Avec ce thriller efficace et intelligent qui réussit à jouer avec les nerfs du spectateur en en montrant le moins possible, Fincher change son fusil d’épaule et choisit une réalisation sobre privilégiant le réalisme à l’esthétisme.
Il faut croire que les hippies ont déserté la Californie. Les années 1960 se terminent, la guerre du Vietnam n’est pas mentionnée une seule fois et malgré cela, aucun jean à patte d’eph’ à l’horizon. Pourtant, le besoin de paix et d’amour est vital, surtout quand un malade s’applique à aérer les têtes d’adolescents américains au gros calibre sans raisons apparentes. Mais quand le gratin des inspecteurs et des journalistes s’applique à résoudre l’enquête, on se dit que tout va aller pour le mieux.
Seulement, si l’on compare les policiers dans ce film avec ceux de Bullit et l’Inspecteur Harry, deux références cinématographiques omniprésentes, il faut reconnaître que l’on a de quoi être déçu. L’incapacité à dénicher un tueur en série qui sème la terreur dans tout un Etat pendant une douzaine d’années - tout en laissant plus de messages à la police qu’il n’y a de courrier indésirable sur votre boîte professionnelle un lundi matin - a de quoi laisser sceptique.
Non content de laisser des cadavres d’innocents boutonneux sur son chemin à chaque fois que l’envie lui en prend, le tueur amateur d’ésotérisme est frappé d’une malédiction puisque tous ceux qui enquêtent sur lui finissent soit alcooliques soit fortement perturbés. Quoi de plus naturel quand on assiste à la fascination médiatique que le meurtrier suscite. L’histoire de ce Zodiac montre particulièrement bien l’ascension de cette nouvelle génération de déséquilibrés qui a su profiter de la médiatisation pour satisfaire leur ego. Après tout, c’est à cette époque qu’Andy Warhol prédisait que chacun avait le droit à son quart d’heure de célébrité…
Les journalistes n’avancent pas plus rapidement et quand tout le monde semble avoir abandonné devant la supériorité du criminel, il faut qu’un dessinateur s’érige en défenseur de la justice et aille là où personne n’a osé s’aventurer : dans le pétrin. Il n’empêche, cela réclame beaucoup de courage, d’abnégation et surtout d’inconscience. Je ne vous raconterai pas comment le film se termine, mais sachez que comme tous les films basés sur des faits réels, vous savez peut-être déjà si le bateau coule ou non à la fin.
La plus grande qualité de ce film est l’habile maniement du suspense. La tension est maîtrisée sans recourir à des effets de surprise faciles, laissant à l’imagination du spectateur une place de choix. Il s’agit un peu de l’antithèse de Seven : ici, point de surenchère morbide ou de mutilations gratuites. Paradoxalement, Zodiac réussit à développer une atmosphère beaucoup plus oppressante en choisissant de ne pas raconter certaines scènes plutôt que de les montrer sous tous les angles.
La reconstitution de la Californie des années 1970 est aussi une réussite. La minutie apportée à certains petits détails et références historiques est appréciable et facilite l’immersion dès les premières minutes. Ceux qui reprocheront ce souci de réalisme en regrettant les plans ultrasophistiqués du réalisateur passeront à côté d’une qualité pourtant fondamentale que l’on ne soupçonnait pas chez lui : la simplicité. Et c’est souvent comme cela que l’on reconnaît le talent.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 18/05/2007