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Lacrimosa

Roman épistolaire dans lequel l’auteur entame un dialogue post mortem avec une amante suicidée, Lacrimosa est l’un des romans importants de la rentrée littéraire.

“Chère Charlotte. Vous êtes morte sur un coup de tête d’une longue maladie. Le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue.”

Ainsi débute la correspondance que le narrateur va entretenir avec sa chère morte qui, de l’au-delà, prendra la peine de toujours lui répondre. Non pour le remercier de ses épanchements ou de ses souvenirs attendris, mais pour lui dire sans ménagement qu’elle n’est dupe de rien et surtout pas de ses tentatives d’embellir la vérité.

Avec ce roman intimiste qui flirte “dangereusement” avec l’autofiction, Régis Jauffret se livre à un exercice auquel il ne nous avait pas habitué. Mais il est des circonstances où la vie oblige à certaines compromissions. Ou, à tout le moins, à certaines obligations. Celle de rendre un hommage sincère à une femme aimée, trop tôt disparue, par exemple.

En choisissant la forme épistolaire, il évite toutefois l’écueil du pensum bouffi de nostalgie larmoyante. Sans rien renier, ni rien céder au pathos, il reconstitue une histoire en pointillé qui n’a sans doute pas été la plus intense de son existence, mais qui l’a bouleversé profondément.

On est touché par la sincérité du propos, par les tatonnements de la narration, par la volonté de reconstituer ces instants de vie disparus. On est aussi reconnaissant à l’auteur de la crudité de ses mots, de son ironie, de sa fantaisie et de son absence d’indulgence envers lui-même. On ne lit d’ailleurs pas Lacrimosa comme une oeuvre tendant à la perfection formelle, mais comme une déclaration d’amour post-mortem : humaine, entière et désespérée.

Fallait-il pour autant l’écrire ? Tout comme Charlotte en fin d’ouvrage, on ne peut éviter de se poser la question : “Ton chagrin, tu ne pouvais pas le garder pour toi ? C’était un triste trésor quand même et tu l’as dilapidé ! […] Ton chagrin, tu voulais que tout le monde le goûte !”

218 pages – Gallimard

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