Bonnard, Vuillard, La donation Zeïneb et Jean-Pierre Marcie-Rivière, Musée d’Orsay
Mar30

Bonnard, Vuillard, La donation Zeïneb et Jean-Pierre Marcie-Rivière, Musée d’Orsay

Bonnard petit maitre Bonnard le brouillon le gentil bourgeois barbouilleur. Tranquillement.
 
Tandis que Vuillard
Vuillard le taiseux s’enfonce dans des silences que nul n’a encore percés

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Ma vie, Lyn Hejinian,  Les presses du réel

Ici le langage est agité, le désordre d’une vie organisé selon une partition musicale expérimentale. En cadence.

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Paula Modersohn-Becker, L’intensité d’un regard, MAM
Juin26

Paula Modersohn-Becker, L’intensité d’un regard, MAM

Une femme libre debout nue au bord de sa toile devant nous

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Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, Musée Orsay
Avr28

Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, Musée Orsay

Il ne plaît pas, n’a pas plu à son époque, moqué ridiculisé il n’est pas dans l’air du temps il ne respire pas le même air il n’est pas élégant facile léger, il est obscur dense singulier toujours aujourd’hui il tranche il est différent son langage ses couleurs ses formes son instinct

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Orestie, une comédie organique, Eschyle, Odéon
Déc16

Orestie, une comédie organique, Eschyle, Odéon

« Si tu ne parles pas mon langage, parle avec ta main »

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Péguy-Londsale, Entre ciel et terre, Théâtre de Poche
Oct15

Péguy-Londsale, Entre ciel et terre, Théâtre de Poche

Michael Lonsdale revient au Poche-Montparnasse toujours dans Péguy/Lonsdale entre ciel et terre les lundis à 19h du 2 novembre au 25 janvier 2016 !

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Für die kinder von gestern, heute und morgen (2002), Pina Bausch
Mai26

Für die kinder von gestern, heute und morgen (2002), Pina Bausch

  La scène est immaculée une virginité trois ouvertures noires : deux portes une vue. Si grandes ouvertures que les danseurs minuscules les mouvements immenses. L’équilibre des corps balanciers les limites de la chute. C’est la main qui retient le corps, c’est la chaise qui redresse l’homme à terre. Le corps, ce miracle. Une petite danseuse une très grande il y a ici et tout du long des déséquilibres des tremblements de cœur des certitudes et des normes. Des inversions. Sur la scène blanche chaque corps possède cinq ombres. La danseuse minuscule n’a qu’à bouger les doigts et c’est son corps entier qui danse. On porte, à deux, à trois, des corps de femmes des corps d’hommes, des grands des petits des vieux des nous. Ils deviennent pont marée rivages, architecture ils épousent ils progressent ils volent culbutent. Le corps, cette architecture. Un solitaire s’élance et s’empêche, s’enivre se brutalise. Se décontrôle. A distance il tire un fil invisible, articule et manipule la danseuse couchée jusqu’à ce qu’elle l’enlace puis debout toujours la conduit la dirige et lorsqu’enfin elle trouve son autonomie, c’est pour danser, nous danser. Un cœur est un cœur est un organe et un LOVE Le corps, cet amour. Des corps-oiseaux, des bras-ailes des hanches porteuses une ronde de femmes volantes, déplacement d’air dans un tourbillon nous sommes emportés, le cercle de plus en plus large se fend, fondent sur nous les oiseaux ailes déployées, des corps qui ne s’arrêtent plus même assis sautent, tressautent. Le corps, cet infini. Au jeu de la corde à sauter les brutalités enfantines, au jeu de la corde lance-femme dans les bras, des étreintes des unions. Une étreinte est un O – Un baiser un X OXOXOXOX Le corps, cette équation. Tant de façon di dire « une étreinte », de dire « un baiser », tant de mouvement pour danser une étreinte, pour danser un baiser, tant de partitions pour s’aimer « Est-ce que tu m’aimes ? Je ne crois pas. Peut-on essayer, commencer par cinq minutes ? Cinq secondes. » Tentative d’une demi-minute, c’est beau un couple qui s’aime une ½ minute, c’est long. Le corps, cette éternité. Perdre les mesures, mesurer de l’espace de son corps, de son amour. Petits arrangements avec les sentiments, comportement animal. Le corps, cet animal. A chaque scène, à chaque danse, chaque musique, chaque mouvement, s’écrit un précis d’anatomie, l’anatomie de la danse, des corps, des invisibles. Précis d’anatomie, précis d’autonomie, des détails des séductions, des pommes rouges des chevelures rousses et brunes, des regards. Le corps, cette séduction. Se coiffer à la pointe de son talon aiguille, brûler les pages de son livres, prendre le feu dans ses mains, se...

