NOCE – Jean-Luc Lagarce / Pierre Notte – Théâtre Lucernaire
Fév12

NOCE – Jean-Luc Lagarce / Pierre Notte – Théâtre Lucernaire

                Une Noce qui l’emporte à l’arrachée Jean-Luc Lagarce est un des dramaturges contemporains les plus joués en France. Son succès est sans nul doute lié à la force de l’écriture. Une écriture qui cherche sans relâche à réinterroger la langue française et sa représentation théâtrale. Ses personnages sont des fantoches qu’il manipule, n’hésitant pas à les faire répéter leur texte, les faire sortir du discours pour les relancer sur d’autres mots ou d’autres phrases. Le mélange est détonnant, frise l’absurde. On retrouve sur le plateau les 5 personnages de Noces, une pièce écrite en 1982 dans laquelle Lagarce s’amuse avec le rêve provincial fantasmé d’invitations à la Noce. Serai-je invité à la Noce dont tout le monde parle ou ne le serai-je pas ? Dès lors les personnages vont se heurter à la langue de Lagarce qui se joue d’eux-mêmes et aux événements narratifs qui viendront leur barrer la route. La Noce est fantasmée. Plus le fantasme est grand, plus la lutte pour faire partie des invités sera acharnée. Ils parviendront à entrer pour le meilleur et pour le pire. Dans cette mise en scène de Pierre Notte, une grande liberté est laissée aux comédiens. Le plateau devient un ring dans lequel les comédiens se débattent avec la langue et parfois avec eux-mêmes. Le décor est succinct : une table pliante, quelques chaises, quelques valises, des accessoires en toc, et des bouteilles d’eau pour les plus sportifs. La musique d’ambiance digne de Psychose est là pour cadencer et martyriser les personnages qui demandent régulièrement un répit au régisseur. Les conséquences sont sans appel : une course folle dans laquelle le texte est lancé en coups de poing du début à la fin sans crescendo, sans respiration. Paola Valentin joue une enfant-coryphée qui vise juste. Ça claque et ça fuse. Eve Herszfeld joue une dame d’une bonhommie qui allège la charge. Gregory Barco et Bertrand Degrémont un homme  et un monsieur aux variations mesurées tandis qu’Amandine Sroussi, cocotte-minute ruisselante, joue une femme en sur-jeu permanent, déséquilibrant le plateau et effaçant dans l’excès tout collectif possible. Si on comprend bien le parti pris du combat engagé qui s’opère, on comprend assez mal en définitive la nécessité de jeu en surtension permanente pour un texte réduit ici à une partition mécanique, loin de toute nuance et d’émotions possibles. On rit lorsque Lagarce pousse ses personnages dans le pillage de la Noce, lorsque l’absurde s’empare du drame au milieu de barricades. Mais on regrettera sans doute ce trop-plein de cabotinage, de précipitation, de sur-jeu inutile qui court-circuite le possible vertige du texte, la possible angoisse de personnages rejetés...

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Les primaires des primates, Théâtre des deux ânes
Jan20

Les primaires des primates, Théâtre des deux ânes

La salle éclate de rire. Même les blagues misogynes font rire. Tout y passe : les impôts, Stéphane Plazza, les vies publiques et privées des ministres, leurs traits animaliers, leurs boulettes, l’alternance. Il y a tellement de quoi rire, il faut dire. Tant la surmédiatisation des hommes et femmes à la tête de l’Etat nous sert des gaffes et absurdes sur un plateau au quotidien.

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Hôtel Feydeau
Jan20

Hôtel Feydeau

Drôle, immensément drôle, le roi des quiproquos demeure actuel. Mais n’te promène donc pas toute nue, L’Hôtel du libre-échange, Le système Ribadier : ces histoires de mari cocu, de femme infidèle, de domestiques insolents sont intemporelles.

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KARAMAZOV, Dostoïevski, Bellorini, Théâtre Gérard Philippe

Jean Bellorini fait entrer dans l’intimité des personnages grâce à une scénographie particulièrement ingénieuse

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Le Relèvement de l’Occident : blancrougenoir – Compagnie De Koe Théâtre de la Bastille

