Alien Covenant

Ridley Scott n’en finit pas de recycler son magnifique monstre qui date tout de même de 1979. Est ce vraiment une bonne chose?

On ne parlera pas ou peu de Prometheus qui voulait initier une nouvelle saga autour de la créature baveuse la plus célèbre du cinéma. Parfois grandiose, parfois raté, cette préquelle avait plutôt déçue mais cela a décuplé l’envie de Ridley Scott de continuer à raconter la genèse du monstre.

Dans les interviews, à 80 ans, il dit vouloir faire encore des films sur le sujet. En attendant voilà donc la suite directe de Prometheus, Alien Covenant, un titre qui montre bien qu’ici il y aura du métamorphe et ca ne va pas rigoler. Mais est ce bien que Scott s’acharne sur sa création et sa créature?

Car on a le droit de se poser des questions sur l’ambition artistique d’un cinéaste admirable. Il a des défauts mais il s’agit tout de même d’un auteur important, originale et formaliste. Il a toujours tenté des choses. Il n’aime pas le confort et on aime ses erreurs autant que ses réussites. On lui doit quelques mythes mais le temps passe et l’envie de nouveauté lui échappe.

C’est ce que pourrait prouver ce nouvel épisode. Pourtant l’auteur ne trahit pas la science fiction. L’interrogation sur la création, la créature et bien entendu le créateur. La première scène est belle, dépouillé et résume parfaitement l’ambition philosophique du film. Bah oui, Alien Covenant ferait plus dans la science-fiction que dans l’horreur.

Les fameux monstres mettent du temps à arriver et fait de ce volet un film assez bavard. Il recycle abondamment tout ce qui a été fait avant. Il y a pas mal de citations autour du second volet, le plus guerrier et technique signé James Cameron. Mais Scott, à bientôt 80 ans, n’oublie pas d’être un cinéaste sceptique et un peu dépressif depuis le suicide de son frère, Tony Scott, lui aussi responsable de nombreux blockbusters.

Ce qui donne un ton ! On n’a plus l’habitude d’une œuvre qui refuse l’humour. C’est aussi un film d’action mais la violence n’est pas seulement graphique : elle est intime. On doit hélas supporter des personnages un peu trop stéréotypés. Pourtant il y a une vision mélancolique des relations humaines, puisque les spationautes sont tous des couples : la rencontre avec la bête affreuse n’en est que plus rude car chaque victime est liée à une autre.

Il y a des idées comme celle-ci qui rendent le spectacle exaltant mais il y a aussi un cahier des charges que l’on finit par connaître par cœur au bout de six épisodes et des variantes en tout genre. On appréciera, entre autres ,la confrontation entre deux androïdes, joués par un glaçant Michael Fassbender, la description d’une civilisation morte et des décors magnifiques d’une nature elle aussi morte, qui montre un Ridley Scott triste mais tenace, toujours en forme pour une mise en scène presque enragée.

Il n’y a plus l’équilibre des débuts où il y avait presque une notion de conte avec une princesse et un dragon dans l’espace. On assiste à un ripolinage un peu maladroit, parfois brillant autour d’une créature qui restera de toute façon, après tous les traitements possibles, un visage unique de la terreur au cinéma. Et les humeurs de Ridley Scott n’arrivent pas à la démythifier. C’est déjà ca!

Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup et Danny McBride – 20th century fox – 10 mai 2017 – 2h

Auteur: Pierre Loosdregt

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