Le Relèvement de l’Occident : blancrougenoir – Compagnie De Koe Théâtre de la Bastille

La pièce-fleuve de la compagnie flamande De Koe est un tour de force drôle et touchant qui mélange faits privés et histoire avec un grand H de manière passionnante et inventive. Les trois comédiens de la Compagnie De Koe construisent leur dernière pièce, Le Relèvement de l’Occident, sous forme de trilogie/triptyque – blanc, rouge, noir – avec une volonté de décrire de manière exhaustive l’histoire de la pensée et de l’art en Occident : rien que ça ! Cette pièce extrêmement bavarde et ironique réussit l’impossible, bien évidemment en nous mettant devant l’histoire de l’Occident d’une façon complètement détournée et surprenante. Les digressions perpétuelles constituent le centre du sujet, en sont le jus jubilatoire, dont le ton renvoie par exemple à l’hilarité et à la profondeur existentielle du flux de conscience de La Conscience de Zeno d’Italo Svevo. Le blanc est l’histoire du commencement, entre petites anecdotes personnelles et remise à plat fraîche et humoristique de la difficulté de débuter une action. Le rouge est la vie d’Elizabeth Taylor et de Richard Burton, de la jetset et de sa frivolité dramatique. Le noir est la tentative folle et enthousiasmante de tout dire de la philosophie et de l’art modernes. La parole des comédiens – incessante, tumultueuse, réjouissante – joue intelligemment avec les décors, les objets et les mouvements des artistes. La parole remplit l’espace et l’enrichit : les images deviennent réalité, la fantaisie peut se développer dans un dialogue inépuisable des esprits. Le Relèvement de l’Occident est une pièce extrêmement méta-théâtrale, il ne pourrait pas être autrement, peut-être très post-moderne dans ses questionnements, ses références multiples, sa destruction du texte théâtral par un trop-plein de texte : tout donner en excès, tout détruire et faire exploser pour que de la démesure et de l’ironie qui la porte surgisse une...

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ARINGA ROSSA – Ambra Senatore / Le Carreau – Forbach
Mar24

ARINGA ROSSA – Ambra Senatore / Le Carreau – Forbach

Un jeu gestuel entre fiction et quotidien avec ironie et légèreté. Ambra Senatore, chorégraphe italienne de plus en plus appréciée et soutenue notamment en France, présente cette semaine en Lorraine (d’abord à Forbach, puis à Vandoeuvre-lès-Nancy), sa pièce de 2014, dont le titre est la traduction de l’expression anglaise red herring (fausse piste). Aringa Rossa est effectivement une suite d’amusements gestuels des 9 artistes sur scène, aux déplacements élégants et divertissants, entre danse et théâtre comique. Des sons et des bruits commencent et s’arrêtent presque immédiatement, tout est évocation personnelle, atmosphère à la fois ordinaire et étrange, familiarité et équivoque charmant. De nombreux signes, gestes, mots qui, au fur et à mesure que la pièce avance, prennent un sens d’ensemble, construisent un tableau global, une réflexion aérienne, raffinée et franchement drôle des relations humaines. Chez Ambra Senatore, la narration, la remise en question et le commentaire sur le geste en cours, la mise en scène de fragments de personnages, tout cela renvoit à de nombreux autres chorégraphes contemporains : on pense notamment à Salves de Maguy Marin, mais dans une version à l’apparence plus légère et insouciante. Ambra Senatore, d’ailleurs nouvelle directrice du Centre Chorégraphique National de Nantes depuis le début de l’année, montre avec cette pièce sa maîtrise de l’équilibre entre construction très précise et improvisation : la création sonore et le bruitage dialoguent avec les gestes des danseurs de manière riche et enthousiasmante. Le public se retrouve impliqué dans le jeu chorégraphique et sensoriel de façon délicate, ludique et réjouissante. Un spectacle ironique et...

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Festival Animal.es – Luc Petton & Antonia Baehr
Jan23

Festival Animal.es – Luc Petton & Antonia Baehr

« Un festival transféministe antispéciste » enfin à Metz, une programmation pluridisciplinaire qui aborde la thématique des animaux pour déconstruire les normes et les lieux communs. La soirée du 22 janvier, au théâtre de l’Arsenal, est consacrée à la danse et à la performance, d’abord avec la pièce Light Bird de Luc Petton, puis avec Abecedarium Bastiarium, une performance intimiste de l’artiste allemande Antonia Baehr. Nous pouvons évoquer rapidement Light Bird : une salle comble et enthousiaste pour un spectacle mettant en scène 4 grues de Mandchourie à côté de 4 danseurs (2 hommes et 2 femmes) et un musicien. Après le succès à Metz en mai dernier, pendant le festival Passages, du Jour du grand jour du Théâtre Dromesko, une pièce bouleversante, mettant en scène de manière vibrante notamment un marabout, nous nous attendions à un autre spectacle capable de jouer de la relation avec les animaux avec la même grandeur et intelligence, de donner une raison profonde à leur présence sur un plateau, de nous faire oublier les tristes clichés d’un zoo… Light Bird déçoit en proposant une danse « humaine » assez banale car entièrement portée par la puissance d’ambiance de la musique, et surtout bien trop genrée dans ses représentations masculine et féminine. A côté de cela, l’apparition des 4 grues ne trouve jamais une réelle motivation, leur présence ne donne lieu à aucune réflexion esthétique ou philosophique sur la danse entre humanité et animalité, nous avons plutôt l’impression d’animaux finalement quand même en cage, obligés à être partie d’un dispositif qui avance à vide, sans but et sans un réelle force de proposition. Un sentiment opposé se dégage de la performance Abecedarium Bastiarium d’Antonia Baehr. Un spectacle surprenant pour une jauge limitée : une trentaine de spectateurs entre dans l’univers de la performeuse qui évoque des animaux disparus et des amitiés personnelles en jouant des déguisement de genre, en leur donnant un sens profond et extrêmement vif grâce au prisme de l’animalité. Les questionnements de genre – le plus immédiat est celui de la performativité cher à Judith Butler – activés par le biais du déguisement en des êtres mi-bêtes mi-travestis acquièrent dans les différentes saynètes mises en scène une vérité bouleversante, drôle et touchante. Aux antipodes d’un théâtre qui se veut pur effet tape-à-l’œil par l’éloquence facile des nappes sonores et la spectacularité des grues sur scène, la performance d’Antonia Baehr dévoile sa puissance révélatrice : à la fois pour l’artiste (révélation de son intimité, de son discours ingénieux et pénétrant, de son corps mis à l’épreuve de l’animalité et de la nudité) et pour le public (mis doucement en danger, car présent...