La pièce-fleuve de la compagnie flamande De Koe est un tour de force drôle et touchant qui mélange faits privés et histoire avec un grand H de manière passionnante et inventive. Les trois comédiens de la Compagnie De Koe construisent leur dernière pièce, Le Relèvement de l’Occident, sous forme de trilogie/triptyque – blanc, rouge, noir – avec une volonté de décrire de manière exhaustive l’histoire de la pensée et de l’art en Occident : rien que ça ! Cette pièce extrêmement bavarde et ironique réussit l’impossible, bien évidemment en nous mettant devant l’histoire de l’Occident d’une façon complètement détournée et surprenante. Les digressions perpétuelles constituent le centre du sujet, en sont le jus jubilatoire, dont le ton renvoie par exemple à l’hilarité et à la profondeur existentielle du flux de conscience de La Conscience de Zeno d’Italo Svevo. Le blanc est l’histoire du commencement, entre petites anecdotes personnelles et remise à plat fraîche et humoristique de la difficulté de débuter une action. Le rouge est la vie d’Elizabeth Taylor et de Richard Burton, de la jetset et de sa frivolité dramatique. Le noir est la tentative folle et enthousiasmante de tout dire de la philosophie et de l’art modernes. La parole des comédiens – incessante, tumultueuse, réjouissante – joue intelligemment avec les décors, les objets et les mouvements des artistes. La parole remplit l’espace et l’enrichit : les images deviennent réalité, la fantaisie peut se développer dans un dialogue inépuisable des esprits. Le Relèvement de l’Occident est une pièce extrêmement méta-théâtrale, il ne pourrait pas être autrement, peut-être très post-moderne dans ses questionnements, ses références multiples, sa destruction du texte théâtral par un trop-plein de texte : tout donner en excès, tout détruire et faire exploser pour que de la démesure et de l’ironie qui la porte surgisse une...

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Oulipolisson!

cette fois-ci même les enfants en profitent !

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 Les Divalala, Femme Femme Femme, théâtre Trévise
Nov25

 Les Divalala, Femme Femme Femme, théâtre Trévise

Vous croyiez la variété française dépassée par les tubes internationaux?

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Une chambre en Inde, théâtre du soleil, Ariane Mnouchkine
Nov22

Une chambre en Inde, théâtre du soleil, Ariane Mnouchkine

Le spectacle prend des airs de Chaplin mais sans toute sa tendresse. Une agitation permanente sur scène agace, les acteurs sur jouent, frôlant les airs de folie.

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RICHARD III – LOYAULTÉ ME LIE – WILLIAM SHAKESPEARE – Jean Lambert-Wild – Elodie Bordas- Lorenzo Malaguerra- Gerald Garutti- Stephane Blanquet et Jean-Luc Therminarias
Nov19

RICHARD III – LOYAULTÉ ME LIE – WILLIAM SHAKESPEARE – Jean Lambert-Wild – Elodie Bordas- Lorenzo Malaguerra- Gerald Garutti- Stephane Blanquet et Jean-Luc Therminarias

Fantastique ! Il y a du génie dans cette mise en scène. Du génie parce que malgré une adaptation qui paraît lointaine, l’histoire du théâtre élisabéthain traverse le plateau en permanence. Ici, le théâtre se joue à 3 : Jean Lambert-Wild qui joue un Richard III aux allures de Joker mélant folie barbare et tendre solitude, Elodie Bordas qui joue, métamorphose, une pléiade de personnages skakespeariens, et cet impressionnant carrousel forain, décor source et mise en abyme permanente qui collabore à la spirale du pire. Le ballet s’enchaîne.  Le spectateur est emporté dans une danse clownesque tragique. Richard III erre. Perdu, happé par le goût de la mort et déconnecté de toute valeur humaine. Le clown de Lambert-Wild est un chef d’orchestre, un metteur en scène, un funambule qui joue sur le fil de la mort plus que sur celui de la vie. On suit la chute inévitable de ce Richard III carnavalesque qui finira par s’engloutir lui-même. Une variation spectaculaire et directe qui mérite toute notre attention. http://lambert-wild.com/fr/spectacle/richard- iii-loyaulte-me-lie-william-shakespeare http://www.theatredelaquarium.net/  jusqu’ au 3 Décembre 2016 Théâtre de l’AquariumParisFrance Le 6 Décembre 2016 Le CarreauForbachFrance Du 13 au 17 Décembre 2016 Théâtre Dijon BourgogneDijonFrance Le 10 Janvier 2017 Theatre Edwige-FeuillèreVesoulFrance Le 14 Janvier 2017 Theatre de Bretigny – scène conventionnéeBrétigny-sur-OrgeFrance Le 17 Janvier 2017 Théâtre de ChellesChellesFrance Le 20 Janvier 2017 L’escale en co-accueil avec la Ferme du Jeux à Vaux le Penil MELUNFrance Le 27 Janvier 2017 théâtre...