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Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie,
Mai14

Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie,

  Un horizon d’œillets. La transparence des tiges, le plein des fleurs, clignez des yeux tout se noue se joue le cœur bat, l’image est sublime, notre corps entier, notre perception sensible sont déjà sollicités, viennent les danseurs, les 23 danseurs de cette chorégraphie – Nelken – dans un champ d’œillets. Champ de beauté, sol encombré, pour Palermo Palermo c’était le mur tombé qui obligeait le corps et la pensée à des tours, des détours, ici les œillets dressés forment la frontière fragile entre le public et la scène. Tandis qu’ils s’avancent, les danseurs, hommes et femmes, leurs jambes floutées par 9000 tiges fines, un effacement optique qui donne aux corps encore plus de chair, encore plus d’aplomb, tandis qu’ils s’avancent la mer d’œillets vibre, ondule, l’immobilité chavire. Lever haut les jambes, contourner l’abîme ne rien abîmer, obstacle palpable, sortir de scène toujours haut levés, comment ne pas froisser la beauté, comment dire le monde fragile ? Ainsi. En silence, langue des signes, Lutz Förster parle, The Man I Love, à présent la voix chaude, les mains signent toujours, nous apprennent nous parlent, la danse est langue des signes, à présent chaque geste sera signifiant, notre œil, oreille, notre ouïe, vision, nos mains, notre peau, récepteurs, Pina Bausch excelle à multiplier les perceptions, à nous rendre vivants. D’éblouissement en éblouissement l’écriture chorégraphique raconte et suggère, elle propose et creuse, solos ou chahut, chaos ou extase, se jouent se parlent et se dansent. Le cœur battant. Micro posé sur la poitrine de l’un ou l’autre, ça bat, de peur de course d’amour. Et le vôtre et le nôtre de cœur comment battent-ils ? Bat-il toujours, êtes-vous vivants, comment êtes-vous vivants ? S’enterrer à la petite cuillère, allez, elle vous montre elle dévoile elle met à jour sur cette scène peu à peu, pas à pas dégradée, les violences du quotidien, violences langagières et corporelles accompagnées de la musique du cœur, chaque mot mesuré au sismographe du cœur au micro, ne vous remettez pas ne fermez pas l’œil, une femme nue en culotte blanche habillée d’un accordéon s’approche, elle fait son entrée, elle fait sa sortie, fend l’horizon d’œillets en talons hauts et voici des hommes en robes de gamines, des mutations, des bonds enjoués et en fond de scène, en fond de conscience, sur la ligne de l’Histoire Universelle de vrais gardes de vrais chiens de vraies peurs des vrais coups des vrais contrôles d’identité. Ruptures de tons, d’images, des histoires d’autorités et de place, de territoire, de fuite et de liberté. Les élans interrompus par les contrôles de passeports, à chaque contrôle moins de place pour la liberté, il/elle danse sur les...

