Phoenix

Ce nouveau drame psychologique de Christian Petzold est à la hauteur de Barbara, d’une grande subtilité et magnifiquement interprété, dans un registre plus sombre et impitoyable.

Pour un énième drame sur les suites de la Shoah et la fin de la Seconde guerre mondiale, celui-ci se distingue par sa sobriété, le resserrement de son intrigue, qui pourrait être celle d’une pièce de théâtre et repose presque uniquement sur trois personnages complexes, et sa forte intensité psychologique. Comme dans son précédent film Barbara, dans lequel Nina Hoss et Ronald Zehrfeld tenaient aussi les rôles principaux, Christian Petzold explore les traumatismes de l’après-guerre en Allemagne à travers un très beau portrait de femme passionnée et tourmentée. Nelly Lenz, qui a miraculeusement survécu aux camps, est recueillie à Berlin par son amie Lene.

Après avoir fait reconstruire son visage par la chirurgie, elle tente de retrouver son mari Johnny pour reconstruire sa vie. Mais Johnny ne la reconnaît pas – ou refuse de la reconnaître – et lui propose de se faire passer pour son épouse afin de récupérer et de partager son héritage. D’où un jeu de rôle malsain entre les deux époux et une ambiance angoissante proche de celle d’un thriller, avec des scènes dans les ruines mal famées de la ville, de nuit, un temps souvent morne et pluvieux, et la claustrophobie que l’on ressent dans la cave qui sert de logis à Johnny.

La principale qualité du film tient à l’interprétation ultrasensible de Nina Hoss, qui incarne à la fois le traumatisme des camps de concentration et une lutte intérieure entre amour, espoir et dégoût pour l’homme qui la torture. Elle ressemble à un petit oiseau malade, recroquevillé sur lui-même, voûté, les yeux immenses cernés par ses ecchymoses, et dans son regard intense se lisent à la fois son espoir fou, ses doutes, sa souffrance contenue, son extrême fragilité comme son étonnante force morale de survivante. Les scènes, statiques pour la plupart, sont souvent tournées en plans rapprochés, avec un beau travail de la lumière, sur les protagonistes face à face ou côte à côte qui s’observent, se jaugent ou s’efforcent de sonder leurs pensées respectives.

On peut aussi admirer dans ce film la très fidèle reconstitution des ruines de Berlin en 1945, de sa vie nocturne et de sa société profondément divisée entre anciens nazis, tout-venant, « traîtres » et rescapés des camps. Les haines sont encore vives et les relations humaines, sans pitié. Christian Petzold excelle à rendre compte de cette période sombre et chaotique, quand le peuple, encore sous le choc de la guerre, s’efforçait de renaître de ses cendres, tel un phœnix.

Peut-être reste-t-on finalement un peu sur sa faim, après toute la tension accumulée, mais le dénouement, très subtil, se justifie tout à fait. Le drame est maîtrisé jusqu’à la dernière scène.

Avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld et Nina Kunzendorf –  Diaphana Distribution – 28 janvier 2015 – 1h38

 

Auteur: Beluga

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