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MARIAGE ET CHATIMENT de David Pharao –  Jean-Luc Moreau – Théâtre Hébertot
Nov11

MARIAGE ET CHATIMENT de David Pharao – Jean-Luc Moreau – Théâtre Hébertot

Un très bon Boulevard à recommander pour cette rentrée et pour les fêtes. Edouard est témoin de mariage de son meilleur ami. Alors que celui-ci s’apprête à partir pour rejoindre le futur marié, le voilà retenu chez lui par une de ses collaboratrices architecte (Zoé NONN) qui, après lui avoir annoncé qu’elle attend un enfant et qu’il en est le père, l’oblige à boucler un projet dans la journée sous peine de tout révéler à sa femme, Marianne (Delphine RICH). Le remord dans l’âme, Edouard (Daniel RUSSO) cède au chantage et renonce malgré lui au mariage de son volcanique et fidèle ami (Laurent GAMELON). Quand celui-ci débarque pour comprendre les raisons de son absence, Edouard, effrayé, lance un mensonge qu’il croit sans importance. Ce n’est malheureusement que le premier. Devant justifier ce mensonge, il en invente un autre qui l’entraîne alors dans une histoire qui finira par totalement le dépasser. La valse des mensonges devient un mélange explosif jusqu’au dénouement final. Mariage et châtiment est un très bon boulevard. Fondé sur une mécanique classique digne de FEYDEAU et de son Tailleur pour dames, avec une distribution plus allégée et des entrelacs moins alambiqués, la pièce met en valeur le jeu des comédiens, très à l’aise dans le genre. Delphine RICH lance la pièce avec énergie et élégance, donne une modernité à l’ensemble. En queue de pie, Laurent GAMELON interprète un marié gentil, dévoué mais sanguin. Un registre dans lequel il excelle. Les airs, les regards et mouvements mis en scène par Jean-Luc Moreau font mouche. La mariée, Fanny OUTEIRO, au service d’un texte qui fait d’elle une femme ingénue et soumise aux événements, apporte toute la naïveté et la légèreté à l’ensemble. Quant à Daniel RUSSO, il interprète un Edouard d’une grande lâcheté avec une couardise proche de celle de De FUNES. Le rythme soutenu, les comiques de situation embarquent rapidement le public dans le rire. Mariage et châtiment est une composition classique et réaliste réussie, une pièce sur le mensonge du mensonge dans laquelle la mise en abyme semble ne jamais s’arrêter. Un joli tourbillon de 5 comédiens à ne pas manquer. http://theatrehebertot.com/mariage-et-chatiment/...

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Cabaret Siméon L’amour n’ya qu’ça de vrai, Jean-Pierre Siméon, Essaion

Quel bonheur d’écouter de la poésie en soirée ! Découverte en musique d’un poète d’aujourd’hui.

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Brasseur et les enfants du paradis, Théâtre du Petit Saint-Martin
Oct01

Brasseur et les enfants du paradis, Théâtre du Petit Saint-Martin

J’ai découvert dans cette pièce un comédien magnifique.

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Edmond, Alexis Michalik, Théâtre du Palais royal
Sep21

Edmond, Alexis Michalik, Théâtre du Palais royal

On voyage, on rêve, on applaudit. Le public est debout. Bravo. Quel talent ! A voir !

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La Reine de Beauté de Leenane, Martin Mcdonagh, Sophie Parel, Lucernaire
Sep13

La Reine de Beauté de Leenane, Martin Mcdonagh, Sophie Parel, Lucernaire

  Une comédie noire décapante !   Dans un coin perdu de la campagne irlandaise, une mère est prête à tout pour garder sa fille auprès d’elle.   Le poêle est allumé, la télé aussi. La télécommande à la main, en pantoufles dans son fauteuil roulant, la mère regarde son feuilleton, l’air pas facile. Elle attend sa fille et par là, son porridge et son Complan®. Sans grumeaux si c’est pas trop demander. Dehors, derrière la porte d’entrée battue par un vent incessant on imagine le froid hostile et glaçant d’un village de campagne en plein hiver. Il faut tout le talent de Catherine Salviat pour interpréter de façon aussi remarquable et redoutable la mère esclavagiste, acariâtre et tyrannique dépeinte par Martin Mcdonagh dans sa délicieuse comédie noire. Aucun rictus ne lui échappe. Aucune réplique assassine ne lui résiste et on ne peut que reconnaître, accablé par les ressemblances, les traits familiers d’une grand-mère ou d’une grand-tante. Le cœur sec, dur comme une pierre, elle manie avec brio la torture psychologique et sa victime, sa fille, pourtant consciente, ne peut que se résigner à la servir, encore et toujours, pour le temps qu’il faudra. La fille, interprétée par Sophie Parel (également à la mise en scène), incarne avec beaucoup de justesse l’ambivalence de ses sentiments : culpabilité de l’abandon; infini dévouement; envie irrépressible de vivre pour soi; de s’enfuir; rancœur; amour devenu haine. Face au couple mère-fille, les personnages des frères Dooley interprétés avec grande sensibilité par Grégori Baquet et Arnaud Dupont réagissent à leur manière, toujours touchante souvent malhabile, car ils ne peuvent que compatir, eux-mêmes également prisonniers de cette terre ingrate, face à l’impossibilité d’une autre vie. Ainsi, avec à un décor simple mais hyper efficace et des lumières subtiles qui augmentent habilement la tension générale, les quatre comédiens sonnent parfaitement justes et profondément humains. Toujours comiques. Tous ont l’air de se régaler et d’être hyper à l’aise dans la mise en scène et leur plaisir est contagieux. La pépite de Mcdonagh est très efficacement mise en scène et on ne peut que recommander !   Jusqu’au 16 octobre 2016 de Martin Mcdonagh  mis en scène par Sophie Parel   avec Catherine Salviat (de la Comédie Française), Gregori Baquet (Révélation masculine 2014), Sophie Parel et Arnaud Dupont  au Théâtre du...

