le fantastique, l’emphase et les marmots! Bayona ne fait pas dans la demi mesure pourtant il sait être nuancé. Il prend des concepts énormes mais les développe avec finesse. Son film de fantôme, L’Orphelinat, n’était pas comme les autres. Sa vision du film catastrophe, The Impossible, avait le mérite de se détourner des codes narratifs. Il en va de même avec son film de monstre.

Celui de Quelques Minutes après Minuit, on devine clairement qu’il n’existe pas, si ce n’est dans l’imagination du triste Conor. Le film pourrait commencer comme un drame social à la Ken Loach avec un gamin livré à lui même car sa maman souffre d’un cancer féroce.

Il est cependant arraché à la réalité par un monstre issu d’un arbre millénaire de la colline d’à coté qui ressemblerait elle pour le coup, à un décor gothique de la Hammer. C’est une créature pour le moins étrange car elle veut lui raconter trois histoires. Et ensuite, le monstre veut que Conor lui propose un quatrième récit…

Bien entendu, les histoires sont une catharsis pour le jeune garçon obligé de s’installer chez sa grand mère, jouée avec justesse par Sigourney Weaver. Bayona a aussi l’intelligence d’enrôler dans la famille, Felicity Jones dans un rôle difficile de maman suppliciée par la maladie. Le gamin est tout simplement extraordinaire.

Tout comme l’aventure intérieure qu’il va vivre avec ce drôle de compagnon bizarre tout en écorces. Pour ce dernier, les histoires sont des animaux sauvages; libérées on ne sait pas quels ravages elles peuvent provoquer. Mais la vérité se trouve aussi dans les contes et les cauchemars. C’est la thèse connue mais magnifiquement défendue par le film.

Il faut avouer quelques facilités et quelques larmes un peu tirées mais ce film ne ressemble à aucun autre car il célèbre le conte, l’histoire et l’imaginaire dans un monde qui ne veut pas déconnecter de la réalité, qui peut tout savoir et doit tout comprendre. On cherche des cadres pour nous protéger de tout et de la douleur en particulier.

Le film explique qu’on peut s’échapper par l’imagination, que l’on peut se découvrir dans la fiction, le rêve et même le tourment. La dureté de l’existence est une vérité mais d’autres se cachent dans le monde imaginaire et nous éclairent sur la vie. Bayona célèbre ainsi l’importance de l’art, de ce qu’elle doit rester pour tous. Son film est un mélodrame difficile déguisé en conte macabre sublimé. On est début janvier, et il y a bien des chances que ce film soit déjà l’un des grands moments de l’année!

Avec Lewis McDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones et Toby Kebell, Metropolitan filmexport – 4 janvier 2017 – 1h45

Auteur: Pierre Loosdregt

Partager cette chronique sur

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

? * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.