Les Huit Salopards

Comme un bon repas d’hiver, le nouveau de Tarantino est copieux, lourd mais ne manque pas de saveurs. On avait oublié qu’il pouvait être saignant aussi !

La dernière partie du film de Tarantino est à la limite de l’horreur. Celle des années 80 quand Sam Riami expérimentait la violence graphique avec les Evil Dead, quand Tobe Hopper se parodiait avec la première suite de Massacre à la Tronçonneuse, quand le tout jeune Peter Jackson bricolait son tout premier film gore, justement baptisé, Bad Taste !

Dans son huitième film, Tarantino se lâche. Il y a des hectolitres de sang qui se déversent de toutes les manières possibles. Pour un western en huis clos, c’est assez fortiche ! On pensait un dépouillement de la méthode Tarantino. Son film finit dans une gargantuesque orgie saignante avec bouts de cervelles et flaques de sang. Cela pourrait être immonde : c’est assez jubilatoire. Néanmoins cela fait de ce western, une œuvre moins aimable que les autres du réalisateur de Pulp Fiction.

Il joue une fois de plus avec le spectateur. C’est aussi cela que l’on aime dans son cinéma. Sa passion du je(u). En  allant chercher Ennio Morricone pour composer la musique, il passerait pour un type assagi. Les anachronismes sont moins nombreux que dans Django, son précédent film et western. Il va chercher aussi des acteurs plus confirmés comme ce vieux briscard de Kurt Russell ou l’habituel Samuel Jackson.

L’aspect est plus classique, mais le gentil anarchiste subsiste avant de se transformer en furieux cinéaste adepte de la violence hard boiled. C’est ce qu’on aime dans ce film de près de trois heures. Il est différent dans chaque scène. Le réalisateur change de direction à chaque chapitre de son aventure assez simple en apparences.

Un chasseur de prime se retrouve coincé avec sa prisonnière dans un refuge en montagne en pleine tempête de neige. Arrivé avec un autre mercenaire connu dans le pays, ils doivent faire face à des personnages qui n’avouent pas complètement qui ils sont. Il y aurait même un complice de la prisonnière, petit bout de femme au tempérament bien trempé.

Western dépouillé, puis thriller ludique avant de devenir un spectacle de la violence quasi parodique, le film n’a finalement que la forme d’un genre éculé. Tarantino fait ce qu’il sait faire : de bons dialogues, des acteurs bien choisis et des ambiances étranges où ce qui est dérisoire ou stéréotypé devient une véritable étude de l’Amérique. Il a du style. Peut-être a-t-il moins de cœur cette fois ci mais les Huit Salopards est un plaisir coupable, un passionnant portrait de l’Amérique à travers sa haine sourde et omniprésente ! Ce nouveau western n’est pas poli : c’est sa plus grande qualité qui ne plaira pas à ceux qui veux enfermer Tarantino dans un cinéma anobli par le succès.

Avec Kurt Russell, Samuel L Jackson, Tim Roth et Michael Madsen – SND – 3 Janvier 2016 – 2h50

Auteur: Pierre Loosdregt

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