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José Montalvo, Y Olé!, Théâtre de la Ville de Luxembourg
Oct04

José Montalvo, Y Olé!, Théâtre de la Ville de Luxembourg

Un diptyque faisant dialoguer Les Demoiselles d’Avignon de Picasso et Le Sacre du Printemps de Stravinsky : une conversation chorégraphique entre culture savante et culture populaire. La pièce est séparée en deux parties distinctes, dans lesquelles les 16 danseurs mettent leurs corps à l’épreuve des œuvres phares de la modernité. Deux parties dans lesquelles le flamenco est l’élément perturbateur de la représentation, de plus en plus présent, envahissant et source d’extrême délectation pour le public qui, à la fin du spectacle, applaudit longuement les danseurs. Montalvo affronte donc Picasso et Stravinski par le spectre de ses souvenirs d’enfance dans le sud-ouest de la France, en les confrontant à toute une panoplie de gestuelles, de rythmes et de chants folkloriques, parmi lesquels le flamenco s’impose toujours. Au fond, des images vidéos, assez kitsch et décalées, qui lancent ou répondent aux mouvements des danseurs sur la scène. Le spectacle, dans sa globalité, nous laisse assez perplexe, il nous paraît un simple jeu personnel, jouissif et intimiste, sans une vraie tentative de dire quelque chose de la danse contemporaine, de l’héritage de la modernité par ces rapprochements entre culture savante et culture populaire. On est loin des saisissements théoriques et émotionnels que provoquent par exemple les pièces de Hofesh Shechter, dans lesquelles la gestuelle folklorique est une sorte d’excavateur pour bouleverser de l’intérieur les poncifs de la danse contemporaine. Représentation du 25 septembre...

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Golden Hours (As you like it) – Rosas / Anne Teresa De Keersmaeker – Théâtre de la Ville de Luxembourg
Juil06

Golden Hours (As you like it) – Rosas / Anne Teresa De Keersmaeker – Théâtre de la Ville de Luxembourg

Anne Teresa De Keersmaeker bouscule les attentes de son public avec une pièce tentant de nouvelles voies chorégraphiques par la mise en scène de Shakespeare. Anne Teresa De Keersmaecker nous avait habitués à un travail d’analyse de la musique par le corps, de confrontation mutuelle du mouvement et du son d’une grande exigence métrique et formelle. Avec Golden Hours (As you like it), elle s’élance dans de nouvelles directions, mettant onze jeunes danseurs à l’épreuve de Shakespeare. Un théâtre muet – quelques vers de As you like it sont projetés sur le mur du fond, mais aucun des dialogues de la pièce n’est récité par les danseurs -, où les intrigues d’amours et de travestissements sont retranscrit et réinventés par les corps sur scène. Au tout début de la pièce, la reprise par trois fois du morceau de Brian Eno nous introduit à un temps étiré, irréel, complètement onirique et absurde. Par la suite, la mise en scène de As you like it est une réelle épreuve pour le spectateur : le silence presque continu dans lequel se développent les mouvements des danseurs, la difficulté à les interpréter, à naviguer dans ses rythmes saccadés, dans ses déplacements entrecoupés, dans un investissement de l’espace dont la logique est dure à saisir, tout cela rend Golden Hours très hermétique. Quelques moments de bonheur surprennent le public, notamment le magnifique solo de Georgia Vardarou, et on se dit qu’Anne Teresa De Keersmaecker a tout à fait raison de nous bousculer, de nous ennuyer, de se rendre incompréhensible, de vouloir tenter autre chose en opposition aux attentes que nous avons vis-à-vis de son travail, à la jouissance annuelle des pièces, faites d’analyse musicale par le corps et de géométrie radieuse et implacable, auxquelles elle nous a habitués. Elle se cherche – ou elle s’est trouvée de nouvelles directions, sans que nous n’arrivions à entrer dans cet autre univers : pour l’instant ?...

