Le Relèvement de l’Occident : blancrougenoir – Compagnie De Koe Théâtre de la Bastille

La pièce-fleuve de la compagnie flamande De Koe est un tour de force drôle et touchant qui mélange faits privés et histoire avec un grand H de manière passionnante et inventive. Les trois comédiens de la Compagnie De Koe construisent leur dernière pièce, Le Relèvement de l’Occident, sous forme de trilogie/triptyque – blanc, rouge, noir – avec une volonté de décrire de manière exhaustive l’histoire de la pensée et de l’art en Occident : rien que ça ! Cette pièce extrêmement bavarde et ironique réussit l’impossible, bien évidemment en nous mettant devant l’histoire de l’Occident d’une façon complètement détournée et surprenante. Les digressions perpétuelles constituent le centre du sujet, en sont le jus jubilatoire, dont le ton renvoie par exemple à l’hilarité et à la profondeur existentielle du flux de conscience de La Conscience de Zeno d’Italo Svevo. Le blanc est l’histoire du commencement, entre petites anecdotes personnelles et remise à plat fraîche et humoristique de la difficulté de débuter une action. Le rouge est la vie d’Elizabeth Taylor et de Richard Burton, de la jetset et de sa frivolité dramatique. Le noir est la tentative folle et enthousiasmante de tout dire de la philosophie et de l’art modernes. La parole des comédiens – incessante, tumultueuse, réjouissante – joue intelligemment avec les décors, les objets et les mouvements des artistes. La parole remplit l’espace et l’enrichit : les images deviennent réalité, la fantaisie peut se développer dans un dialogue inépuisable des esprits. Le Relèvement de l’Occident est une pièce extrêmement méta-théâtrale, il ne pourrait pas être autrement, peut-être très post-moderne dans ses questionnements, ses références multiples, sa destruction du texte théâtral par un trop-plein de texte : tout donner en excès, tout détruire et faire exploser pour que de la démesure et de l’ironie qui la porte surgisse une...

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Oulipolisson!

cette fois-ci même les enfants en profitent !

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 Les Divalala, Femme Femme Femme, théâtre Trévise
Nov25

 Les Divalala, Femme Femme Femme, théâtre Trévise

Vous croyiez la variété française dépassée par les tubes internationaux?

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Une chambre en Inde, théâtre du soleil, Ariane Mnouchkine
Nov22

Une chambre en Inde, théâtre du soleil, Ariane Mnouchkine

Le spectacle prend des airs de Chaplin mais sans toute sa tendresse. Une agitation permanente sur scène agace, les acteurs sur jouent, frôlant les airs de folie.

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RICHARD III – LOYAULTÉ ME LIE – WILLIAM SHAKESPEARE – Jean Lambert-Wild – Elodie Bordas- Lorenzo Malaguerra- Gerald Garutti- Stephane Blanquet et Jean-Luc Therminarias
Nov19

RICHARD III – LOYAULTÉ ME LIE – WILLIAM SHAKESPEARE – Jean Lambert-Wild – Elodie Bordas- Lorenzo Malaguerra- Gerald Garutti- Stephane Blanquet et Jean-Luc Therminarias

Fantastique ! Il y a du génie dans cette mise en scène. Du génie parce que malgré une adaptation qui paraît lointaine, l’histoire du théâtre élisabéthain traverse le plateau en permanence. Ici, le théâtre se joue à 3 : Jean Lambert-Wild qui joue un Richard III aux allures de Joker mélant folie barbare et tendre solitude, Elodie Bordas qui joue, métamorphose, une pléiade de personnages skakespeariens, et cet impressionnant carrousel forain, décor source et mise en abyme permanente qui collabore à la spirale du pire. Le ballet s’enchaîne.  Le spectateur est emporté dans une danse clownesque tragique. Richard III erre. Perdu, happé par le goût de la mort et déconnecté de toute valeur humaine. Le clown de Lambert-Wild est un chef d’orchestre, un metteur en scène, un funambule qui joue sur le fil de la mort plus que sur celui de la vie. On suit la chute inévitable de ce Richard III carnavalesque qui finira par s’engloutir lui-même. Une variation spectaculaire et directe qui mérite toute notre attention. http://lambert-wild.com/fr/spectacle/richard- iii-loyaulte-me-lie-william-shakespeare http://www.theatredelaquarium.net/  jusqu’ au 3 Décembre 2016 Théâtre de l’AquariumParisFrance Le 6 Décembre 2016 Le CarreauForbachFrance Du 13 au 17 Décembre 2016 Théâtre Dijon BourgogneDijonFrance Le 10 Janvier 2017 Theatre Edwige-FeuillèreVesoulFrance Le 14 Janvier 2017 Theatre de Bretigny – scène conventionnéeBrétigny-sur-OrgeFrance Le 17 Janvier 2017 Théâtre de ChellesChellesFrance Le 20 Janvier 2017 L’escale en co-accueil avec la Ferme du Jeux à Vaux le Penil MELUNFrance Le 27 Janvier 2017 théâtre...

