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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

le Jardin

le Jardin

Cie PEEPING TOM

Théâtre de la Ville Place des Abbesses - 75018 PARIS

Et ta critique ?




 

Il y a quelques trésors dans ce Jardin !

 

Le Jardin - premier opus de la trilogie familiale de Peeping Tom - débute par un film de 35 minutes, une sorte de reportage sans narrateur sur un cabaret bruxellois, lieu nocturne et intriguant à mi-chemin entre le cirque et le musée des horreurs. On y croise un chien qui chante, une pie savante ou encore une lilliputienne danseuse sur pointes.


Les images sont tournées en vidéo, avec un éclairage et un cadrage approximatifs soulignant l'ambiance glauque du lieu. Un malaise diffus qui n'interdit pourtant pas de sourire voire de rire. Il faut dire que Peeping Tom (le « voyeur » en anglais) s'inscrit dans l' excentricité séduisante et tragicomique caractéristique de la scène contemporaine flamande.


Enfin l'écran se lève, mettant fin à ce film qui fait un peu trop dans le surréalisme et qui s'étire légèrement en longueur (on regrettera d'ailleurs que la vidéo empiète sur le spectacle vivant, bien plus intéressant et moins convenu). L'écran se lève et nous découvrons, au son des bestioles nocturnes, un petit jardin propret et artificiel plongé dans l'obscurité, tout juste éclairé par le faisceau d'une torche qui révèle une fontaine humaine et un buisson humanisé.


Puis vient la lumière et avec elle l'excellent Simon Versnel. Il campe un vieil homme ventripotent qui fait le compte de son existence, listant ses conquêtes comme ses biens de consommation. Pendant que l'homme mûr énumère sa vie passée, Franck (Chartier) se frotte sur l'herbe synthétique comme s'il voulait se fondre en elle pour mieux s'y réfugier.


Franck, comme sa compagne incarnée par Gabriela Carrizo, a l'air un peu paumé. Simon (le père) monopolise la parole et l'attention et semble les étouffer. Il ne leur reste pour s'exprimer que quelques mots et une danse autistique et convulsive, toujours tumultueuse. Il dansent bouche contre bouche, se jetant littéralement au visage l'un de l'autre.


Gabriela Carrizo étonne avec une danse empreinte d'une mollesse paradoxalement tonique, comme si elle était sous l'emprise d'une ivresse tout à la fois désinhibante et ramollissante. Elle sautille magnifiquement sur ses quatre membres, dos au sol, figurant une sorte d'araignée bondissante mais camée.


Puis Simon s'intéresse à Franck, et ils se livrent ensemble à un singulier mais touchant duo. L'un jeune, musclé et tonique, l'autre vieillissant, gros et plus raide, chacun trouvant en l'autre un double d'une saisissante ressemblance, mais comme en négatif. Un double symbiotique, un Autre à l'unisson qui peut pourtant tout-à-coup briser l'harmonie parce qu'il se lasse.


Résolument décalé et attractif, on voudrait que le Jardin dure un peu plus longtemps qu'une heure et quart, mais l'on se consolera en allant voir le Salon et le Sous-sol!


http://www.theatredelaville-paris.com/danse/peeping-tom-1.html

 

 


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 20/05/2009