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D’après une histoire vraie, Christian Rizzo, Arsenal, Metz
Mar07

D’après une histoire vraie, Christian Rizzo, Arsenal, Metz

Entre tradition et danse contemporaine, une danse folklorique masculine apparaît et disparaît, portée par les percussions de deux batteries. Christian Rizzo est de retour à Metz pour deux spectacles (le deuxième sera présenté dimanche 8 mars au Centre Pompidou-Metz) qui interrogent les résonances de la danse populaire dans les rythmiques et les gestualités d’aujourd’hui. Dans D’après une histoire vraie, huit danseurs travaillent les synchronismes et leurs variations dans une construction formelle qui parfois rappelle subtilement les recherches chorégraphiques d’Anne Teresa De Keersmaecker. Toute narration est absente de cette pièce, où les danseurs ne sont que mouvement et gestualité évocatrice. La chorégraphie populaire surgit au fur et à mesure, toujours détournée de ses puissances explicites par un savant travail sur le geste contemporain, d’abord sous forme d’allusions légères, puis avec de plus en plus de netteté. Le rythme des deux batteries présentes sur scène accentue l’énergie grandissante qui envahit les corps. La multitude de combinaisons des contacts entre ces corps masculins est travaillée avec une sensualité significative de laquelle surgissent les mouvements anciens, dévoilant leur polysémie et leur richesse sociale. D’après une histoire vraie est une pièce en suspens, qui tourne autour de l’idée de suggestion : entre ébauches et changements de directions continuels, pendant une heure le folklore est effleuré sous divers aspects, jusqu’au déchaînement final qui semble presque vaincre les danseurs à leur corps défendant. En enchantant le public messin, Christian Rizzo questionne de l’intérieur la danse populaire et son éloquence...

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Focus NeedCompany MaisonDahlBonnema – Rhythm Conference feat. Inner Splits / Maarten Seghers & the Horrible Facts – What do you mean what do you mean and other pleasantries
Mar07

Focus NeedCompany MaisonDahlBonnema – Rhythm Conference feat. Inner Splits / Maarten Seghers & the Horrible Facts – What do you mean what do you mean and other pleasantries

Dans le cadre du Festival Artdanthé, le Théâtre de Vanves propose un double spectacle de danse autour du rythme de la parole. Dans le spectacle de la compagnie MaisonDahlBonnema, deux hommes et deux femmes (le duo Anneke Bonnema et Hans Petter Dahl, accompagnés du batteur Nicolas Field et de la comédienne Catherine Travalletti) sont habillés de blanc, portent un long chapeau pointu blanc et se déplacent dans un espace complètement blanc. Dès le début, tout évoque l’univers : la pièce est une longue réflexion sur la terre, la vie, les images, les nouvelles technologies, l’humanité dans une perspective résolument apocalyptique. Une mise en scène assez pauvre, un travail sur le lien entre le rythme de la batterie, la parole et le mouvement qui tourne en rond. Entre pathos et ironie, sentencieux et décalage, Rhythm Conference se révèle un hymne à la vie new age au premier degré, assez frustrant, que seule la dernière partie (énumération-catalogue interminable de « choses » sous fond de musique krautrock) parvient à sauver de la banalité. A l’opposé, avec une mise en scène très simple et surprenante, la pièce de Maarten Seghers travaille en profondeur la parole, la limite entre le sens et le rythme, avec une ironie et une inventivité scénique impressionnantes. What do you mean… expérimente toutes les nuances de la satiété sémantique, lorsque la répétition des phrases, rythmées jusqu’à l’épuisement, perd son sens et devient pure sonorité. En parallèle, Maarten Seghers travaille le non-sens corporel, une gestualité à la fois absurde et sobre qui se joue autour d’une planche en bois collée au visage, en transformant le corps en un objet empêché, mais extraordinairement musical qui communique joyeusement avec le dispositif sonore du décor-caisse de résonance. Une mise en scène dépouillée et imaginative, où les répétitions, les silences, les attentes, portés par ce corps maladroit et hilarant, enchantent pour leur construction...

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Les Nuits, Ballet Preljocaj, Arsenal, Metz
Fév22

Les Nuits, Ballet Preljocaj, Arsenal, Metz

Le Ballet Preljocaj enchante une grande partie du public messin avec une pièce chorégraphique, inspirée des histoires des Milles et Une Nuits. Créée à l’occasion de Marseille-Provence 2013, Les Nuits s’ouvre par un tableau vivant du Bain Turc d’Ingres. Des mouvements hypnotiques et saccadés, une gestuelle précise et symétrique, un travail formel captivant sur la durée et le rythme : l’entrée en matière dans l’exotisme mystérieux de l’Orient sensuel est tout à fait réussie. Après ce début remarquable, la pièce se poursuit (et se perd) dans un défilé de séquences insistant de manière de plus en plus effrénée et, à notre avis, triviale, sur cette sensualité embrasée hétérosexuelle et homosexuelle correspondant à plusieurs clichés érotiques qui se révèlent involontairement comiques et cocasses. Les costumes et les musiques ajoutent de la grossièreté et du pathos au premier degré à cette suite de tableaux sensuels dans lesquels, parfois, les mouvements de groupe ne sont pas à la hauteur de la volonté formelle du chorégraphe. La pièce nous semble rester à la surface des questionnements culturels et, si l’on veut rester sur le plan purement chorégraphique, de la gestuelle érotique que le recueil de contes Les Mille et Une Nuits pourrait susciter aujourd’hui. Quelles corporalités donner à voir ? Quelle sexualité interroger et déployer ? Quelle vision de l’Orient mettre en jeu ? Ici, la danse ne creuse aucune question : Preljocaj nous semble fuir ces questions extrêmement politiques liées à l’émancipation du regard et des actes (notamment féminins) pour nous endormir avec une vague provocation sensuelle frivole et...