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MARIAGE ET CHATIMENT de David Pharao –  Jean-Luc Moreau – Théâtre Hébertot
Nov11

MARIAGE ET CHATIMENT de David Pharao – Jean-Luc Moreau – Théâtre Hébertot

Un très bon Boulevard à recommander pour cette rentrée et pour les fêtes. Edouard est témoin de mariage de son meilleur ami. Alors que celui-ci s’apprête à partir pour rejoindre le futur marié, le voilà retenu chez lui par une de ses collaboratrices architecte (Zoé NONN) qui, après lui avoir annoncé qu’elle attend un enfant et qu’il en est le père, l’oblige à boucler un projet dans la journée sous peine de tout révéler à sa femme, Marianne (Delphine RICH). Le remord dans l’âme, Edouard (Daniel RUSSO) cède au chantage et renonce malgré lui au mariage de son volcanique et fidèle ami (Laurent GAMELON). Quand celui-ci débarque pour comprendre les raisons de son absence, Edouard, effrayé, lance un mensonge qu’il croit sans importance. Ce n’est malheureusement que le premier. Devant justifier ce mensonge, il en invente un autre qui l’entraîne alors dans une histoire qui finira par totalement le dépasser. La valse des mensonges devient un mélange explosif jusqu’au dénouement final. Mariage et châtiment est un très bon boulevard. Fondé sur une mécanique classique digne de FEYDEAU et de son Tailleur pour dames, avec une distribution plus allégée et des entrelacs moins alambiqués, la pièce met en valeur le jeu des comédiens, très à l’aise dans le genre. Delphine RICH lance la pièce avec énergie et élégance, donne une modernité à l’ensemble. En queue de pie, Laurent GAMELON interprète un marié gentil, dévoué mais sanguin. Un registre dans lequel il excelle. Les airs, les regards et mouvements mis en scène par Jean-Luc Moreau font mouche. La mariée, Fanny OUTEIRO, au service d’un texte qui fait d’elle une femme ingénue et soumise aux événements, apporte toute la naïveté et la légèreté à l’ensemble. Quant à Daniel RUSSO, il interprète un Edouard d’une grande lâcheté avec une couardise proche de celle de De FUNES. Le rythme soutenu, les comiques de situation embarquent rapidement le public dans le rire. Mariage et châtiment est une composition classique et réaliste réussie, une pièce sur le mensonge du mensonge dans laquelle la mise en abyme semble ne jamais s’arrêter. Un joli tourbillon de 5 comédiens à ne pas manquer. http://theatrehebertot.com/mariage-et-chatiment/...

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Cabaret Siméon L’amour n’ya qu’ça de vrai, Jean-Pierre Siméon, Essaion

Quel bonheur d’écouter de la poésie en soirée ! Découverte en musique d’un poète d’aujourd’hui.

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Brasseur et les enfants du paradis, Théâtre du Petit Saint-Martin
Oct01

Brasseur et les enfants du paradis, Théâtre du Petit Saint-Martin

J’ai découvert dans cette pièce un comédien magnifique.

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Edmond, Alexis Michalik, Théâtre du Palais royal
Sep21

Edmond, Alexis Michalik, Théâtre du Palais royal

On voyage, on rêve, on applaudit. Le public est debout. Bravo. Quel talent ! A voir !

