Carol

Après Loin du Paradis, le cinéaste Todd Haynes continue d’explorer la bonne conscience américaine qui détruit les individus. Un air de déjà vu gâche le beau numéro d’actrices.

Après avoir affronté le mythe Bob Dylan, Todd Haynes replonge dans les années 50 et ses apparences si vintage et agréables à l’oeil. Avec Loin du Paradis, il rendait hommage aux mélodrames de Douglas Sirk et montrait comment une famille était détruite par la bien-pensance, les codes et la morale des années 50. C’était du Madmen avant l’heure. Une vraie réussite !

Qu’il tente dans Carol de renouveler avec une histoire d’amour entre une vendeuse et une bourgeoise. L’une est une petit brûne à l’aube de sa vie. L’autre est une blonde charismatique. Cate Blanchett est ahurissante en imitant
parfaitement les héroïnes d’Hitchcock et Rooney Mara n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes.

Elles sont toutes les deux magnifiques. Leur fragilité et leur force se conjuguent pour une danse passionnelle très dangereuse dans les années 50 puritaines, où la société est incapable de comprendre ou tolérer les différences.

La mise en scène est élégante, aidée par une image qui fait l’effort très louable de ressembler à la peinture d’Edward Hopper. On appréciera la description urbaine et subtile du New York du siècle dernier. Et la musique caresse la romance avec une étrange gravité.

C’est un très beau film. Inattaquable sur la forme. Mais hélas, il ressemble un peu trop à Loin du Paradis qui avait tout dit sur le moralisme et le manque d’ouverture de l’Amérique. Les Wasp sont sans pitié. L’échelle sociale est casse gueule. Tout est fait pour étouffer la moindre divergence. C’est ce qui hante le cinéma de Haynes, passionné par les personnages qui détonent et qui ne comprennent pas toujours la peur qu’ils provoquent.

Somptueux, le film sent tout de même la redite. L’auteur de Safe tourne un peu en rond. Il enfonce un peu des portes ouvertes. Même si sa démonstration, plutôt humble et délicate, est toujours nécessaire par les temps qui courent.

Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler et Sarah Paulson – UGC distribution – 13 janvier 2016 – 1h54

Auteur: Pierre Loosdregt

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