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Le parlement des invisibles, Anne Collod, Arsenal, Metz
Fév09

Le parlement des invisibles, Anne Collod, Arsenal, Metz

Une pièce chorégraphique qui questionne l’influence des morts sur les corps vivants et qui réactive la puissance de la gestualité expressionniste. Dès le début, la nouvelle pièce d’Anne Collod nous plonge dans une ambiance sombre et captivante dans laquelle vaguent des corps-squelettes. Des silhouettes abstraites, des mouvements précis et stylisés : tout évoque clairement une ambiance expressionniste, dont l’intensité est redoublée par des projections sur les rideaux noirs du fond et sur des écrans-miroirs portés par les danseurs. Cette référence historique assumée par une abstraction géométrique extrême est le fil conducteur de la pièce, dans laquelle les corps des danseurs figurent la vie et la mort, leurs possibilités représentatives, leurs dialogues discontinus et imparfaits. Le parlement des invisibles travaille le concept de vitalisme (la séquence carnavalesque en est l’apogée), sa survivance à un siècle de distance ; elle questionne le sens que ce courant philosophique peut acquérir aujourd’hui. En travaillant différentes couches et qualités d’images, le flou des corps dans l’obscurité, l’ambiance de mystère associée à la puissance des compositions de Camille Sain-Saëns reprises par Pierre-Yves Macé, Anne Collod pousse le spectateur à un effort constant de compréhension des actions jouées sur scène et le surprend par moment avec des images puissantes et énigmatiques. La force conceptuelle de l’expressionnisme est ici réactivée comme image pure.    ...

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You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia), Angélica Liddell,Théâtre de l’Odéon
Déc11

You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia), Angélica Liddell,Théâtre de l’Odéon

Le viol comme moment de fragilité pour l’homme qui le commet et comme surprise du désir pour la femme qui le subit : Angélica Liddell s’attaque aux tabous sexuels avec ardeur et vitalité. Dans la nouvelle pièce d’Angélica Liddell que le Théâtre de l’Odéon présente jusqu’au 14 décembre dans le cadre du Festival d’Automne, le tragique et le comique s’alternent, se chevauchent et se mélangent incessamment. You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia) est une œuvre dans laquelle la souffrance devient cocasse et le plaisir déchirant. Les contraires s’appellent, les paradoxes surgissent à tout moment. Angélica Liddell mélange des éléments personnels oniriques au mythe de Lucrèce violée par Tarquin : dans le texte et la mise en scène, le contemporain et l’historique se croisent sans arrêt, la beauté des images est extrêmement touchante et joue toujours à la limite avec le kitsch, de manière soudaine et surprenante. Le rêve, le réalisme et le fantasme sont les éléments principaux de cette pièce où une quantité infinie de signes et de symboles peuplent la scène, sans que leur signification puisse être sûre ou fixée. Les images qu’Angélica Liddell donne à voir sont à la fois floues, mystérieuses et violemment matérielles. Tout au long de la pièce, la corporalité des comédiens est questionnée et mise à l’épreuve avec crudité et raffinement. You Are My Destiny joue des nombreuses présences sur scène de manière à la fois ouverte et ritualisée, comme c’est le cas pour les trois chanteurs du chœur ukrainien, intervenant à plusieurs reprises en apportant une modulation mélancolique et déchirante à la globalité de la pièce. Du fait de sa durée (2h20) et de sa construction multiforme, You Are My Destiny est une œuvre extrêmement cathartique, une vraie expérience physique et sensorielle pour les spectateurs, un travail inoubliable.   Jusqu’au 14 décembre 2014 au Théâtre de l’Odéon...

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Vortex Temporum, Anne Teresa De Keersmaeker
Nov25

Vortex Temporum, Anne Teresa De Keersmaeker

Création de 2013, Vortex Temporum est une des multiples pièces récentes d’Anne Teresa De Keersmaecker travaillant la relation entre le mouvement et la musique contemporaine : une autre réussite de la chorégraphe belge. Depuis ses débuts, Anne Teresa De Keersmaecker choisit de se confronter à la musique contemporaine dans sa recherche gestuelle et spatiale. Il ne s’agit jamais d’illustrer les compositions sonores à travers les corps des danseurs : sa danse est toujours une analyse autant qu’une déconstruction de la musique, ainsi qu’une proposition sensorielle à partir de l’expérience physique provoquée par cette musique. La scénographie de Vortex Temporum, pièce qui s’engage à chorégraphier l’expérience de l’œuvre spectrale de 1994-1996 du compositeur Gérard Grisey, présente des rosaces dessinées au sol à la craie. Sans dévoiler dans les détails la structure de la pièce, à partir de ces formes géométriques, la musique et la danse sont présentées seules ou en association, en jouant avec la mémoire auditive et visuelle des spectateurs, les possibilités de mise en relation et les contrastes entre les sonorités et les mouvements. La pièce nous semble questionner, entre autres, deux éléments chorégraphiques essentiels : premièrement, la dynamique entre le solo et les moments d’ensemble. Vortex Temporum rappelle la complexe construction chorégraphique de Cesena (2011), jouant des énergies gestuelles des danseurs, de leurs corps agissant comme une seule entité ou se distinguant des autres dans les rythmes et les mouvements. L’écriture chorégraphique de Vortex Temporum travaillant à partir des formes circulaires dessinées au sol permet un réel travail spatial autour du concept de tourbillon, fait de mystères, surprises, évocations subjectives et pure énergie. Deuxièmement, Vortex Temporum questionne l’imaginaire qui se produit à l’interstice entre l’abstraction sonore et la corporalité chorégraphique. Quels mouvements pour (re)vivre l’expérience musicale de l’œuvre de Grisey ? Quelle relation entre les matières sonores et physiques ? Les partitions mises en place par De Keersmaecker, jouant des densités gestuelles, des relâches, des harmonies et des froissements, et s’accompagnant d’un riche travail sur la luminosité de la scène, permettent aux spectateurs une grande liberté intellectuelle dans l’expérience des sons et des mouvements, une ouverture sur leurs propres réflexions et sensations. Unissant le travail intellectuel d’analyse musicale et la proposition sensorielle de la danse, Vortex Temporum est une heure de pur plaisir du regard.   Représentation du 20 Novembre 2014 au Théâtres de la Ville de Luxembourg Cie Rosas & Ictus        ...

