Connexions

Une lente glissade vers le drame où nous sommes accompagnés par un écrivain virtose et des personnages humains, trop humains.

Au milieu des années 2000, ce roman entrelace le destin de cinq personnes dans un Los Angeles désincarné. Tout commence et tout finit à l’aéroport (LAX) entre la mi-novembre et la mi-décembre.

Les personnages ne sont guère reluisants de prime abord. Un ex taulard tente une difficile reconversion et cherche à s’éloigner de l’alcool et de la drogue. La fille de l’ex taulard amoureuse d’une femme qui la quitte, gagne sa vie en faisant la vaisselle sur son Campus. Le frère de l’ex taulard, un ancien du Vietnam, tient un bar à l’aéroport et cherche avant tout à être peinard (comme tous ceux qui ont déjà trop vécu et perdu).

Ajoutons un homme qui s’occupe de nettoyer les cabines d’avion. Soudainement viré, sa vie va perdre de sa stabilité et virer dans la folie. Sa femme, une Philippine fille-mère profondément pieuse, vend des produits de beauté en cachette de son mari pour mieux le quitter.

Leslie Larson nous entraine, dans son premier roman, dans un quotidien aux fins de mois difficiles. Un univers où les sentiments sont des bouées auxquelles on tente maladroitement de se raccrocher.

Construit sur une alternance de points de vue, Connexions permet de passer d’un personnage à l’autre dans un processus cinématographique qui rappelera Collisions de Paul Haggis ou Short cuts de Robert Altman, deux grands films situés au même endroit. Mais Leslie Larson apporte la profondeur des caractères, l’enchevêtrement de leurs pensées, de leurs désirs. Elle brasse une pâte humaine qui permet de combler le vide d’un lieu qui n’est pas fait, pensé pour l’être humain, un entrelacs d’autoroutes et le désert.

Ce sont plus de 400 pages qui se dévorent en quelques heures ou jours. Aucun des hommes et femmes décrits ne sont aimables. Cependant, tous sont nos frères et sœurs dans le difficile métier de vivre.

On aimerait lire un roman Français qui assumerait une écriture simple et limpide et des héros qu’on rencontrerait dans les hyper ou supermarchés en faisant ses courses. Bien sur, les écrivains français font leurs courses mais ils sont essentiellement concentrés sur eux-mêmes et leur nombril qui prend des proportions de grotte préhistorique.

En attendant leur réveil, plongez-vous dans Connexions.

10/18 431 pages

Philippe Sendek

Auteur: Philippe Sendek

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