Battlefield, Peter Brook, Bouffes du Nord

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Sept-cent millions de victimes, dont vingt-quatre mille chefs massacrés gisant sur un immense champ de bataille…
Ces chiffres donnent le vertige; ils sont démesurés, comme l’épopée dont est tirée la pièce « Battlefield ». Oui, le « Mahabharata », considéré comme le plus long poème jamais écrit, date de plusieurs milliers d’années. Il conte la guerre entre deux familles cousines, les Pandavas et les Kauravas, de la jalousie des débuts à l’immense conflit final, en passant par les tentatives de conciliation. On y voit des amours contrariées, des apparitions et interventions divines, des actions héroïques: c’est un feuilleton de récits enchâssés, émaillé de fables, de contes de sagesse, dont la morale est à l’opposé de celle de La Fontaine (univoque et simpliste): subtile et surprenante.
En 1985, Peter Brook présentait en Avignon une version « épurée » de cette grande épopée de la mythologie hindoue, longue de 9 heures, d’après le texte de Jean-Claude Carrière. Aujourd’hui, avec la collaboration de Marie-Hélène Estienne, il en recrée (en 1h15) un passage seulement. « Battlefield » commence au moment où le vainqueur de la guerre, Yudishtira, réalise l’ampleur de la catastrophe et l’immense tâche à accomplir: gouverner. Comment trouver l’espoir et le courage nécessaires sur ce champ de batailles où ont péri presque tous ses proches? Yudishtira est épaulé par sa mère, son oncle, le vieux Roi aveugle, son grand-père et le Dieu Krishna. Ils évoquent pour lui des contes où les vers de terre parlent aux sages, où les hommes parlant aux Dieux font preuve de ruse, de couardise ou d’audace. 
Comme toujours, Peter Brook réunit une troupe d’acteurs très expérimentés venus des quatre coins du monde : Carole Karemera (qui est belge d’origine rwandaise), Jared McNeill (américain, qui interprétait en 2014 « The Suit » sous la direction de Peter Brook), Ery Nzaramba (formé à Bruxelles et au Royaume-Uni) et Sean O’Callaghan (irlandais). Le percussionniste japonais Toshi Tsuchitori accompagne sur scène les métamorphoses des différents personnages. A la lumière, on retrouve Philippe Viallatte, qui a avait créé la lumière pour le Mahabharata en 1985 et qui, depuis 1993, a signé la lumière de toutes les créations de Peter Brook aux Bouffes du Nord.
 
La direction d’acteurs est d’une simplicité, d’un dépouillement extraordinaires; le jeu, sans être dénué d’émotion, est d’une grande efficacité. C’est une interprétation « mûre », évidemment. A 90 ans, Peter Brook nous transmet la sagesse des textes anciens et continue à nous impressionner. 
Un très beau moment à partager.
37 boulevard de la Chapelle, métro La Chapelle.
Du 15 septembre au 17 octobre, du mardi au samedi à 20h30; matinées les samedis 3, 10 et 17 octobre à 15h30. 
Réservations: 01.46.07.34.50.
 
Ce spectacle sera en tournée en France : les 10 et 11 décembre à Amiens (Maison de la Culture), les 15 et 16 décembre à Châlons-en-Champagne (La Comète).

 

 
 

Auteur: Audrey Bigel

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