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Partita 2, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Boris CHARMATZ
Déc10

Partita 2, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Boris CHARMATZ

Une pièce que les deux chorégraphes travaillent depuis 2010 est l’occasion pour Anne Teresa De Keersmaeker de renouveler son dialogue avec la musique de Bach.     Un duo accompagné par la musique en live de la violoniste Amandine Beyer : pour la chorégraphe flamande, une nouvelle pièce travaillant les liens entre le mouvement et la musique, les infinies possibilités de faire de la danse un outil d’analyse visuelle de la musique. Après s’être confrontée à la musique de Bach avec Toccata et, plus récemment, Zeitung, Anne Teresa De Keersmaeker choisit Partita 2 de Bach que la violoniste joue d’abord dans le noir absolu de la salle : une manière de proposer une immersion totale dans la partition sonore qui sera le point de départ de la danse en duo qui va suivre, longuement et dans le silence. Partita 2 interroge la mémoire sonore et visuelle : comment regarder une partition chorégraphique composée à partir d’une partition musicale en les séparant dans un premier temps l’une de l’autre, en les faisant se succéder pour qu’elles se retrouvent finalement ensemble dans la troisième partie de la pièce. Les deux danseurs jouent avec les nombreux cercles dessinés au sol et avec une seule source de lumière qui, de manière elle aussi circulaire, traverse petit à petit la scène. Les mouvements de De Keersmaeker et de Charmatz travaillent de l’intérieur la structure de la musique de Bach, ils en révèlent l’ironie, la joie, les répétitions, les moments de surprise. Lorsque les deux partitions, celle musicale et celle chorégraphique, se retrouvent enfin unies, les spectateurs ont assisté à un long travail d’analyse, et les retrouvailles du son et des mouvements sont à la fois intrigantes et émouvantes. Les créations de De Keersmaeker sont toujours un moment de partage avec le public d’une joyeuse et passionnante analyse structurelle de la musique à travers le plaisir de la danse, danse qui dans Partita 2 est faite de marches, de courses, de suspensions, de jeux de correspondances et de démarcations entre les deux danseurs. Les pièces de la chorégraphe flamande oscillent savamment entre intelligence et émotion, entre distance et immersion.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Elena’s Aria, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Compagnie ROSAS
Mai24

Elena’s Aria, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Compagnie ROSAS

La chorégraphe belge repropose en tournée ses premières créations, pour montrer à rebours le fil conducteur de son travail. Elena’s aria est la troisième création en date d’Anne Teresa de Keersmaeker, conçue en 1984. A l’époque, ce spectacle a reçu un accueil très froid lors de sa première présentation. Et pourtant il ne s’agit pas d’une erreur de parcours, après le succès de Fase et de Rosas danst Rosas: c’est avec cette pièce qu’Anne Teresa de Keersmaeker signerait son idéal de la danse, exprimerait sans ornements thèmes, gestes et rythmes qui lui tiennent à cœur et font sa personnalité d’artiste. L’expérience que le spectateur fait d’Elena’s aria est curieusement pénible. Plusieurs personnes quittent la salle très rapidement, découragés par le côté fragmentaire, énigmatique et âpre des gestes accomplis sur scène. Notre idolâtrie absolue pour cette figure de la danse contemporaine nous fait résister, elle nous pousse à affronter la pesanteur de ce spectacle, à vivre cette épreuve avec masochisme, interrogations et fascination. Une musique très faible, des années 30, accompagne parfois les cinq danseuses sur scène, interrompue par de longues minutes de silence, interminables, quand ce n’est pas par le bruit fastidieux d’un énorme ventilateur, actionné par les danseuses elles-mêmes, qui sont d’ailleurs constamment occupées par la scénographie qui les entoure. Des chaises. Un fauteuil dans un coin avec une lampe de lecture. Un cercle dessiné au centre de la scène. Et c’est tout. On reconnaît par moments la sérialité des gestes typiques, la rupture des mouvements en cours, la cassure d’une posture digne, pour découvrir les possibilités du corps, les directions qu’il peut prendre. Ce spectacle transmet une image de femme assez mélancolique : c’est la demoiselle de la ville qui, talons hauts et robe serrée, marche en rond et se brise, hystérique ; on pourrait voir en elle les formes d’une mère de famille ou de femme au foyer, négligée et épuisée. Alors que dans Fase et Rosas danst Rosas, on appréhendait immédiatement la composition globale que la chorégraphe avait conçue, en travaillant la sérialité et la géométrie de l’espace scénique, dans Elena’s aria il est très ardu d’intégrer la structure générale de la pièce qui ne se dévoile que très tard aux yeux du spectateur. On imagine bien l’avant-garde qu’une telle construction pouvait représenter en 1984, en opposition radicale avec les créations précédentes, l’homogénéité joyeuse des gestes des danseuses et la plénitude du dialogue entre musique et mouvements que l’on avait découvert chez cette jeune chorégraphe belge. Avec cette nouvelle pièce, Anne Teresa De Keermaecker fuyait la facilité, questionnait la fragmentation et la mélancolie. L’emploi d’images de chutes de bâtiments projetées en 16mm, la voix de...