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Les bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère
Mar27

Les bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère

Baroque, définition. En JOAILL. [Se dit d’une perle] Qui est de forme irrégulière, d’une rondeur imparfaite. Le baroque ce sont des gorges renversées des grappes de raisin, des figues, des travestissements des nudités Des débauches des jeux des libertés L’ivresse à toutes les tables, des excès Initiations bachiques, des baptêmes de vin chandelle plantée dans des croupes offertes Des dents gâtées des sortilèges, des crânes renversés des sabbats outrés Dans un seul cadre agité, chairs affaissées, cœur planté sur une lame, pendu grisâtre au cou gonflé, la Mort assise sous un drap blanc drapé au plus près de ses formes, couronne de fleurs autour du cou, cercle de feu sur les genoux, des cercueils d’où se relèvent les squelettes, des pactes étranges des enfants sacrifiés des créatures cauchemardesques Gestes obscènes masques et loups, jeu de hasard et d’aventures où tricher plie les corps en angles désordonnés Désordres. Désobéir. Vivre aux extrêmes à l’extrême voler violer tuer crier de plaisirs. S’enivrer se baiser se bagarrer. L’envers des décors la face invisible des âmes. Assauts de chair et des sens sous la lumière d’or de l’Italie. Les corps s’empoignent se disputent se mêlent. Ils s’accouplent s’offrent jouent des comédies divines sur le sol de l’enfer. Un homme pisse parmi les ruines, Hermès rattache sa sandale, un mendiant joue de son cistre. Les tavernes sont des Palais, soudain le peuple tient le premier plan. Les tourtes à demi-dévorées abandonnées sur les tables de bois aiguisent encore notre appétit de beautés convulsives. Les mots s’enfoncent dans le baroque, la langue perce la peinture à la rencontre de ce qui n’est pas montré ici. Au Petit Palais un abus de langage ne tient pas ses promesses. Les Bas-fonds du Baroque – La Rome du vice et de la misère Au Petit Palais l’exposition n’ose pas s’aventurer dans les bas-fonds. Elle reste prudemment au bord du vice, à la périphérie de la misère. Dans le Petit Palais trottinent des groupes de fourrures, de bijoux, d’appartements cossus et de privilèges. Le choix des œuvres est à leur intention bien-pensante.   Jusqu’au 24 mai 2015 Les bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère, Musée du Petit Palais, Paris. Fermé les lundis et le 1er...

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The Servant, Robin Maugham, Poche Montparnasse
Fév13

The Servant, Robin Maugham, Poche Montparnasse

La mignonne adaptation qui s’étire sous mes yeux, je vais l’oublier. J’ai commencé à l’oublier alors même qu’elle jouait.

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AD NAUSEAM, Tania Mouraud, Exposition monographique
Sep25

AD NAUSEAM, Tania Mouraud, Exposition monographique

  Au MAC/VAL, AD NAUSEAM, la dernière création audiovisuelle de Tania Mouraud est un vertige d’émotions, de sensations et de réflexions. AD NAUSEAM Marcher le long des trois écrans Trente-cinq mètres de destruction Frôler des désastres Arpenter AD NAUSEAM Si même les écrits ne restent pas, quelle barbarie ? Maelstrom d’actions. Il ne faudrait utiliser que des verbes d’actions, de destruction de réduction d’élimination. D’anéantissement. Des verbes de mouvements, des montées des descentes des diagonales des disparitions. Des verbes massifs. AD NAUSEAM Les tombereaux déversés, ces abondances consommées, rejetées, pilonnées. Les dents de la grue, l’heure n’est pas à la réflexion, il faut saisir, trainer ces corps de papier, les balancer dans les broyeurs, les déchiqueter, les recracher. Ça ne s’arrête pas. Écrasés, lacérés, réduits à rien. Toutes différences effacées. Il arrive que le troisième écran montre soudain une folie de déchirures blanches. Blanches comme des os. AD NAUSEAM De mobile notre corps est devenu immobile. Tandis que devant nous le massacre s’accomplit, tout autour, ce son, ces sons, 1500 samples de sons mécaniques. Ce son qui fait corps, qui est violence, qui diffracte les actions, qui remplit à ras bord. Des sons déchainés comme les images. AD NAUSEAM On tente de lire les titres des livres avant leur enlisement, de se raccrocher à quelques mots, un reste d’humanité, mais d’humanité il ne reste rien. Juste nous. Face à face avec l’Histoire. AD NAUSEAM Et le travail de confrontation se poursuit, machines froides, réalité implacable, le rythme ne faiblit pas, les écrans sont saturés. Entre les dents de fer disparaissent visages promesses savoirs souvenirs. Consommer oublier détruire, passer au suivant lorsque traîne sur le sol vide et souillé la mâchoire mécanique. L’animal repu. Il faudrait crier pour s’entendre. Crier pour entendre. Passer au-delà des rumeurs, des ordres, des autorités. AD NAUSEAM Dehors, dans le calme relatif des façades, d’autres œuvres de Tania Mouraud, en lettres capitales, son alphabet graphique, le langage du rythme, le déchiffrement à révélations, à retardement : « CEUXQUINEPEUVENTSERAPPELERLEPASSESONTCONDAMNESALEREPETER », « MEMEPASPEUR », « IHAVEADREAM » L’artiste nous place entre deux sens, deux voies. A nous de faire la synthèse, d’imaginer le monde dans lequel nous voulons vivre. du 20 septembre 2014 au 25 janvier 2015 MAC/VAL Place de la Libération 94400 Vitry-sur-Seine    ...

