HETERO / Denis Lachaud / Théâtre du Rond-Point

hetero

 

Une pièce d’une drôlerie remarquable

 

Le plateau aurait pu être celui d’un vaudeville. Un intérieur bourgeois blanchâtre avec une porte principale et des fenêtres comme seules issues vers le monde extérieur. Un décalage scénographique qui donne à la fois une modernité et un reflet du théâtre traditionnel bourgeois. Un aller-retour entre le fil du passé, l’héritage, la mémoire et une contemporanéité de la transgression. Le monde des couleurs est à l’extérieur. Des couleurs qui cherchent à envahir progressivement l’espace scénique.

 

Hetero agrandit à la loupe les travers du modèle familial bourgeois, le poids de la pression sociale qui fabrique et finit par écraser l’identité et la liberté de l’homme moderne. Une stratégie dramaturgique de l’absurde: inventer un monde uniquement peuplé d’hommes. Le Fils a deux papas. L’un des deux l’a enfanté. L’autre est le chef de famille. Le système patriarcal est poussé à l’extrême. On reconnaît la mythologie bourgeoise des années 1950. Celui qui enfante est une bonne ménagère, l’autre est un passionné de marches militaires et entend bien choisir les orientations du foyer. Le fils ne trouve pas de mari, qu’importe, les parents s’en chargeront en faisant appel à un entremetteur, Negos, qui devra trouver le Promis. L’écriture est vive et soucieuse du détail quand il s’agit de nous donner des codes familiaux, le père est appelé Père et la père-maman, papa. Il aurait pu être papa-poule.

 

Pastiche ? Farce ? La pièce est construite dans la pure tradition des comédies.. Provocante et drôle comme une pièce d’Aristophane, galante parfois comme un marivaudage, vaudevillesque quand le qui pro quo surgit. Plus que des idées véhiculées -le schéma familial traditionnel a explosé – le comique naît de la situation, de la structure, du jeu des comédiens qui conservent la foi en un monde de règles binaires. L’imprévisibilité n’a pas sa place, un défi à notre complexité, et aussi un bien-être pour le spectateur qui se sent supérieur à ces pantins qui n’ont rien à voir avec l’altérité. Un piège savamment orchestré qui utilise de nombreux ressorts comiques.

Auteur: Sébastien Mounié

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