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MASCULINES, Héla FATTOUMI et Éric LAMOUREUX
Jan13

MASCULINES, Héla FATTOUMI et Éric LAMOUREUX

Dans sa nouvelle création, le couple de chorégraphes Fattoumi et Lamoureux met en scène 7 danseuses jouant des clichés de la féminité et les bouleversant savamment.   Sur une scène extrêmement sobre, les danseuses surgissent petit à petit du noir, la lumière joue avec leurs silhouettes, la musique participe activement à la mise en place d’une forte tension scopique. Finalement un tableau vivant apparaît : Le Bain Turc d’Ingres, emblème de l’érotisation du corps féminin. Tout est déjà là et sera travaillé dans ses nuances au cours du spectacle : les différents degrés de visibilité des corps, les rôles sexuels imposés, interprétés de manière souvent très ironique par les danseuses.   MASCULINES questionne l’image du corps féminin, ses déguisements et les nuances de nudité qui rendent possible un écart de la norme, une forme de rébellion, la liberté des corps. Les critères de féminité et de masculinité sont travaillés à partir de l’idée de dénudation, d’où l’importance de la combinaison transparente que les danseuses portent au début sous leur costume et le basculement que son enlèvement signifie : la chair des corps surgit ainsi des tableaux mis en scène, la réalité physique de l’image féminine devient le sujet du spectacle.   Dans cette création, rien n’est discours ou théorie. Bien évidemment les références aux études de genre sont bien présentes, avec l’idée que la conscience d’être en train de jouer un rôle est le début de la libération des assignations imposées. Mais Fattoumi et Lamoureux transforment ces réflexions en puissance des images signifiantes, grâce à la maîtrise des nuances figuratives de la part des danseuses, mais aussi à un emploi extrêmement éloquent des musiques et des lumières qui soutiennent l’enchaînement des mouvements : de cette manière, la gestualité devient pensée, la suite d’images des corps féminins devient construction signifiante intense et richement lisible par les spectateurs.   Pour les messins, la découverte ou redécouverte du travail de Héla Fattoumi et d’Éric Lamoureux s’est poursuivi le dimanche 13 janvier au Centre Pompidou-Metz avec la présentation de MANTA, solo de 2009 autour du niqab et des femmes arabes.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Dancing with the sound hobbyst, Zita SWOON GROUP et Simon MAYER
Déc05

Dancing with the sound hobbyst, Zita SWOON GROUP et Simon MAYER

Un concert « rock tropical » chorégraphié par Simon Mayer, danseur de Rosas (Anne Teresa de Keersmaecker) : une proposition extrêmement énergique du belge Stef Kamil Carlens (ex dEUS). Zita Swoon Group est un collectif de musiciens aux origines sonores les plus disparates, un laboratoire rythmique où cohabitent l’orgue, la guitare, les percussions, les xylophones, la basse, la contrebasse, le piano, les claviers, ainsi que les voix de deux choristes femmes et bien sûr celle immédiatement reconnaissable de Stef Kamil Carlens.   Coaché par Anne Teresa de Keersmaecker, le danseur Simon Mayer interagit avec les musiciens à travers une gestualité exacerbée, nerveuse et primitive, sautant d’un coin à l’autre d’une scène très étroite puisque presque entièrement occupée par les différents instruments du groupe. Cette contrainte spatiale est peut-être un parti pris chorégraphique, mais elle montre rapidement ses limites, manquant d’originalité et de richesse expressive.   Le concert apparaît d’ailleurs tout à fait inadapté au contexte imposé par l’Arsenal : l’énergie « rock tropical » de Zita Swoon Groupe se trouve bloquée dans sa communication avec le public définitivement assis, physiquement inactif. Les sonorités de ce groupe auraient dû profiter d’une salle de musiques actuelles où le public aurait eu la possibilité de danser ! On a presque l’impression que, malgré les qualités remarquables des musiciens et l’intensité des morceaux joués, tous leurs efforts sont vains face aux spectateurs immobiles dont la seule réponse sera les applaudissements à la fin de chaque morceau.   La danse de Simon Mayer, souvent accompagné dans ses chorégraphies par les deux choristes, manque de force, de précision et de magnétisme. Sans doute un choix délibéré : une intense agitation décousue voulant correspondre avec les expérimentations rythmiques de Zita Swoon Group. Personnellement, j’ai été très peu sensible à sa gestualité et les sentiments du public à la sortie de la salle sont extrêmement divergents, entre ceux qui ont adoré le spectacle et l’interaction musiciens-danseur et ceux qui n’ont pas du tout été convaincus.   L’élément chorégraphique semble beaucoup plus réussi en ce qui concerne les mouvements et surtout la présence scénique du chanteur, du pianiste, du bassiste et des percussionnistes, capables de donner du caractère à leur jeu.   La performance sonore créée à travers le mouvement de plusieurs cordes par un des deux percussionnistes vers la fin du spectacle est d’ailleurs un moment riche de tension et de beauté visuelle, pour moi le seul beau souvenir de ce spectacle.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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PUZ/ZLE, Sidi Larbi CHERKAOUI
Nov28

