Il était une fois l’Orient-Express – Institut du Monde Arabe

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L’Orient-Express est à quai à l’Institut du Monde Arabe. C’est le moment où jamais !

Errant du côté de l’Institut du Monde Arabe, mon regard se posa sur des wagons bleus qui parlaient à ma mémoire. Ma première réflexion fut – » Tiens ils font fort les cheminots pour la grève ! En plus des bacheliers qui vont rester sur le carreau ou arriver stressés aux épreuves, des classes de découverte des écoliers annulées, voilà qu’ils ont envahi la capitale en semant ça et là des wagons sur les lieux touristiques. Ma pensée fila immédiatement vers le parvis de Notre-Dame. Y avait-il là-bas aussi des wagons posés ça et là pour plaider la cause des cheminots ? Une Micheline à Notre-Dame pour faire ombrage à Esméralda…

Des wagons bleus traversés par une bande dorée… Plus de doute possible ! Les cheminots avaient réussi à kidnapper l’Orient-Express et à le planter sur le parvis de l’Institut. Un coup de maître ! Un wagon-salon Pullman Flèche d’Or, un wagon-lit, un wagon-bar Pullman Train Bleu, un wagon-restaurant Anatolie ! Le plus fort était sans doute la présence du guichet. Comment pouvait-on oser demander de l’argent à des voyageurs pour monter dans des wagons qui ne roulaient même pas ? Les cheminots étaient décidément très forts. Comme les autres, tel un mouton, je fis la queue, me disant qu’il devait bien y avoir une raison… et espérant au fond de moi que le voyage serait sans aucun doute imaginaire. Payer pour faire semblant de voyager en train, le défi était enfin merveilleux. Jusqu’où irait l’absurde ? J’appela ma compagne : -« Allô ? Amour ? Je t’invite à bord de l’Orient-Express ? Non ce n’est pas une blague, rendez-vous à l’Institut du Monde Arabe !  – Ça ne se refuse pas !… J’arrive ! »

Une fois la compagne téléportée, l’invitation au voyage se décompose alors en deux temps : les wagons à l’extérieur et une partie exposition dans l’Institut. En deux temps trois mouvements nous voilà transportés à la fin du XIXe siècle. La bascule est totale. A la vitesse de la lumière, unité de temps, de lieu et d’action, le théâtral Orient-Express récite alors ses plus belles tirades. L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat, première série de films des Frères Lumière, vous accueille. Un siècle en arrière, nous aurions sans doute pris les jambes à notre cou et serions sortis en courant de la salle. Aujourd’hui, peu de visiteurs s’attardent dessus. Je contemple cette pièce historique pendant que Nagelmakers lui-même me regarde. Nagelmakers, photographié par Nadar me toise de ces trois mètres de haut. A ses pieds, un train tourne en rond, à devenir fou. Ça en impose. Nagelmakers, The inventeur de l’Orient-Express.

On passe alors devant des cartes animées retraçant les trajets de l’orient-Express aux pièces sacrées de l’époque : malles, reproductions de compartiments à l’échelle 1, plans de machines à vapeur, mobiliers de luxe. Et puis croustillantes anecdotes de passagers : roi fou de Sibérie exigeant de conduire la locomotive, évasion de Gulbenkian, chute du Président de la République, sauvetage de Joséphine Baker, panne de train sous la neige… Deuxième salle, plus générale, fondée sur la communication et le tourisme : affiches, guides touristiques… Nagelmakers, ce héros de la révolution industrielle. Trois coups de génie en un :

– inventer après Pullman aux Etats-Unis des compartiments privés fermés : on comprend dès lors que le trajet devienne plus important que la destination… ;
– inaugurer l’Orient Express en réservant un voyage pour journalistes et personnalités triées sur le volet. Un coup de com’ qui vaut tous nos buzz actuels;
–  et développer ensuite l’hôtellerie qui va avec !
Nagelmakers : le Tour Operateur avant l’heure !