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Jacques et Mylène, Gabor Rassov, Maison des Métallos
Juil07

Jacques et Mylène, Gabor Rassov, Maison des Métallos

Un couple bourgeois parodié Barbie et Ken avec l’humour Monty Python. Un peu trop corrosif !

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La voix humaine, La Dame de Monte-Carlo, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Poche Montparnasse
Juin10

La voix humaine, La Dame de Monte-Carlo, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Poche Montparnasse

La Dame de Monte-Carlo : Une femme vient de perdre sa fortune au casino. Elle décide de se suicider en se noyant dans la Méditerranée. La voix humaine : Seule, dans une chambre, une femme téléphone à son amant qui lui annonce leur rupture et son intention d’en épouser une autre. Dévastée par le chagrin, elle se raccroche au téléphone, coupé par des interférences extérieures. Un seul personnage, un long monologue, pas d’action. A peine une suite de phrases, parfois inachevées, entrecoupées de cris, et au cours desquelles l’essentiel n’est jamais dit : en un mot, un langage téléphonique, mais d’une incroyable force dramatique. L’arrière-fond est quant à lui psychologique, émotionnel et affectif. Aussi, traduire musicalement tout ce que les paroles dissimulent, c’est certainement ce qui séduit autant le spectateur. Cette tragédie lyrique est magistralement mise en scène et orchestrée. C’est une suite de séquences, de phrases : il y a celle du souvenir, celle du mensonge, celle du suicide manqué. Jean-Christophe Rigaud ponctue chacune de ces phrases comme des segments musicaux ayant chacun sa personnalité propre. L’œuvre baigne dans une atmosphère intense et lyrique. L’interprétation de Caroline Casadesus exprime toute la force du texte et de ces phrases, exacerbant à la fois le pathétique et le déchirant de ce monologue. À travers les non-dits et un moyen de communication défaillant, la pièce présente une rupture amoureuse difficile, dans laquelle le téléphone devient le protagoniste d’un drame sentimental. Comment réussir à maintenir l’intérêt durant ce long monologue d’une femme délaissée par son amant qu’elle essaie de reconquérir dans une conversation téléphonique perturbée par des incidents techniques ? Jean-Christophe Rigaud laisse la voix à découvert. Aussi, le piano assure le rôle de l’amant absent en suggérant la teneur de ses réponses qui ponctuent le récitatif tourmenté de l’héroïne : La sonnette du téléphone retentit. Elle lui raconte sa soirée de la veille, son mal de tête, son déjeuner, ses courses. Il fait mine de raccrocher mais elle continue, lui indique qu’il peut venir chercher ses affaires quand il le souhaite, l’empêche de s’excuser. Elle endosse « C’est moi qui suis stupide » et le couvre de compliments, « Tu es gentil », « Je ne me croyais pas si forte » et se défend de jouer la comédie, de prendre sur elle. « Je n’ai pas la voix d’une personne qui cache quelque chose ». « J’ai décidé d’avoir du courage, j’ai ce que je mérite », « Tout est ma faute ». La ligne ne fonctionne plus, « C’est drôle parce que moi, je t’entends comme si tu étais dans la chambre…Allô, Allô ! (…) Allons bon maintenant, c’est...

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Bigre, Pierre Guillois, Théâtre Tristan Bernard
Juin09

Bigre, Pierre Guillois, Théâtre Tristan Bernard

Après son triomphe au Théâtre du Rond-Point, Bigre, spectacle burlesque muet revient sur scène pour détendre les esprits bougons. Fous rires assurés !

