Le quai, Gare-au-Théâtre

En cette époque où, bien calés au creux de notre canapé, au fond de notre lit, voire même dans le métro ou le train, les « séries » font tant partie de notre quotidien, cette pièce de théâtre – les « vieux » parleraient de feuilleton ! – est construite en épisodes !

Si, si ! Une série au théâtre ! Quelle idée fabuleuse ! Et ça marche, ça marche même du feu de Dieu ! On se retrouve à la fin du spectacle tout dépités d’avoir à attendre, pour connaître la suite ! Grrr ! Et oui, on n’a pas l’habitude d’attendre au théâtre ! Et là, pas de streaming possible ! Va falloir être patients !

Deborah Banoun, à la tête de la compagnie Jetzt, et co auteure avec Anne Seiller de cette pièce ciselée affirme que dix épisodes sont prêts ! Mais au fait, de quoi s’agit-il ?

Les auteures se sont inspirées très librement du reportage de Florence Aubenas Quai Ouistreham édité aux éditions de L’Olivier. Florence (interprétée par Caroline Piette), jeune femme brillante, apparemment très déterminée, étudiante en droit constitutionnel, doit faire des choix. Elle souhaite continuer son master en Israël ; elle doit aussi régler la succession de sa grand-mère à Caen, cette grand-mère si froide qui a dû s’occuper d’elle après le mystérieux accident de voiture de ses parents, cette grand-mère avec laquelle elle s’est disputée cinq ans plus tôt, cette grand-mère qui semblait si attachante aux yeux de ses voisins, cette grand-mère qui la laisse aujourd’hui sans un sou.

En attendant, Florence doit survivre, trouver du travail, faire confiance ou pas … Vous l’aurez compris, on y parle de notre société, de la place des jeunes dans le monde du travail, du monde du travail lui même, de famille, d’amitié et tout cela au travers de l’histoire de cette jeune femme parfois battante, parfois abattue.

Juste trois rideaux et une estrade au devant de la scène ! Trois rideaux et une estrade qui permettent d’imaginer des murs, des intérieurs, des paysages, des rues, des trottoirs, un quai …

Les lumières précises et travaillées offrent, parfois de l’intimité, parfois de l’éblouissement presque étouffant, pointant toujours l’essentiel, soutenant parfaitement le texte.

Les comédiens sont neuf sur scène ! C’est sans doute ce qui permet de rythmer si bien le spectacle. Ils sont tour à tour, émouvants, drôles et toujours justes. Le jeu est d’une grande qualité. Les scènes chez Pole Emploi sont particulièrement réussies, à la fois cruelles, pathétiques, vraies et drôles.

Et puis, il y a ce jeune homme d’une vingtaine d’années, un peu transparent dans cette mise en scène, armé de sa guitare et de sa voie si particulière, un peu nasale, aux graves saisissants, d’une justesse parfaite : Breyten Ritmanic. Le musicien rythme la pièce, ajoute encore plus de sensibilité et d’émotion. C’est magnifique !

Bon OK, il y a peut-être quelques stéréotypes dans ce texte, mais franchement, c‘est sans importance car la mise en scène rythmée les fait oublier et on rentre entièrement dans cette histoire. Personnellement je me serais bien fait deux épisodes supplémentaires !

Bon alors, en ces temps difficiles ou l’on affirme que sortir est un acte militant, aller au théâtre à plusieurs reprises dans le cadre d’une série est franchement, mais franchement, un plaisir immense !

La compagnie Jetzt, en résidence à Romainville présentait son travail le 27 novembre dernier. Et oui, trop tard, pour connaître les deux premiers épisodes ! Meuh non …. Heureusement le spectacle sera présenté à nouveau à Gare-au-Théâtre à Vitry sur Seine du 26 au 29 janvier prochains (http://www.gareautheatre.com) !

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Pour en savoir plus sur la compagnie Jetzt : http://ciejetzt.blogspot.fr/
Gare-au-Théâtre à Vitry sur Seine : http://www.gareautheatre.com/

Auteur: Antoine Bouchon

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