Café Society

Nostalgique, élégant, cruel et raffiné, le petit dernier de Woody Allen montre bien que le binoclard est encore en pleine forme malgré son grand âge. Sa vision de l’âge d’or du cinéma (et de la vie) est formidable! Un vrai moment de cinéma!

On pensait bien que depuis qu’il avait fait tourné la pétillante Emma Stone, le cinéaste new-yorkais avait retrouvé de la vigueur. Magic in the moonlight retrouvait tout le charme suranné du désenchantement propre au réalisateur de Zélig tandis que L’homme irrationnel célébrait avec gourmandise l’immoralité et l’amour.

Tout cela avec un sens classique et sobre de la mise en scène, un génie des dialogues et un choix de directeur de la photographie qui faisait toute la différence. Woody Allen a plus de 80 ans mais ses derniers films sont sacrément vivants et remuants. Café Society n’échappe pas, heureusement, à cette règle.

C’est succulent du début à la fin. On est d’abord stupéfait par sa reconstitution idéale de Los Angeles et New-York des années 30, magnifiée par la lumière de Vittorio Storaro, connu pour son travail sur Apocalypse Now. L’image est douce, belle et le soleil semble incandescent sur les villas de Beverly Hills et transforme les buildings imposants de New York en quelque chose de mythique et d’intense.

Les deux villes représentent parfaitement la fougue du jeune et naïf Bobby Dorfman. Fils d’un bijoutier juif new yorkais, il ne veut pas faire comme son papa, fuit sa famille envahissante et renoue le contact à Los Angeles avec son oncle, Phil, agent surpuissant dans l’industrie hollywoodienne.

Ce dernier le confie à sa secrétaire, Vonnie, qui rapidement va faire fondre le coeur du jeune homme. Mais la demoiselle est prise mais avec persévérance, Bobby va tout faire pour conquérir la belle… La vie est parfois cruelle et on ne vous dira rien sur la suite des mésaventures de Bobby qui de toute façon finira par se lasser de la superficialité de Los Angeles pour les angoisses plus frais de New York.

Woody Allen ne se trahit pas: c’est d’une simplicité désarmante mais à son grand âge, il ne prend plus de pincette et il va à l’essentiel: une comédie romantique, qui traite avec tenue et tact de tristes réalités existentielles. Et il parle aussi de ses passions: le cinéma, les femmes (ici les sublimes Kristen Stewart et Blake Lively) et tous les tracas de la vie: la famille, la religion etc.

Au bout de cinquante ans de carrière, il arrive encore à se renouveler et parfaire sa formule avec son style tragi comique (une fois de plus, les personnages cherchent l’amour pour atterrir dans un monde faux et fait que de solitude), unique en son genre. Virtuose l’air de rien, il parvient encore à aller trouver l’émotion dans un plan final qui peut vous prendre aux tripes. L’ambiance jazzy et rétro est trompeuse: ce n’est pas un vieux monsieur qui regarde derrière lui mais bel et bien un prestidigitateur qui continue de s’émerveiller de ce que peut offrir le cinéma, art commercial mais art tout de même.

Café Society est un régal. Allez y sans tarder!

Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Blake Lively et Steve Carell – mars distribution – 11 mai 2016 – 1h36

Auteur: Pierre Loosdregt

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