« Paris n’est pas Berlin. Ici, il n’est pas simple de se produire pour les artistes. Alors nous, on leur laisse un espace de liberté. »
Voilà comment en avril 2009, Eric Périer a co-fondé La Société des curiosités avec son ami Arnaud Grauer. Mais pas question de venir faire son concert ou sa pièce de théâtre, faire payer l’entrée et « merci au revoir ».
Les deux amis de l’art ont monté cette association pour faire réfléchir, sans se fixer aucune limite. Les artistes (musiciens, comédiens, conteurs…) ne touchent pas d’argent. Ils sont là pour faire partager leur démarche. La transversalité des arts s’opère naturellement. Musique et cinéma font la paire dans moult projets. Les nombreuses résidences au sein de La Société des curiosités montrent un vrai suivi. « L’idée, c’est de donner aux gens l’envie de tirer des fils. Qu’ils les déroulent et se les approprient. La Société des curiosités cherche à ouvrir de nouvelles voies », souligne Eric Périer.
Avec sa bibliothèque murale, de vieux canapés, ses colonnes doriques répondant à un carrelage typique des Trente glorieuses, on se croit revenu dans les années 70. Accoudé au bar, on discute du film visionné (Le Miroir d'Andreï Tarkovski) un verre à la main en attendant le live de Zerkalo. La salle est pleine, près de 50 sociétaires ont bravé le froid. D’autres voient défiler des images de paysages avec une main ou un corps en filigrane. Un radiographe se serait cru au travail. Le tout dans un minuscule sous-sol intimiste.
Lundi 4 janvier, L’Evadée – qui organisait la soirée - recevait ensuite Zerkalo. Cette présence ne devait rien au hasard, le cinéma de Tarkovski influence ce projet vidéo-musical. Des images de Sacrifice ou Le Miroir se retrouvent à l'intérieur de cet univers complexe, proposant une démarche introspective « Heinrich Mueller (aka Gerald Donald) ne veut pas être dans la lumière », explique Victoria Lukas, qui pose sa voix d’ange glacée sur cette techno froide venue de Detroit.
Elle se met également en scène dans des vidéos avec Julia Pello, une Américaine en charge des visuels. Darlene l’aide, et le duo prend le nom de Hour of star. La prompte succession d’images, dans une ambiance dark qui se marie à la musique, constitue une vraie démarche artistique. « Julia me propose son idée, elle filme, et on voit le résultat après . Comme avec Heinrich, on communique énormément. » A tel point qu’une 2e EP est en route. « Et aussi, on va jouer en première partie de la Cité de la Musique, en mars. Mais je ne peux pas dire de qui. Tu l’as ton scoop », en rit Victoria. (NDLR: un 2ème EP, c'est un second maxi, pas vraiment un album, car souvent 5/7 titres) |
Les gros plans sur des parties d’un visage répondent à des délires dans des grands espaces. Et aussi des postures urbaines. Au moment où l’on se dit que la voix de Victoria dégage un caractère christique, des icônes de la Vierge Marie s’enchaînent. Des effets vocaux via une machine tactile assurant un effet venu d’ailleurs.
La soirée s’est terminée dans une séance d'écoute proposée par Gatasanta autour des productions électroniques du label Clone, auquel Zerkalo appartient. Detroit et ses beats minimalistes reprenaient le dessus.
Le programme à venir est alléchant. Par exemple, ce jeudi, la performance de Franck Vigroux & Philippe Fontes promet : « La caméra, placée devant un aquarium filme en direct un certain nombre de séquences d’images fabriquées en temps réel ».
Ce lieu gardé secret vit - jusqu’alors - sans subvention. Seuls les adhérents de l’association le sauront, après avoir consulté le site de La Société des curiosités qui vous renvoie alors un mail pour vous inviter aux prochains rendez-vous. Pour seulement dix euros l’année, on se dit que la culture alternative a encore de l’avenir. Pierre Henry, le père de l’électro, viendra peut-être faire un tour cette année. Une curiosité qui se cache depuis si longtemps…
http://www.myspace.com/myopspace
Thomas Delavergne
© Etat-critique.com - 11/01/2010