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Chère Elena, de Ludmila Razoumovskaïa
Sep11

Chère Elena, de Ludmila Razoumovskaïa

Du fond du cœur quatre élèves viennent souhaiter son anniversaire à leur professeur de mathématiques. Du fond du cœur ces quatre adolescents vont se transformer en bourreaux manipulateurs. Du fond du cœur Ludmilla Razoumovskaïa, l’auteure, a écrit en 1981 cette pièce subversive et corrosive, pièce interdite par les autorités soviétiques, magistralement portée, aujourd’hui, par Myriam Boyer et une partie de la nouvelle garde théâtrale. Pour infléchir le destin et le retourner à leur avantage, quatre représentants de la jeunesse sont prêts à tout. De part et d’autre de la morale les situations se multiplient, les points de vue, les abjections et les réflexions. La jeunesse d’alors est perdue. Celle d’aujourd’hui lui ressemble. Elle rêve d’une liberté confortable. Engraissée aux réalités télévisuelles, aux guerres perpétuelles, au chômage, aux violences, au clinquant, ils sont légion à traîner leur mal-être en look hipster, fashionista, une bouteille de rosée à la main. Dans Chère Elena, ils paradent en uniforme et boivent champagne et vodka. Ils sortent d’appartements communautaires et aspirent à la vie qu’ils pensent mériter, une vie différente de celle de leurs parents, une vie facile, une vie de gloire, d’argent. Et pour y parvenir ils sont prêts. Prêts à la violence, aux mensonges, à la manipulation, au viol, au meurtre. Sorte de Funny Games soviétiques mélangé à L’Arnaque, Chère Elena retourne comme un gant les fragiles notions de morale, honnêteté, d’humanité. La nuit transforme nos enfants, ceux que nous avons mis au monde et élevés, en monstres en voleurs en meurtriers. Les petits bourgeois utilisent avec brio les bassesses de leurs aînés, mais aussi l’éducation, les références, les codes, les bonnes manières. On s’étonne d’être encore en vie face à ces enfants, ces amis devenus ennemis. Au matin l’aube les saisit enfants de nouveau, seuls et désemparés face au carnage de leurs actions.   Mise en scène de Didier Long Avec Myriam Boyer, Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock, Jeanne Ruff Au Théâtre de Poche Montparnasse 75 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris  ...

