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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 de Sacha à Guitry

de Sacha à Guitry

Jean PIAT

Comédie des Champs-Elysées - Paris - prolongations à partir d'octobre et jusqu'au 29 décembre 2007

Et ta critique ?




Jean Piat incarne Guitry dans son spectacle De Sacha à Guitry. Une représentation toute en classe et en séduction.


Guitry. Voilà un auteur qui a fait couler de l’encre, caricaturé en vaniteux misogyne, accusé de collaboration… Bref un homme souvent vu comme étant peu vertueux, bon à faire du théâtre de Boulevard ou de digestion… Alors quand on arrive dans la salle de théâtre de la Comédie des Champs-Élysées, on se demande comment Jean Piat va s’en sortir, embués que nous sommes par les mauvaises réputations... La pirouette semble d’autant plus difficile à réaliser qu’il est toujours périlleux de s’imposer au spectateur en lui disant : « Attention, Je est Beckett, ou Je est Brecht ». L’art du grime suffit peu au vraisemblable et caricature souvent à outrance le propos.


Une piste pourtant : le sous-titre. Impromptu. Une légèreté accidentelle qui dédramatise la présentation. En musique, l’impromptu est une composition musicale  pour un seul instrument, en poésie, une courte pièce préparée sur le champ, dans l’improvisation. De quoi susciter l’intérêt et deviner une mise à distance intelligente qui décale le point de vue.

Et le vraisemblable fonctionne. Plus que le corps, c’est bien l’écriture de Guitry que l’on entend. L’âge du comédien Piat joue en faveur du texte. Une mise en abîme naturelle du temps qui a passé et fait son œuvre. Le corps s’efface devant un regard sur la vie qui donne à la patte de Guitry une générosité bienveillante loin de l’image qu’on a bien voulu lui donner pendant des années. L’impromptu prend tout son sens. Nous sommes spectateurs d’une conversation avec la vie.

L’assemblage de textes issus de conférences autrefois faites avec Alain Decaux autour de Guitry est judicieusement réalisé. Les maximes, aphorismes et volutes d’esprits s’enchaînent à grande vitesse, nous plongeant en permanence dans la matière texte avec une élégance qui fait du bien. « La vulgarité n’atteint jamais son but et la haine dépasse toujours le sien ». Avec une scénographie très simple, un bureau et un téléphone, Gérard Kéryse montre combien Guitry mélangeait la vie du théâtre avec le théâtre de la vie. La pièce évoque à la fois le monde du théâtre et ses anecdotes, le monde des lettres et l’esprit des Lumières, les femmes pour mieux parler des hommes qui ne sont pas en reste, mais aussi son emprisonnement pour accusation de collaboration.

Si les phrases peuvent parfois sembler  moralisatrices c’est parce qu’elles reflètent indubitablement les douleurs et les désillusions de Guitry, entre ironie et sagesse. Yvonne Printemps le quitte pour Pierre Fresnay, il est emprisonné puis bénéficie d’un non-lieu… Une mise à distance par le double sens et l’implicite pour mieux se protéger du monde et des autres.

"Ce sont des instants affreux... inconcevables, que nous vivons là... et qui pourtant... nous semblent nécessaires, à nous, auteurs dramatiques... Car ils nous fournissent des sujets de pièces... (il regarde la lettre) Au fond..., elle n’a pas tout à fait tort. Le théâtre, le théâtre, le théâtre ! Nous pouvons certes en inventer... mais il vaut tout de même mieux que nous les ayons vécus... C’est notre grand refuge, à nous, nos pièces.... Il nous arrive même parfois d’en écrire qui sont comme des lettres indirectes, que nous adressons à nos compagnes ! »


L’humilité ajoutée au charme enjôleur et l’expérience de Jean Piat permettent sans aucun doute de redécouvrir Guitry et de le réhabiliter parmi les grands auteurs du vingtième siècle. Loin des clichés sexistes dus à une personnalité qui ne laisse pas indifférent et qui a sûrement voilé l’œuvre, cet impromptu théâtral optimiste et tendre sur la vie mérite d’être vu. Un bel hommage de Monsieur Piat à l’œuvre de Guitry.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 10/09/2007