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La Reine de Beauté de Leenane, Martin Mcdonagh, Sophie Parel, Lucernaire
Sep13

La Reine de Beauté de Leenane, Martin Mcdonagh, Sophie Parel, Lucernaire

  Une comédie noire décapante !   Dans un coin perdu de la campagne irlandaise, une mère est prête à tout pour garder sa fille auprès d’elle.   Le poêle est allumé, la télé aussi. La télécommande à la main, en pantoufles dans son fauteuil roulant, la mère regarde son feuilleton, l’air pas facile. Elle attend sa fille et par là, son porridge et son Complan®. Sans grumeaux si c’est pas trop demander. Dehors, derrière la porte d’entrée battue par un vent incessant on imagine le froid hostile et glaçant d’un village de campagne en plein hiver. Il faut tout le talent de Catherine Salviat pour interpréter de façon aussi remarquable et redoutable la mère esclavagiste, acariâtre et tyrannique dépeinte par Martin Mcdonagh dans sa délicieuse comédie noire. Aucun rictus ne lui échappe. Aucune réplique assassine ne lui résiste et on ne peut que reconnaître, accablé par les ressemblances, les traits familiers d’une grand-mère ou d’une grand-tante. Le cœur sec, dur comme une pierre, elle manie avec brio la torture psychologique et sa victime, sa fille, pourtant consciente, ne peut que se résigner à la servir, encore et toujours, pour le temps qu’il faudra. La fille, interprétée par Sophie Parel (également à la mise en scène), incarne avec beaucoup de justesse l’ambivalence de ses sentiments : culpabilité de l’abandon; infini dévouement; envie irrépressible de vivre pour soi; de s’enfuir; rancœur; amour devenu haine. Face au couple mère-fille, les personnages des frères Dooley interprétés avec grande sensibilité par Grégori Baquet et Arnaud Dupont réagissent à leur manière, toujours touchante souvent malhabile, car ils ne peuvent que compatir, eux-mêmes également prisonniers de cette terre ingrate, face à l’impossibilité d’une autre vie. Ainsi, avec à un décor simple mais hyper efficace et des lumières subtiles qui augmentent habilement la tension générale, les quatre comédiens sonnent parfaitement justes et profondément humains. Toujours comiques. Tous ont l’air de se régaler et d’être hyper à l’aise dans la mise en scène et leur plaisir est contagieux. La pépite de Mcdonagh est très efficacement mise en scène et on ne peut que recommander !   Jusqu’au 16 octobre 2016 de Martin Mcdonagh  mis en scène par Sophie Parel   avec Catherine Salviat (de la Comédie Française), Gregori Baquet (Révélation masculine 2014), Sophie Parel et Arnaud Dupont  au Théâtre du...

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Jacques et Mylène, Gabor Rassov, Maison des Métallos
Juil07

Jacques et Mylène, Gabor Rassov, Maison des Métallos

Un couple bourgeois parodié Barbie et Ken avec l’humour Monty Python. Un peu trop corrosif !

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La voix humaine, La Dame de Monte-Carlo, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Poche Montparnasse
Juin10

La voix humaine, La Dame de Monte-Carlo, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Poche Montparnasse