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« Le prénom a été modifié » de Perrine LE QUERREC
Juil07

« Le prénom a été modifié » de Perrine LE QUERREC

« C’est tout noir et marche devant seule droite, avance en face debout ». Ce mantra lourd de sens encore caché, comme pour toute première fois, ouvre chaque paragraphe-confession du dernier livre de Perrine Le Querrec. Car ici, tout est poids. Poids du corps saccagé, poids des corps qui saccagent, poids du souvenir, poids de la vie, poids du passé, du présent, de l’avenir. « Le prénom a été modifié » raconte six mois de viol collectif d’une adolescente de 15/16 ans par une vingtaine de fous de banlieue sans visage, dans une cité dont on ne s’échappe pas. Avec « la mort à la main », « ils ont décidé de grandir en remplissant une fille de sperme en la gavant de coups. C’est comme ça qu’ils sont devenus adultes puissants respectés dans le grand ensemble ». Et quinze ans plus tard des pères de famille que la narratrice croise au hasard de ses rares sorties… . « Le prénom a été modifié » raconte le pendant. L’après. L’inoubliable pendant. L’inoubliable après. L’avant, le bienheureux avant, reste en filigrane : lui aussi a été modifié. A chaque rendu/déglutition de sa descente aux enfers terrestres, l’héroïne (sic) « s’assoit par terre étourdie » et le lecteur aussi. Au fil de soixante dix pages nerveuses, l’innommable est nommé, découpé, déchiqueté, mâché, ingéré, péniblement digéré. Il n’y a pas d’échappatoire. La douleur est si forte qu’elle obture quasiment l’idée de vengeance. Si le désir de mourir s’insinue, le désir de tuer est mort-né par trop plein d’horreur, anesthésié par les médicaments, bouffi par la bouffe, rien qu’une ligne sans illusion. Vous avez dit « désir ? ». D’une écriture courte, sèche, serrée comme le coeur, Perrine le Querrec poursuit une œuvre de témoignage rare, à façon, sans concessions. Qui nous colle aux tripes l’outrance de l’outrage. Qui se fout du tabou. Ce court récit, littéralement Dantesque, plaira aux féministes, mettra mal à l’aise les bobos bien pensants, plongera dans l’épouvante les jeunes filles de bonne famille, fera pleurer les hommes comme moi. S’il pouvait briser les barrières du silence littéraire, ce serait merveilleux. « La guerre on pense toujours que c’est bruyant. La guerre c’est aussi un silence total. » A la fin, arrive-t-elle trop tôt ou trop tard, il reste une grande lassitude et l’impérieux besoin d’aimer. Jean Azarel  « Le prénom a été modifié » de Perrine Le Querrec, éditions « Les doigts dans la prose », 13 € port...

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Palermo Palermo, Tanztheater Wuppertal, Pina Bausch
Juil01

Palermo Palermo, Tanztheater Wuppertal, Pina Bausch

      Palermo Palermo, être vivant entier, partout, à Palerme, ailleurs. Palermo Palermo, flamme éternelle, souffle créateur. Créé à Wuppertal en décembre 1989, présenté en juin 1991 au Théâtre de la Ville, de nouveau en ce lieu, devant la salle comble, comblée. Les créations de Pina Bausch sont chefs-d’œuvre, littéraires, chorégraphiques, théâtraux. Les danseurs du Tanztheater Wuppertal, d’une torsion la grâce et la pesanteur, d’un mot la dérision et la raison, d’un élan le rire et le frisson. L’invention jouée sur toutes les gammes, conjuguée à tous les temps. Un mur occupe la scène. Dressé devant nous, massif, silencieux. Quelques secondes, souffle retenu, puis l’écroulement, le fracas de bruit et de poussière. Le mur tombé, les frontières renversées, la vie commence. Les scènes se répètent, s’échappent, se percutent. Les corps se répètent, s’échappent, se percutent. Corps bandés, corps couchés, corps fragiles qu’on regonfle, bouche à bouche. Des corps palpés, exhibés. Déformer le corps à coups de prothèses, de vêtements mal placés. Perturber. Le minuscule met en branle une déferlante de poésie. Les danseurs se succèdent, mains en coupe, pour recueillir l’eau qui coule entre leurs mains. C’est beau. C’est vital. L’un salue sans avoir rien fait, il salue profondément, magnifiquement. Pour être apparu, tenant dans ses bras un bouquet de bois mort. Chaque image est idée. Chaque mouvement est histoire. Chaque geste est origine. Le mur à terre devient obstacle à enjamber, à contourner. Surface où s’assoir, où manger. Relief à explorer, à bouger. Sur ce plan un danseur dispose un nappe, une assiette blanche, un verre, des couverts : la table est dressé pour le chien affamé qui déguste et repart. En une démarche, exprimer. Une femme en talons haut, l’autre pieds nus, la première promène la seconde, l’histoire circule. Des lèvres humectées, du sucre collé, un baiser, une pièce jetée, une fontaine de pièces, un fer à repasser, une robe lissée, un bras plâtré, un pâtre escamoté, un mollet dénudé, une entrée, un départ, un ballet, un surréalisme, un expressionnisme, un rêve. Nous sommes au creux d’un rêve. Avaler sa bague de mariée d’une gorgée de café. Du fond de la scène un couple en blanc, d’autres sur les côtés, des apparitions multiples, une musique qui dézingue, des corps ressorts, qu’on pose, dépose, compose, distend, renverse, retourne, déplace. Des murs où l’on grimpe à un, puis deux, puis trois, puis dix. Multiplication des membres, des essais, des jetés, des figures, des portés, des aller-retour, des allées-venues. Une femme allongée sur la pointe des pieds de six hommes cérémonieusement déplacée. Et notre sourire qui n’en finit pas de grandir. Tout est danse. Une torsion du poignet, une chevelure...

