Hippocrate

C’est du cinéma à hauteur d’hommes. Au début, on s’inquiéte un peu: les premiers plans filment la nuque du héros. Depuis Elephant, tous les cinéastes pensent que ca fait intelligent de filmer le dos des protagonistes. Heureusement tout se devine dans le regard des comédiens, vrai sujet du film : les dilemmes, les illusions et les espoirs de deux internes en médecine. L’un est le fils d’un docteur renommé. Le second est plus expérimenté. Tous les deux découvrent que la vie quotidienne à l’hôpital les affecte.

Cela rappelle les écrits de Martin Winckler, passionné de séries et écrivain populaire. Il y a ici que des hommes en blouse face à des doutes professionnels et des cruelles histoires de médecine. Un vieil alcoolo et une dame en fin de vie vont bousculer lesconvictions des deux docteurs.

Le film pourrait être cruel à son tour. Il parachute le spectateur dans un univers difficile où les coupes budgétaires ont une réalité immédiate, où l’ambiguïté peut se révéler fatale. Médecin généraliste, le cinéaste Thomas Lilti connaît bien le monde hospitalier. C’est criant de vérité entre les carabins endiablés et l’ambiance particulière des hôpitaux.

Mais ce n’est jamais misérabiliste. Hippocrate est une œuvre romanesque, où les personnages sont parfaitement développés. Le petit jeune (toujours épatant Vincent Lacoste) est attachant tout comme son cadet (meilleur acteur actuel, Reda Kateb), plus mûr mais tout aussi idéaliste.

Finalement ils mènent un combat. Pour la dignité. La morale. Le film fait un constat avec une simplicité presque humoristique. La justesse se mêle au rire. Et à la tendresse. Ce n’est pas qu’une description froide. Le destin de ces deux anti héros est attachant. 

L’ensemble est un peu caricatural dans son engagement (on dirait du Ken Loach de temps en temps) mais les choses sont dites avec une réelle passion et un amour pour le récit qui fait franchement plaisir à voir. Avec tous ses films qui tentent de nous anesthésier, cette soudaine réanimation du cinéma français donne de l’espoir et de la joie ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut dire ça en sortant de l’hôpital.

De Nicolas Litli avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Marianne Denicourt et Jacques Gamblin – Le Pacte – 3 septembre 2014 – 1h39

Auteur: Pierre Loosdregt

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