La Dame de Monte-Carlo : Une femme vient de perdre sa fortune au casino. Elle décide de se suicider en se noyant dans la Méditerranée. La voix humaine : Seule, dans une chambre, une femme téléphone à son amant qui lui annonce leur rupture et son intention d’en épouser une autre. Dévastée par le chagrin, elle se raccroche au téléphone, coupé par des interférences extérieures. Un seul personnage, un long monologue, pas d’action. A peine une suite de phrases, parfois inachevées, entrecoupées de cris, et au cours desquelles l’essentiel n’est jamais dit : en un mot, un langage téléphonique, mais d’une incroyable force dramatique. L’arrière-fond est quant à lui psychologique, émotionnel et affectif. Aussi, traduire musicalement tout ce que les paroles dissimulent, c’est certainement ce qui séduit autant le spectateur. Cette tragédie lyrique est magistralement mise en scène et orchestrée. C’est une suite de séquences, de phrases : il y a celle du souvenir, celle du mensonge, celle du suicide manqué. Jean-Christophe Rigaud ponctue chacune de ces phrases comme des segments musicaux ayant chacun sa personnalité propre. L’œuvre baigne dans une atmosphère intense et lyrique. L’interprétation de Caroline Casadesus exprime toute la force du texte et de ces phrases, exacerbant à la fois le pathétique et le déchirant de ce monologue. À travers les non-dits et un moyen de communication défaillant, la pièce présente une rupture amoureuse difficile, dans laquelle le téléphone devient le protagoniste d’un drame sentimental. Comment réussir à maintenir l’intérêt durant ce long monologue d’une femme délaissée par son amant qu’elle essaie de reconquérir dans une conversation téléphonique perturbée par des incidents techniques ? Jean-Christophe Rigaud laisse la voix à découvert. Aussi, le piano assure le rôle de l’amant absent en suggérant la teneur de ses réponses qui ponctuent le récitatif tourmenté de l’héroïne : La sonnette du téléphone retentit. Elle lui raconte sa soirée de la veille, son mal de tête, son déjeuner, ses courses. Il fait mine de raccrocher mais elle continue, lui indique qu’il peut venir chercher ses affaires quand il le souhaite, l’empêche de s’excuser. Elle endosse « C’est moi qui suis stupide » et le couvre de compliments, « Tu es gentil », « Je ne me croyais pas si forte » et se défend de jouer la comédie, de prendre sur elle. « Je n’ai pas la voix d’une personne qui cache quelque chose ». « J’ai décidé d’avoir du courage, j’ai ce que je mérite », « Tout est ma faute ». La ligne ne fonctionne plus, « C’est drôle parce que moi, je t’entends comme si tu étais dans la chambre…Allô, Allô ! (…) Allons bon maintenant, c’est...

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Bigre, Pierre Guillois, Théâtre Tristan Bernard
Juin09

Bigre, Pierre Guillois, Théâtre Tristan Bernard

Après son triomphe au Théâtre du Rond-Point, Bigre, spectacle burlesque muet revient sur scène pour détendre les esprits bougons. Fous rires assurés !

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Gelsomina, Pierrette Dupoyet, Studio Hébertot
Mai26

Gelsomina, Pierrette Dupoyet, Studio Hébertot

Inspirée de La Strada de Fellini, cette pièce tour de piste emporte dans un tourbillon d’émotions. A voir !

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Anna Karénine, Léon Tolstoï ,Golshifteh Farahani, Gaëtan Vassart, Théâtre de la Tempête
Mai20

Anna Karénine, Léon Tolstoï ,Golshifteh Farahani, Gaëtan Vassart, Théâtre de la Tempête

Splendide interprétation de l’héroïne du roman de Tolstoï par Golshifteh Farahani. Très rarement adapté au théâtre en français, le colossal roman de la grande littérature russe prend une cure de jouvence et de douceur persane sur les planches audacieuses de la Tempête. Anna Karenina est mariée à un haut fonctionnaire avec qui elle a un garçon de six ans. Elle choisit de vivre ouvertement sa passion adultère avec Alexis Vronski, officier, en dépit des menaces de mise au ban de la société. Daria, enceinte jusqu’au cou apprend une nouvelle tromperie de son mari. Et Kitty a son cœur déchiré entre Lévine, jeune idéaliste propriétaire terrien épris d’absolu et Vronsky. Ces trois femmes naviguent entre désir d’émancipation, de bonheur et contraintes sociales et familiales. Et constatent combien un moment d’égarement d’une femme et d’un homme ne déclenche pas les mêmes bouleversements. Dans un décor minimaliste, la mise en scène de Gaëtan Vassart mêle univers originel russe et français. Le côté décalé ne marche pas toujours. Son adaptation apporte cependant des touches d’humour et de modernité bienvenues au texte fleuve de Tolstoï. Golshifteh Farahani est extraordinaire. Elle joue une Anna mélancolique et joyeuse, fragile et puissante, sensuelle et envoutante. L’actrice iranienne éblouit de sa voix chantante et nous révèle des talents de pianiste. Elle impressionne par sa mémoire d’un texte complexe traduit en français. Quand on pense qu’à son arrivée en France il y a huit ans elle ne parlait pas un mot de français… Son interprétation vibrante d’émotion n’est pas sans évoquer son émancipation personnelle des convenances sociales en Iran l’ayant conduit à l’exil. Vivement sa prochaine montée sur les planches entre deux montées des marches. Chapeau l’artiste ! Jusqu’au 12 juin 2016 Théatre de la...

