Foxcatcher

On est clairement sur le haut du panier de la production hollywoodienne. Cinéaste intello, comédiens incroyables, sujet iconoclaste et symbolique. Maîtrisé de bout en bout, Foxcatcher impressionne. Reste un oubli: l’émotion!

Bennett Miller n’a pas peur des sujets difficiles. La vie mondaine de Truman Capote. Une saison de base-ball. A chaque fois, des films étranges et souvent passionnants. Une fois de plus, le sujet déroute: la lutte gréco-romaine. Ou plutôt la passion soudaine d’un milliardaire solitaire pour ce sport et deux frères médaillés.

C’est une histoire vraie: John Du Pont est un milliardaire excentrique. Il propose d’entraîner Mark Schultz, médaillé Olympique, et d’autres champions de lutte pour les prochains JO de 1988. Novice en la matière, Du Pont coache avec une maladresse désastreuse le champion.

Ce dernier, qui a peu confiance en lui, se rend compte petit à petit de l’importance de Dave, son frère, son mentor, son équilibre. Rapidement John Du Pont va délaisser Mark pour mieux approcher Dave…

La fin est connue. C’est un fait divers célèbre aux Etats Unis: John Du Pont tue de trois balles Dave Schultz devant sa femme. Que se passe t il donc dans la tête de ce drôle de riche, seul, obsédé par la reconnaissance et le respect? John Du Pont est un mystère, un dingue qui se cache derrière la réussite sociale imposante!

Tout est improbable mais tout est vrai. John Du Pont est un manipulateur qui gâche tout. Mark Schultz n’est pas futé. Le frère était un pilier solide, respecté, apprécié et intelligent. Mark le jalouse. John finalement le déteste car son argent ne peut pas acheter ses qualités!

Bennett Miller observe donc sur plus de deux heures, cette nauséabonde relation à trois. En apparence tout va bien: Du Pont est un bienfaiteur. Les frangins sont des durs au mal qui se battent pour leur honneur et leur épanouissement. Le décor est idyllique: Du Pont invite les champions dans sa résidence gigantesque de Pennsylvanie et sponsorise ce sport à coups de milliers de dollars!

Tout est réuni pour fêter l’Amérique des Winners, de ceux qui ne baissent pas les bras, des efforts des petits et des grands pour la triomphante idée de l’Amérique! Patatra, Bennett Miller glace l’image pour apporter tranquillement un malaise qui va se diffuser au fil des scènes, de plus en plus, ambiguës.

Les comédiens ne cachent pas les faiblesses de plus en plus visibles des personnages. Si Steve Carell en fait beaucoup derrière son maquillage pour nous faire comprendre le coté bipolaire du riche et seul John Du Pont, Channing Tatum et Mark Ruffalo sont excellents en australopithèques civilisés tout comme les discrets seconds rôles.

Bennett Miller et son malheureux fou John Du Pont pervertissent doucement mais sûrement tous les étendards de la société. La richesse. Le dépassement de soi. La fraternité. L’amitié. Tout est détruit par la folie sourde et souvent fascinante de Du Pont.

Miller, l’air de rien, fait comme les cinéastes les plus reconnus: il profite de l’anecdotique pour nous conter son pays, un peu barge et très photogénique. La petite histoire pour raconter la grande. Il fait du cinéma prêt pour l’analyse! Le film est si maîtrisé que le réalisateur étouffe un détail très important: l’émotion.

Sa délicatesse d’exécution est telle qu’elletient à distance le spectateur. Miller est peut être un peu roublard. Néanmoins, il réussit un thriller psychologique. Une oeuvre qui fait froid dans le dos, avec pas grand chose. Un portrait dérangé de l’Amérique qui gagne. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir ca!

Avec Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo et Vanessa Redgrave – Mars Distribution – 21 janvier 2015 – 2h14

Auteur: Pierre Loosdregt

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