Crime d’honneur, Elif Shakfak

crime-d-honneur-de-shafak-elif-Le dernier livre d’Elif Shafak, Crime d’honneur, sort en poche. Comme ses précédents ouvrages, il se lit d’une traite et avec délectation, tant le talent de conteuse de cette auteure est grand.

 

 

Il y a aujourd’hui l’immense masse de ceux qui croient être des écrivains : ils sont publiés mais n’ont rien à dire, à raconter, et leur langue est pauvre, leurs histoires ternes. Et il y a les autres, plus discrets, plus rares, mais qui nous emportent dans leur univers, nous captivent par leur magie. Elif Shafak est de ceux-là. Chacun de ses livres fait mouche, de La Bâtarde d’Istanbul à Lait noir en passant par Bonbon Palace. Ils nous parlent d’un monde qui semble être le nôtre et est pourtant si différent. Ils nous parlent d’amour, de peurs ancestrales et de coutumes rigides. Ils nous parlent de familles, de crimes et de désespoirs. Surtout, ils nous parlent des femmes et de leur place dans ce monde. Car Elif Shafak, qui vit aujourd’hui en Angleterre, est d’origine turque. Et les coutumes comme les croyances d’Orient sont la quintessence de ses livres. On y croise des djinns, des odeurs d’épices et de pain chaud, des couleurs, du grand soleil, des bruits de grande ville du sud. Et c’est là toute sa force : on s’y croirait.

Mais, sous l’apparence tranquille du conte, il y a toujours la faille. Ici, dans Crime d’honneur, c’est une fois de plus l’histoire familiale qui est au cœur du livre, à travers plusieurs générations. Comme dans un journal, l’auteur mêle habilement les époques, avec des dates et des lieux en filigrane. Chaque personnage y vit avec les autres mais tisse son propre destin.

Esma, jeune femme d’aujourd’hui qui vit à Londres, porte son histoire familiale et le malheur qui l’a entachée. Pour comprendre comment cela a pu arriver, elle va retracer avec précision, patience et tendresse la vie de ses ancêtres sur plusieurs générations. Désir de liberté, volonté d’émancipation, mais aussi obéissance ou acceptation paisible des traditions, ce récit met en lumière le parcours d’individus confrontés à un monde qu’ils refusent et qui les refuse aussi parfois. Avec subtilité, délicatesse et cette langue riche et dense qui n’appartient qu’à elle, la talentueuse Elif Shafak nous emporte encore une fois dans une histoire émouvante dont on a du mal à sortir.

 

Elif Shakfak, Crime d’honneur, éditions 10-18, 500 pages.

 

 

Auteur: Marie Leon

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