Mille excuses / Jonathan Dee

Récit de la reconstruction, Mille excuses de Jonathan Dee impressionne par son style et par son rythme. C’est un roman important, à la fois solide et gazeux.

Jonathan Dee s’était fait remarquer en 2011 avec la parution des « Privilèges ». Dans ses oeuvres, on le compare volontiers à Jay Mc Inerney ou même à Francis Scott Fitzgerald. Il dépeint souvent la réussite de jeunes gens sans problèmes financiers mais que la vie stoppe à un moment ou à un autre et que le temps démolit peu à peu. La vie est un processus de destruction et le travail une lubie folle à laquelle on s’accroche.

Dans Mille excuses, Ben et Helen, la quarantaine, forment un couple sans histoire. Ils vivent dans une banlieue cossue de New-York, avec Sara adoptée à la naissance et d’origine chinoise. Leur vie comme bien d’autres est faite d’habitudes et de compromis. Ils vivent ensemble mais ne se parlent plus, ne se regardent plus.

C’est dans ce contexte que Ben, soucieux de se sentir encore vivant, va tomber amoureux d’une jeune stagiaire et faire salement dérailler son existence monotone. Procès, médiatisation, honte. Mise au ban de la société. Ben qui est avocat, se retrouve radié du barreau et paria. Helen décide alors de changer de vie, de se remettre à travailler et emmène sa fille à New-York

N’en disons pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Et le plaisir se trouve bien là dans ce rythme soutenu qui passe d’un personnage à l’autre et dans ce romanesque qui nimbe le récit ainsi que son questionnement central : comment fait-on pour rebondir, quand on a chuté ?

Fitzgerald affirmait qu’il n’y avait pas de seconde chance dans la vie d’un américain. Dee démontre que la cicatrisation et la reconstruction sont complexes, tumultueuses et qu’elles ne prennent pas la forme désirée. Il faut dire que l’univers dans lequel les personnages se meuvent, est aussi angoissant que le nôtre. Dee décrit la folie médiatique, les idoles de la société du spectacle qui ne peuvent pas s’abstraire du spectacle qu’ils nous donnent à voir. Ses portraits d’adolescents déglingués sont également frappants.

Entre ce qui se passe aux Etats-unis et ce qui se passe en Europe, dans les têtes et dans les coeurs, il n’y a plus que l’épaisseur d’un papier à cigarette. Nous nous ressemblons tellement que le constat est frigorifiant et la critique difficile. Pourquoi se moquer d’un univers déshumanisé quand le nôtre est en perte de repères ?

A lire donc, pour retrouver ou découvrir un auteur majeur.

De Jonathan Dee,
traduit de l’américain par Elisabeth Peellaert / 280 pages / Collection Feux croisés, Editions Plon

Auteur: Philippe Sendek

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