Je Suis Charlie

Cabu aimait le jazz.Comme personne. Il aimait ces fous chantants qui virevoltaient entre tous les instruments de musique. Cab Calloway était son idole. Il explorait et illustrait les premiers temps du jazz, celui du big band, cette réunion d’artistes qui ne voulaient que (se) faire plaisir.

Wolinski aimait lui les femmes. Il a passé sa vie à les dessiner. Elles ont inspiré des albums entiers. Elles sont à la source de très mauvaises blagues et de jolis dessins à la poésie naïve. Wolinski, à 80 ans, était un gentil anarchiste, capable de dessiner pour Hara Kiri ou Paris Match. Sage, son irrévérence a subsisté à tous les journaux et toutes les époques.

Tignous aimait la provocation. Il détestait la haine et les bassesses. Il se moquait de tout pour mieux dénoncer les petites horreurs quotidiennes, nos sales lâchetés. Son ton était satirique parfois acerbe. Il était un peu le rocker de la bande de Charlie Hebdo

Charb était le jeune punk. Le convaincu. Pour lui, la grossièreté n’était pas dans l’attitude mais dans les sombres pensées et les silences coupables. Il a toujours brandi un humour graveleux pour dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Il poussait les limites du mauvais goût. Ses bédés sont libres et incarnent l’esprit punk qui représente aussi notre esprit franchouillard et farouche.

Honoré aimait enfermer ses illustrations dans des cases. Dessinateur pour de nombreux journaux, il avait pourtant une ouverture d’esprit incroyable. Son indignation et son sens du dessin ont nourri une efficacité incroyable. En un seul dessin, il pouvait tout dire. Nous faire ressentir.

Bernard Maris aimait la littérature. C’est un économiste rigoureux qui se voulait drôle. Qui savait jouer avec les mots et faire sourire avec les problèmes économiques, les égos des industriels et la chute du baril de pétrole. Bernard Maris ressemblait à l’oncle qui sait tout mais qui ne la ramène pas. Qui préfère le rire à la morale et l’austérité.

Le correcteur Mustapha Ourad, la psychanalyste Elsa Cayat, le journaliste Michel Renaud mais aussi les employés et les policiers assassinés aimaient certainement des livres, des films ou des musiciens. Ils avaient des passions, des envies et des valeurs.

Aujourd’hui on n’arrive pas à rire. Des joyeux drilles sont assassinés. On pensait être les seuls à pouvoir lier le mot « culture » et « etat critique ». On s’est trompé. Notre meilleur arme contre l’obscurantisme: continuer à défendre la culture, nos passions et nos déceptions. La culture, c’est une manière de refuser l’intolérance et la violence!

Auteur: Pierre Loosdregt

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