Nature Theater of Oklahoma – Life and times – Épisode 8

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« Nature Theater of Oklahoma », inspiré du dernier roman inachevé de Kafka, poursuit la quête d’une écriture dramaturgique qui abolisse la frontière entre scène et public.

Life and Times est une œuvre fleuve en huit épisodes qui déroule le journal intime, déclamé au téléphone à un destinataire omniprésent (meilleur ami, snap-chat, ou le public du théâtre…), de Kristin Worrall, jeune femme américaine de la classe moyenne.

Si l’enfance et la sortie d’adolescence de l’héroïne furent présentées dans des formes narratives aussi diverses que le récital, le film d’animation…, les débuts de sa vie d’adulte se découvrent à la Cité Internationale dans un film musical en cinémascope, tourné exclusivement en extérieur et lumières naturelles.

Entre paysages industriels, rives de l’Hudson aux verdoiements de paradis perdu, promenades suspendues entre Manhattan et Brooklyn, Kristin Worrall a passé la vingtaine, a toujours les tics de langage de l’adolescence et son discours auto-centré s’englue dans les détails au point qu’on a l’impression que le temps ne s’écoule plus.

Dans ce propos on devine aisément une critique du rapport au langage propre aux américains: usage de l’auto-fiction, parole sur soi comme si chacun était le super-héros d’une histoire formidable, sens inné de la célébrité au cœur du banal.

On retient l’évocation mosaïque de la pauvreté d’une banlieue dortoir où le Centre Commercial « tout en bois » est l’attraction principale, de « fancy restaurants » à Los Angeles, d’un premier boulot d’assistant-d’assistant d’un compositeur de jingles de pubs… Le Drame du 11 septembre est narré comme une piqure d’adrénaline dans une vie ennuyeuse…

Kristin Worrall ébauche des questionnements qui restent superficiels au sujet de la famille, du rapport à la mémoire, de la fascination pour le son qui pousse à vouloir tout écouter…

On devine ainsi les thèmes de réflexion de Pavol Liška et Kelly Cooper les metteurs en Scène: comment on parle vrai, montre ou même distingue, le vrai du faux?

C’est la recherche formelle de cette compagnie, soutenue par la Fondation Hermès, qui est enthousiasmante.

On repère une référence au travail de Bill Viola; cette vidéo du Nature Theater of Oklahoma est un objet tout aussi raffiné, l’image est translucide presque trop claire pour être réelle.

Suivons donc ces objets narratifs étranges, théâtraux même hors théâtres, à la dramatisation en miroir de nos dramatisations quotidiennes dans nos conversations, nos posts Facebook, nos abus d’emoticones…

 

Samedi 19 mars 2016

20h30

Théâtre de la Cité Internationale

 

 

 

Auteur: Nadège Sapede

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