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Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville
Mai08

Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville

 » En retard »; elle attend un homme en retard. Diva à la silhouette artificiellement allongée, elle va égrener un monologue acrobatique engoncée dans ses apprêts baroques. Autour d’elle, un environnement sonore fantastique et inquiétant réalisé par Alexandre Meyer. Au dessus d’elle, en guises de lustres étincelants, sont suspendues des lames de glace qui fondent inexorablement, forment des flaques qui progressivement mangent le sol sous ses pieds. Elle, Natalie Dessay, a une voix indescriptible, claire comme le cristal, vibrante, pleine. Sa diction est parfaite; une interprétation directe, face publique, certains mots suspendus en l’air comme figés dans un instant fulgurant, comme ce goutte à goutte de glace, comme des lames de couteau. Le propos évoque l’attente anxieuse d’une femme, l’attente d’un amant sombre; un homme qui enlève les juifs… Elle évoque ses manières à elle, elle tente de faire l’aristocrate, plus que les aristocrates eux-mêmes; mais elle est juive… Elle évoque une vie de simulacre. Elle se dévêt finalement pour que la vérité sorte. La cloche sonne quelque part. Le bruit des vitres qui se brisent rencontre bientôt le vacarme des lames de glace fondues qui tombent sur scène. Elle est toujours très digne et maniérée, cette voix toujours si extraordinaire tandis que l’environnement autour d’elle vole en éclat, et lui envoie les signes annonciateurs des derniers égards, de mort et de sépulture, et qu’elle entend les pleurs d’un amour désavoué… Dans ce théâtre beckettien, hors lieu, hors temps et pourtant si sensoriel, où l’on sent le froid, où le sonore nous éclabousse, Natalie Dessay est implacable, inoubliable. Cette pièce courte est un formidable exercice de mise en scène. Si l’on arrive tôt au théâtre des Abbesses, on entend Natalie Dessay faire ses vocalises de Soprane… Un enchantement. Jusqu’au 14 mai 2016 Und, de Howard Baker, mise en scène de Jacques Vincey, avec Natalie Dessay au Théâtre de la Ville aux...

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Le Syndrome de Cassandre – Yann Frisch – Théâtre du Rond-Point
Avr08

Le Syndrome de Cassandre – Yann Frisch – Théâtre du Rond-Point

Yann Frisch et le clown existentialiste C’est coincé derrière un « mur mou » translucide, entre un bureau capricieux et une mère séquestrée dans une malle que Yann Frisch a décidé d’emprisonner son clown de théâtre. Avec comme seules armes sa magie et son imagination, le clown de Frisch évite de charger le plateau d’un comique mécanique et linéaire. Le cadre est vite posé.  Le clown commence l’histoire en essayant de la finir, allumette à la main. Il est seul, vif et grinçant. En dérangement perpétuel et instable. Mange des bananes. Tourne dans sa cage. Questionne le sens du réel et le rôle du fictif. Essaye de convaincre que la magie n’existe pas, tout en en maîtrisant tous les codes. Il est sans être vraiment, en lévitation entre être et non-être. Le syndrome de Cassandre rend fou. Frisch bouscule les frontières de la représentation jusqu’à celles du spectateur. Ni vraiment clown comique, ni vraiment magicien, il se cherche clown de théâtre. Tente d’enlever en vain son nez noir. Tente l’inclusion dans le mode du spectateur. Cligne des yeux nerveusement devant l’angoisse du néant. On suit le clown, ses détournements contrôlés de la fiction. Le spectateur devient méfiant devant la tournure que pourrait prendre la fiction. La frontière est sensible, poétique. Haute voltige théâtrale, Frisch casse l’espace et les codes. Parfois maître de l’illusion, parfois valet du réel, son clown déambule en cage à la recherche du soi. Une mise en abyme existentialiste du clown de théâtre. On rit jaune, on rit gris, on rit peur. La farce, méli-mélo de fiction et de réel, ne peut que mal finir. Un très beau numéro de clown tragique.  ...