Qu’importe, l’exotisme est à l’honneur : la peinture de Pierre Loti déguisé en oriental vaut le détour, les baigneuses et l’odalisque prennent toute leur place dans un contexte orientaliste majeur. Petit clin d’œil à Félix Ziem. Le rêve est là. On est loin d’une vision colonialiste simpliste.  L’Orient Express est une clef de luxe pour l’ailleurs, en phase avec l’art du temps. Nous sortons. Il est là trônant sur le parvis. Les passagers font la queue pour monter dedans, valise dans la tête. Concept Disneyland. Attente, longue attente… puis…

-Chérie, nous sommes dans l’Orient-Express !
-Génial !

« Mesdames et messieurs, il faut savoir qu’à l’époque, le coût d’un voyage dans l’Orient-Express était équivalent à 20 000 euros. »

-Chérie ! Nous sommes dans l’Orient-Express !
-Génial !

« Voici l’endroit où se tenait le conducteur, personne chargée de surveiller la conduite des voyageurs. Le conducteur a été joué par Jean-Pierre Cassel dans le Crime de l’Orient-Express. Voyez ici des pattes de verre de Lalique… »

-Chérie, une petite photo ?

« Voici où se tenait Hercule Poirot dans le film…. »

Les passagers passent. L’Orient-Express est momifié. Une multitude d’objets collés sur les tables, des grands crus, machine à écrire, porte-cigarettes, journaux incrustés d’écran LCD, gants, vaisselle, étui à pipe. L’attraction fonctionne. Si on prête bien l’oreille, on entend même quelqu’un ronfler. Il ne manque plus que le tour de manège.

« Mesdames et messieurs, il est toujours possible de voyager en train de luxe. Vous pouvez ainsi aller jusqu’à Venise pour 2500 euros. »

-Chéri, tu as entendu ?
-Oui, oui…

« Mesdames et messieurs, vous ne pouvez pas monter dans le wagon-restaurant car c’est une vraie salle de restaurant. Un cuisinier se propose d’ailleurs de vous faire goûter des plats inspirés de l’époque. Vous pouvez réserver une table. Le menu complet est à 160 euros. »

-Chéri, tu as entendu ?
-Oui, oui. Que sont 2500 euros et 160 euros à côté des 20 000 euros de l’époque ? Décidément le rail de luxe se démocratise !

On sort alors des wagons avec une ambiance Belle époque dans la tête, et un regard halluciné devant l’audace diplomatique de ce Tchou-tchou de luxe. Quel train unique pourrait traverser aujourd’hui trois continents sans créer le moindre incident diplomatique, même à 20 000 euros le trajet ! Tripoli ? Bagdad ? Le Caire ? Un défi géopolitique à lui tout seul. A l’heure de la mondialisation de la marchandise, il en est une qui ne circule plus vraiment comme elle veut, l’homme. La question est paradoxale : prendre l’Orient-Express pour Constantinople ou l’Easy-jet pour Istanbul ? La ligne directe internationale ou le contournement par voie aérienne ?

-Chéri, tu rêves ?
-Non, j’atterris…

L’aller-retour Institut du Monde Arabe/Orient-Express est un voyage dépaysant et réjouissant. Le spectacle évite le danger du colonialisme  et présente une belle version théâtrale de ce palace sur roues devenu oeuvre d’art. Une source d’histoire romanesque inépuisable sur l’art du voyage. A ne pas manquer.

 

 

 

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http://www.imarabe.org/

 

Quand  Du 4 avril au 31 août 2014
Horaires   Du mardi au jeudi de 9h30 à 19h, Nocturne vendredi jusqu’à 21h30, Week-ends et jours fériés de 9h30 à 20h
  Niveaux -1, -2 et parvis
Combien  De 8.50 € à 10.50 €, hors frais de réservation (gratuit – de 16 ans)

Auteur: Sébastien Mounié

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