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Ce qu’être d’avant-garde veut dire, David Antin
Juin05

Ce qu’être d’avant-garde veut dire, David Antin

« …ce que je veux faire c’est rendre sur la page une image de la parole qui se propage dans l’air     faire le pari de parler     faire le pari de réfléchir                   dans les pages même du livre… » David Antin est poète. Poète et critique d’art. Critique d’art et linguiste. Linguiste et performer. Autant de façons d’envisager le mot, l’image, le corps. Souvent il improvise des talk poems. Sur scène, lors de festivals, de colloques, dans des écoles d’art, des universités, devant des étudiants, des écrivains, des anonymes. Il parle. Il parle tant que sa parole devient matière. De cette matière, trouée et fluide, vertigineuse et discursive, il a été construit ce livre qui ne ressemble à rien et qui contient tout. Les histoires deviennent histoires au fur et à mesure qu’il les prononce, les mots entrainent les mots, d’idées éclosent d’autres idées, le corps devient poreux, il improvise une performance qui passe par la voix, se sculpte sur le mot. Il y a un démarrage, qui prend appui sur une idée caressée en vue de la performance, ou une image regardée, ou un coup de téléphone, une actualité, un démarrage qui inaugure une sortie de route immédiate, une sortie du discours qui se ramifie, se déploie, se fertilise au fur et à mesure du temps devant l’auditoire, un escalier narratif que David Antin dévale et remonte, par instant s’assoit sur une marche, s’adresse aux autres ou à lui, sans cesser de tisser et de conjuguer cette matière infinie du langage. La conversation engagée, l’artiste, « animal qui parle », aiguise l’appétit, ses mots se frottent les uns aux autres, deviennent cascades, océans, manifestes. Une ironie mordante, une acuité visionnaire, tordent la situation narrative et inventent ce vertige sonore et sensuel. Il existe chez lui une volubilité de la colère, une volubilité résultant d’une provision excessive de formules conceptuelles, une volubilité résultant du plaisir pris au renouvellement incessant de tournures pour expliquer la même chose, une volubilité du plaisir pris à la justesse des mots et des tournures linguistiques, une volubilité résultant du contentement intérieur que suscitent le tapage et le cafouillage du langage. A force de lire on entend, on se prend à ressentir cette ébullition au fond de la gorge, sur la langue, à vouloir nous aussi se lever, haranguer, lire à haute voix jusqu’à l’épuisement du souffle cette immense spirale dans laquelle David Antin nous lance.   Les presses du réel – domaine Littérature...

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