Art-scène, Théâtre

L’annonce faite à Marie de Paul Claudel aux Bouffes du Nord

marie

Dans l’acoustique remarquable des Bouffes du Nord, la langue de Claudel se marie avec la musique des anges. Un grand moment de théâtre.

Violaine et Mara, deux sœurs aux caractères bien différents sont les figures de proue d’un drame rural d’apparence ordinaire. Violaine, l’aînée, incarne la douceur, la joie de vivre, la bonté et la piété. Avec son goût immodéré du bonheur, elle se réjouit de son mariage à venir avec Jacques, un paysan voisin à qui son père la destine et qu’elle aime en secret. Sa cadette, Mara, esprit plus tourmenté plus empreinte de dureté et de vices, jalouse sa sœur à qui sourit la vie. Lorsqu’elle la surprend donner un baiser à un bâtisseur de cathédrales lépreux, elle saisit l’occasion de mettre en péril son futur mariage et l’interroge ainsi sur sa destinée sacrifiée. C’est dans cette période troublée que leur père décide de quitter la maison familiale pour Jérusalem sans se douter un moment qu’il va mettre en péril toute cette harmonie et cet avenir tout tracé.

Habités, les comédiens nous transportent avec grâce. Judith Chemla (Violaine) illumine la pièce de sa fraicheur tour à tour jeune femme respirant le bonheur puis bouleversée par sa sainteté. Marine Sylf (Mara) laisse à merveille transparaître dans son regard toute sa fragilité et sa cruauté. Jean Claude Drouot incarne un père ferme mais attachant tant par ses intonations de voix que par ses attitudes. Mère authentique, Fabienne Lucchetti souffre, tiraillée entre ses deux filles. La qualité du jeu de tous les acteurs confère à ce texte aussi beau qu’exigeant une grande modernité et actualité.

On salue la mise en scène inspirée d’Yves Beaunesne sur une partition musicale de Camille Rocailleux à la croisée entre fado, polyphonie corse et chant sacré. Le Salve Regina répond au chant des oiseaux, comme au chœur des femmes éplorées.  La musique magnifie la profondeur du lyrisme de Claudel et apporte du souffle entre les scènes vibrantes d’émotion.

L’idée de mêler le texte parlé aux chants est une réussite. La voix des comédiens accompagnée de deux violoncelles mêle amour charnel et amour divin, joies du corps et de l’esprit. Un rideau de fils interroge sur ce qui retient l’homme face à la volonté divine. Le désir terrestre interpelle ainsi le mystère de la foi autour des miracles, de la vocation ou de la prédestination. Le chant final en araméen ancien semble descendre du ciel pour animer un tableau de piéta éternelle. Puissant.

« Seule est intermittente la visibilité du travail des artistes et techniciens.» Et c’est ici de bien belle manière que ce travail et sa grandeur sont visibles aux Bouffes du Nord jusqu’au 19 juillet. Allez voir !

 

Jusqu’au 19 juillet 2014

Théâtre des Bouffes du Nord

 

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