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Gelsomina, Pierrette Dupoyet, Studio Hébertot
Mai26

Gelsomina, Pierrette Dupoyet, Studio Hébertot

Inspirée de La Strada de Fellini, cette pièce tour de piste emporte dans un tourbillon d’émotions. A voir !

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Anna Karénine, Léon Tolstoï ,Golshifteh Farahani, Gaëtan Vassart, Théâtre de la Tempête
Mai20

Anna Karénine, Léon Tolstoï ,Golshifteh Farahani, Gaëtan Vassart, Théâtre de la Tempête

Splendide interprétation de l’héroïne du roman de Tolstoï par Golshifteh Farahani. Très rarement adapté au théâtre en français, le colossal roman de la grande littérature russe prend une cure de jouvence et de douceur persane sur les planches audacieuses de la Tempête. Anna Karenina est mariée à un haut fonctionnaire avec qui elle a un garçon de six ans. Elle choisit de vivre ouvertement sa passion adultère avec Alexis Vronski, officier, en dépit des menaces de mise au ban de la société. Daria, enceinte jusqu’au cou apprend une nouvelle tromperie de son mari. Et Kitty a son cœur déchiré entre Lévine, jeune idéaliste propriétaire terrien épris d’absolu et Vronsky. Ces trois femmes naviguent entre désir d’émancipation, de bonheur et contraintes sociales et familiales. Et constatent combien un moment d’égarement d’une femme et d’un homme ne déclenche pas les mêmes bouleversements. Dans un décor minimaliste, la mise en scène de Gaëtan Vassart mêle univers originel russe et français. Le côté décalé ne marche pas toujours. Son adaptation apporte cependant des touches d’humour et de modernité bienvenues au texte fleuve de Tolstoï. Golshifteh Farahani est extraordinaire. Elle joue une Anna mélancolique et joyeuse, fragile et puissante, sensuelle et envoutante. L’actrice iranienne éblouit de sa voix chantante et nous révèle des talents de pianiste. Elle impressionne par sa mémoire d’un texte complexe traduit en français. Quand on pense qu’à son arrivée en France il y a huit ans elle ne parlait pas un mot de français… Son interprétation vibrante d’émotion n’est pas sans évoquer son émancipation personnelle des convenances sociales en Iran l’ayant conduit à l’exil. Vivement sa prochaine montée sur les planches entre deux montées des marches. Chapeau l’artiste ! Jusqu’au 12 juin 2016 Théatre de la...

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Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville
Mai08

Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville

 » En retard »; elle attend un homme en retard. Diva à la silhouette artificiellement allongée, elle va égrener un monologue acrobatique engoncée dans ses apprêts baroques. Autour d’elle, un environnement sonore fantastique et inquiétant réalisé par Alexandre Meyer. Au dessus d’elle, en guises de lustres étincelants, sont suspendues des lames de glace qui fondent inexorablement, forment des flaques qui progressivement mangent le sol sous ses pieds. Elle, Natalie Dessay, a une voix indescriptible, claire comme le cristal, vibrante, pleine. Sa diction est parfaite; une interprétation directe, face publique, certains mots suspendus en l’air comme figés dans un instant fulgurant, comme ce goutte à goutte de glace, comme des lames de couteau. Le propos évoque l’attente anxieuse d’une femme, l’attente d’un amant sombre; un homme qui enlève les juifs… Elle évoque ses manières à elle, elle tente de faire l’aristocrate, plus que les aristocrates eux-mêmes; mais elle est juive… Elle évoque une vie de simulacre. Elle se dévêt finalement pour que la vérité sorte. La cloche sonne quelque part. Le bruit des vitres qui se brisent rencontre bientôt le vacarme des lames de glace fondues qui tombent sur scène. Elle est toujours très digne et maniérée, cette voix toujours si extraordinaire tandis que l’environnement autour d’elle vole en éclat, et lui envoie les signes annonciateurs des derniers égards, de mort et de sépulture, et qu’elle entend les pleurs d’un amour désavoué… Dans ce théâtre beckettien, hors lieu, hors temps et pourtant si sensoriel, où l’on sent le froid, où le sonore nous éclabousse, Natalie Dessay est implacable, inoubliable. Cette pièce courte est un formidable exercice de mise en scène. Si l’on arrive tôt au théâtre des Abbesses, on entend Natalie Dessay faire ses vocalises de Soprane… Un enchantement. Jusqu’au 14 mai 2016 Und, de Howard Baker, mise en scène de Jacques Vincey, avec Natalie Dessay au Théâtre de la Ville aux...

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