PUZ/ZLE, Sidi Larbi CHERKAOUI

Dans un décor gris, sobre et multiforme, la dernière création de Sidi Larbi Cherkaoui déploie l’énergie de 11 danseurs et de sonorités d’origines plurielles.     Puz/zle est composé d’une multiplicité de références, symboles et narrations fragmentées. Un réel puzzle d’images investit la scène, fruit notamment des déplacements successifs des éléments scénographiques (des pièces et des structures murales grises se transformant souvent en plateaux, sorte de tours précaires en perpétuelle construction et démolition) effectués par les danseurs, pris dans une agitation où s’alternent l’angoisse et l’espoir.   Cette création nous parle du peuple, elle met en scène des humanités de différentes origines par des images abstraites et saisissantes, accompagnées de chants et de musiques corses, libanais et japonais. Les sonorités et les figures chorégraphiques dialoguent entre elles, en travaillant chez le spectateur des évocations historiques ou spirituelles : l’humanité, la vie sont le sujet de Puz/zle, les corps dans leurs désirs et leurs agitations en sont la matière figurative.   L’existence humaine représentée acquiert par moment une nuance fortement politique : Puz/zle parle des luttes des peuples, de leurs résistances. D’ailleurs le décor, fait de murs et de pierres (inspiré par la Carrière de Boulbon, lieu utilisé par le Festival d’Avignon, pour lequel ce spectacle a été conçu pour l’édition 2012) peut évoquer par moments le conflit israélo-palestinien et sa réactualisation récente : une correspondance qui accentue la force de cette création, basée sur un travail figuratif complexe et épais, dans lequel corps et décors contribuent à raconter la force spirituelle, le mouvement humain dans son analogie avec la matière naturelle.   Violence, apaisement, union et fragmentation, tout participe d’un questionnement sur l’espace et sur l’humanité qui l’habite.   La création de Cherkaoui souffre probablement d’une longueur excessive, d’une densité de symboles qui affaiblit la portée évocatrice des images : faiblesses infimes étant donné l’énorme enthousiasme du public messin face à ce spectacle.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Salves, Maguy MARIN
Mar16

Salves, Maguy MARIN

Salves, la dernière création de Maguy Marin, toujours radicale et surprenante, a été présentée à l’Arsenal de Metz, séduisant encore une fois ses spectateurs.   Le parti pris bien tranchant de Description d’un combat– réflexion autour de l’image figurative et de l’image littéraire – à la fin de la saison 2010, avait divisé le public du Théâtre de la Ville de Paris, partagé entre ceux qui, ennuyés, avaient abandonné la salle, et ceux qui, hypnotisés et envoûtés par la proposition formelle de Maguy Marin, avaient adoré le spectacle.   Salves, qui en 2011 avait déjà été montré à Paris, interroge la frontière entre le théâtre et le cinéma, mettant en scène un dispositif de lumières, de sons et de mouvements dans l’espace travaillant inlassablement le hors-champ, l’apparition et la disparation des corps et leur relation avec la parole.   Sur les côtés de la scène, des bandes magnétiques se déclenchent alternativement et font entendre des fragments de films américains, italiens, espagnols, tandis que sept danseurs construisent et déconstruisent une narration (symbolisée par le fil presque invisible avec lequel jouent les interprètes au tout début du spectacle) faite de tentatives de préparer une table, de plats cassés qui perturbent l’action, d’enfants qui s’échappent dans la nuit, de mains qui tentent de réparer un vase brisé…   Un enchaînement fascinant et poignant d’associations d’images entre les films et les situations représentés sur scène se développe tout au long du spectacle : un jeu figuratif évoquant le surréalisme et travaillant les extrémités des gestes et des séquences dont l’aboutissement n’a jamais lieu. Maguy Marin construit ainsi une tension grandissante, faite de mouvements continuellement interrompus, inachevés et à nouveau répétés avec de légères variantes.   La proposition coupe le souffle, enchante et impatiente : on aurait envie de pouvoir arrêter l’action, de revoir le montage de mouvements et de sons, de mieux en saisir la force plastique et les références suggérées. Mais le spectacle avance à un rythme de plus en plus soutenu et la séquence finale apporte un bouleversement peut-être trop conciliant et intelligible…   Quoi que l’on puisse penser des dernières minutes du spectacle, Salves reste une création passionnante et fondamentale pour les questions esthétiques qu’elle soulève.   www.arsenal-metz.fr   www.compagnie-maguy-marin.fr     Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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The Ballad of Sexual Dependency, Tiger LILLIES et Nan GOLDIN
Mar08

The Ballad of Sexual Dependency, Tiger LILLIES et Nan GOLDIN

A l’Arsenal de Metz, le cabaret de The Tiger Lillies  et le diaporama de Nan Goldin s’unissent dans une ballade étrangement rythmée.     Les photographies de The Ballad of Sexual Dependency retracent 10 ans de la vie de Nan Goldin, ses rencontres, des moments d’intimité partagée dans les milieux underground et white trash américains et européens. Dans ce diaporama, l’enchaînement saccadé des clichés rend difficile l’observation posée des compositions des images. Nan Goldin impose au spectateur une suite infinie de corps seuls ou en couple, des regards caméra dévoilant brièvement un visage battu, le quotidien dans un appartement minable, le temps passé dans un bar.   La photographe nous met face à la drogue, au sexe, à la violence, mais aussi face à des moments paisibles dans une baignoire, des jeux d’enfants, de vieux couples assis dans leur cuisine.   La douleur, l’angoisse, la dureté de la vie ne sont jamais trop loin et ces sensations ont probablement inspiré The Tiger Lillies dans la création de ce ciné-concert.   Perpétuant la tradition de la chanson de bordel, les anglais développent un univers et une musicalité proches de Tom Waits où les histoires de beuveries côtoient les déboires de prostituées et de délinquants. Martyn Jacques, sorte de de King Diamond avec la voix de Jimmy Sommerville, chante la pisse et la merde, la beauté et la tristesse.   Une vie rude, des tonalités âpres semblables à celles de Nan Goldin avec un étrange décalage temporel de quelques décennies, voilà le ciné-concert proposé par The Tiger Lillies sur les images de la photographe américaine. Un même esprit, des thématiques très proches qui rendent le spectacle extrêmement passionnant pour le public de l’Arsenal.   Et pourtant la mélancolie des sonorités du groupe anglais correspond finalement très peu au côté cru et touchant des photos de Nan Goldin : si chez The Tiger Lillies tout est souvenir partiellement idéalisé d’une époque passée, chez Goldin, les clichés placent le spectateur face à un réel très chargé historiquement (les années 80), politiquement et socialement, face à des relations amicales et amoureuses douloureuses, rudes, mais aussi profondément fertiles artistiquement. Le réel de ces photos est perpétuellement renvoyé à sa cruauté, aucune idéalisation nostalgique n’est possible. L’instant reste tel quel, vivant et violent, à tout moment. Voilà ce qui transforme le ciné-concert de The Tiger Lillies en une création bizarrement décalée.   http://www.tigerlillies.com/     www.arsenal-metz.fr/    Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Une lente mastication, Myriam GOURFINK
Fév07