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Par delà les marronniers, Jean-Michel Ribes, Rond Point
Avr05

Par delà les marronniers, Jean-Michel Ribes, Rond Point

Énigmatique. Jean-Michel Ribes dit vouloir saluer “l’insolence d’être” et “la liberté de la différence”, mais le choix de la revue et du music-hall, avec la présence de danseuses-chanteuses auprès des dadaïstes Jacques Vaché, Arthur Cravan et Jacques Rigaut, laisse perplexe. Même si on sourit aux répliques assassines d’Arthur Cravan (interprété par Michel Fau) qui fait part de sa détestation de l’art et prend pour cibles Marie Laurencin et Robert Delaunay, l’ensemble est décevant- quant à la découverte très limitée que l’on fait de ces personnages – et triste. Tout autour une ambiance caricaturale de music-hall, au-dessus l’omniprésence de la guerre qui flotte comme une chape de plomb et, au milieu de la scène, les trois dandys dadaïstes défilent l’un après l’autre. Est-ce un choix de ne pas trop dévoiler de leurs personnalités hors normes? Les comédiens (Maxime d’Aboville, Michel Fau et Hervé Lassïnce) semblent sous-employés et on en est mal à l’aise et déçus de ne pas percer même un tout petit peu du mystère de leurs personnages. Plutôt que de la folie, de la désinvolture ou un sentiment de liberté absolue, c’est finalement du spleen qui émane le plus des dadaïstes mis en scène par Jean-Michel Ribes, tristes et sans illusion face au pouvoir de l’ordre moral.   Par delà les marronniers Revu(e) Texte et mise en scène Jean-Michel Ribes Avec Maxime D’Aboville, Michel Fau, Hervé Lassïnce, Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Stéphane Roger, Aurore Ugolin Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 24 avril 2016,...

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Il Sangue, Adesso Voglio Musica e basta, Pippo Delbono, Bouffes du Nord
Avr02

Il Sangue, Adesso Voglio Musica e basta, Pippo Delbono, Bouffes du Nord

On aime ou on déteste son théâtre, parce qu’on ne peut pas y échapper par l’ennui, les bâillements assoupis ou la distraction; on est toujours empoigné dans ses visions, martelé par ses mots: Pippo Delbono est notre démiurge.

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Cabaret Léo Ferré
Mar24

Cabaret Léo Ferré

Le « poète enragé et amoureux » aurait eu cent ans cette année, la singularité de sa langue retentit. Mais de manière inégale et trop mélancolique. Devant un rideau rouge satiné prennent place les musiciens. Accompagnés de leur accordéon, contrebasse, guitare, piano, violoncelle ils plantent le décor cabaret. Entre notes légères et graves, le répertoire de Léo Ferré est mis à l’honneur. Sur scène sept comédiens-chanteurs et quatre musiciens. C’est beaucoup pour que chacun trouve sa place et son ton. Autant Véronique Vella habite ses chansons avec prestance et profondeur comme une très émouvante reprise de Cette blessure et Pauline Clément avec une fraicheur bienvenue sur Jolie môme. Autant pour les hommes la confrontation à l’original est plus hasardeuse. Et l’interprétation de certaines chansons phares comme Avec le temps de Julie Sicard est décevante. Peut-être eût-il fallu se permettre certaines libertés pour les moderniser. La direction artistique de Claude Mathieu comme les arrangements musicaux de Benoît Urbain manquent d’originalité. On aurait aimé des libertés vis-à-vis du maître pour donner plus de rythme, surprendre. La troupe ne s’est pas assez permis de s’éloigner du ton Ferré pour y ajouter des notes jazzy ou humoristiques. Ce qui donne un Cabaret Ferré moins accessible que ne l’étaient les Cabaret Brassens ou Barbara. Les inconditionnels de Ferré s’y retrouveront. T’ es tout’ nue Sous ton pull Y’a la rue Qu’ est maboule Jolie môme T’ as ton cœur A ton cou Et l’ bonheur Par en d’ssous Jolie môme   Jusqu’au 8 mai 2016 au Studio théâtre de la Comédie française CABARET LEO FERRE – Direction artistique : Claude Mathieu – Direction musicale et arrangements : Benoit Urbain – Lumières : Eric Dumas – Vidéo : Matthieu Vassiliev – Collaboration artistique : Nicolas Vassiliev – Avec : Véronique Vella – Benoit Urbain...

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