Mon voisin aurait dû écrire cette chronique : il a adoré le nouveau spectacle de Blanca Li !
Le Jardin des Délices, du peintre Jérôme Bosch est un triptyque dont le panneau de gauche représente le paradis terrestre avec Adam et Ève en compagnie de Dieu, le panneau central un très énigmatique jardin, et le panneau de droite les tourments de l'enfer,
Fascinée depuis l'enfance par cette œuvre, la chorégraphe espagnole Blanca li a voulu lui rendre hommage.
S'inspirant de ce tableau qui oscille entre ordinaire et extraordinaire, Blanca Li a construit sa pièce en une succession un peu désordonnée de scènes représentant tour à tour la vie quotidienne (dans toute sa trivialité) et des scènes plus sombres directement inspirées du tableau.
Ainsi, le spectacle commence avec le solo d'un danseur-licorne, avant de nous présenter un cabaret où la chanteuse est défoncée et les spectateurs sont plus intéressés par leur téléphone portable que par tout au monde.
Vie quotidienne et bestiaire fantastique alterneront tout au long de la pièce, avec quelques belles réussites, d'un côté comme de l'autre.
On rit volontiers de la parodie de notre monde où la vulgarité le dispute à la pornographie et où le consumérisme s'invite jusque dans nos fantasmes. Le rappeur, accompagné de sa bimbo, n'est rien qu'un sale gamin dans sa voiture rose à pédales, et Britney Spears n'est plus qu'un travelo impudique...
On est intrigué par l'autre pendant du spectacle: un étrange bestiaire qui défile dans une lumière verdâtre sur fond d'animations directement inspirées du tableau de Bosch. Les corps se mélangent, se fondent, s'imbriquent, pour représenter des bêtes étranges: centaures, licornes, mantes religieuses, millepattes...
Pourtant, malgré les qualités indéniables du spectacle et quelques images marquantes, j'avoue ne pas avoir été transporté par la chorégraphie. Le bestiaire fantastique, malgré de très intéressantes figures, manque un peu de la grâce qui aurait fait mon émerveillement et mon bonheur. De même, j'ai regretté que le spectacle fasse un peu trop dans le kitch (la chorégraphe revendique un côté délibérément « pop »). La scène a parfois des allures de pub de Jean-Paul Goude pour Kodak, ce qui n'est pas forcément un compliment. Et puis l'humour de Blanca Li est un peu trop tarte à la crème à mon goût.
Personnellement j'ai été beaucoup plus touché par l'Orgie de la Tolérance de Jan Fabre (un spectacle qui traite brillamment de la course au plaisir consumériste) que par ce Jardin des Délices qui, pour sympathique qu'il soit, n'est pas très émouvant.
Ceci dit, je dois être trop exigeant, trop sérieux ou trop ronchon, au contraire du type à côté de moi qui a, comme d'ailleurs le reste du public, ovationné le spectacle longuement et avec enthousiasme.
http://www.theatrechampselysees.fr/saison-detail.php?t=3&s=155
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 28/06/2009