Une lente mastication, Myriam GOURFINK

La nouvelle pièce de Myriam Gourfink explore les possibilités de la lenteur, de la presque immobilité en relation avec des matières sonores subtiles et puissantes.   Le titre de la création Une lente mastication signifie le processus de compréhension d’un rythme, d’une structure gestuelle, d’une approche au temps au cours de la période de répétition de la pièce, et par la suite de sa représentation sur scène.   La pièce de la compagnie Myriam Gourfink travaille de manière franche et radicale l’idée de lenteur, d’écoulement à la fois lourd et imperceptible du temps dans un mouvement continuel infinitésimal – moléculaire est l’adjectif le plus employé pour définir cette recherche – dans lequel les 10 danseurs-insectes (une comparaison que la chorégraphe utilise aussi pour définir l’allure de ces corps, et qui nous semble signifier également la gestuelle et l’unité de ses interprètes malgré l’apparente séparation réciproque – on y reviendra) jouent avec les spectateurs le jeu de l’attente. Une heure doit s’épuiser, le public est au courant de cela dès le départ, et le parti pris de la pièce est d’emblée clair et univoque : l’avancement des danseurs de droite à gauche sur la scène.   Le concept de mouvement acquiert ainsi plusieurs dimensions : il est placé dans le temps et dans l’espace de manière claire et éclatante ; il se montre à la fois dans sa gratuité la plus absolue et dans sa finalité la plus simple, celle d’un avancement spatial ; il est geste individuel et collectif. Ce dernier point est peut-être d’ailleurs le plus captivant de la pièce : les danseurs avancent (ou reculent légèrement) en donnant l’impression d’être seuls et séparés les uns des autres dans la logique de leurs gestes, alors qu’un « corps commun » (expression qui apparaît dans un entretien avec Clémence Coconnier, une des danseuses de la pièce) est en mouvement.   Ce qui est donc le plus essentiel, mais presque imperceptible, est le concept de densité des corps dans leur mouvement, concept inspiré par la pratique du yoga, une densité travaillée de manière intense par les nappes sonores jouées par Kasper T. Toeplitz.   Le public reste pourtant assez froid devant cette exploration gestuelle et sonore qui apparaît peut-être excessivement démonstrative.   Gloria Morano et Flavia Ruani © Etat-critique.com –...

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Rainforest Duets Biped, Merce CUNNINGHAM
Déc28

Rainforest Duets Biped, Merce CUNNINGHAM

Une émouvante tournée/hommage ultime au chorégraphe américain décédé en 2009.   Le Théâtre de la Ville clôture son année 2011 en accueillant un double programme de la Merce Cunningham Dance Company. Nous avons assisté au deuxième programme de cet hommage, qui, comme le précédent, proposait trois pièces différentes parcourant les grandes phases de l’oeuvre chorégraphique de Merce Cunningham. RainForest (1968), Duets (1980) et BIPED (1999), joués du 20 au 23 décembre, permettaient donc d’avoir un panorama assez satisfaisant du travail de Merce Cunnigham dès ses premières créations jusqu’à une de ses chorégraphies les plus récentes. Les spectateurs ont pu se remémorer ou découvrir pour la première fois le formalisme d’avant-garde des propositions de Merce Cunningham : ses essais de renouvellement des codes classiques – ses danseurs jouant de l’équilibre des corps et de leur perpétuelle rupture – et de rencontre libre et fortuite entre les mouvements et les sons (en l’occurrence les compositions de David Tudor, John Cage et Gavin Bryars). La danse de Merce Cunningham met en scène un minimalisme obstiné, une recherche infatigable autour du geste, des plus simples mouvements des membres et de la relation entre les corps. Les danseurs déploient ainsi toutes les possibilité organiques de leur corps : chaque mouvement d’un membre est une proposition en soi, une tentative autonome de penser le geste. BIPED, construite autour d’une rencontre entre les danseurs sur scène et les images virtuelles créées par des capteurs présents sur les corps des danseurs, représente le point culminant des recherches de Cunningham : toute la scène devient mouvement pur, la plus grande virtuosité esthétique ne nie pas le minimalisme des débuts. La pièce communique une sensation très agréable de pacification. Jusqu’au bout Merce Cunningham aura poursuivi ses recherches sereinement, une joyeuse surprise continuelle autour des possibilités infinies des corps.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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