Le Pont des Espions

Un avocat découvre le monde de l’espionnage et des agents doubles en pleine Guerre Froide. L’idéaliste Spielberg  réussit l’un de ses meilleurs films. En toute simplicité. Comme Star Wars, ce serait dans les vieux pots qu’on ferait les meilleurs films.

Rudolf Abel est arrêté par la CIA. Nous sommes en 1957, en pleine guerre froide et ce peintre serait un espion au service des Soviétiques. Un avocat doit le défendre. James Donovan se retrouve dans un drôle de sac de nœuds lorsqu’un pilote américain est capturé par le camp adverse.

Donovan est un peu obligé de défendre le traître. Tout le monde se met à le regarder de travers. C’est justement sur ce regard que Spielberg va construire sa mise en scène. Sage et mature, le cinéaste retrouve  son ami, Tom Hanks, incarnation bienfaisante de l’américain moyen, pétri de valeurs humanistes.

Avec un autre réalisateur, cela aurait pu virer au pamphlet patriotique. Avec Spielberg, on se met à aimer ses ennemis, pris dans l’Histoire. Car le manichéisme ne tient pas la route. Spielberg connait bien ce penchant américain mais il le balaie par un jeu de miroir et de regard qui fonctionnent avec une élégance rare par les temps qui courent.

C’est une mise en scène délicate, entrecoupée par des morceaux de bravoure incroyables comme le premier quart d’heure silencieux et chorégraphié ou une scène de crash prodigieuse. Mais dans l’ensemble ne fait pas de vagues. Car il défend un propos. A la manière d’un Clint Eastwood, Spielberg défend un humanisme posé et rassurant dans notre époque trouble.

Le jeu de diplomatie est jubilatoire. La négociation est subtile. La mise en scène s’amuse des ambiguïtés des deux (ou trois) forces en présence. Il n’y a pas de cynisme dans ce film mais un vrai esprit ludique qui doit peut être beaucoup à l’intervention des frères Coen dans le scénario.

Rudolf Abel (l’excellent Mark Rylance) pourrait apparaître dans un film des Coen : personnage opaque et résolument comique. Il ne fait pas grand-chose mais apporte un décalage étonnant qui permet au film d’ouvrir des parenthèses presque drôles. On est au-delà de la reconstitution historique, elle aussi, très impressionnante.

Le Pont des Espions ne sera pas le plus grand succès du réalisateur mais une de ses réussites les plus abouties. Un thriller hors norme alors qu’il célèbre un certain académisme. Un dualité qui va bien à un film où tout le monde joue un double jeu !

Avec Tom Hanks, Mark Rylance, Austin Stowell et Sebastian Koch – 20th century fox – 2 décembre 2015 – 2h12

Auteur: Pierre Loosdregt

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