Zeitung: un spectacle de danse contemporaine exigeant... jusqu'à la saturation.
Le moins que l'on puisse dire est qu'Anne Teresa de Keersmaker ne fait pas dans la facilité. Ses chorégraphies ne sont ni complaisantes ni forcément séduisantes. Aussi le public a-t-il parfois du mal à apprécier ses oeuvres (voir notre critique de son spectacle de l'année dernière, The Song)
Avec Zeitung, les choses commencent très joliment avec un long solo féminin dans lequel la danseuse semble boitiller et se disloquer en silence. Puis arrive Alain Franco, pianiste impressionnant tant par sa carrure que par son talent ; il joue Bach magistralement sur un piano à queue placé en fond de scène.
Zeitung est marqué du sceau du dépouillement: un piano, des danseurs habillés sobrement, une scène ouverte sur les coulisses... comme si nous assistions à une séance de travail. Une simplicité qui invite à se concentrer sur la musique et la danse, et à profiter pleinement de la magie qui s'en dégage.
Anne Teresa de Keersmaker met en place une danse sobre. Il n'y a pas ici de sauts fulgurants comme en danse classique. Les danseurs ont toujours un pied au contact du sol ; ils se déhanchent et semblent parfois même claudiquer, se mouvoir avec une raideur arrondie. Très beaux moments d'immobilité où les danseurs inactifs restent en bordure de scène.
Zeitung est principalement basé sur des solos ou des duos distants dans lesquels les danseurs évoluent en mouvements décalés, comme on chante un canon. Pas de corps à corps fusionnels : on se suit, on se frôle et ne se touche que d'une main.
Les danseurs évoluent côte à côte, comme en miroir. Jeu de miroir également entre lumières et plancher. La chorégraphe joue en effet sur l'éclairage, faisant alterner clarté vive et clair-obscur (voire noir quasi-complet avec des ombres chinoises), et ces effets de lumière semblent répondre à l'immense parquet blanc barré horizontalement d'une large bande noire.
La danse proposée par Anne Teresa de Keersmaker n'est pas confortable. Elle demande une concentration et une attention qu'il n'est hélas pas possible de tenir deux heures durant, d'autant que la grâce ne transcende pas longtemps la rigueur.
On en vient à regretter que le spectacle soit si long, et à trouver mille occasions manquées d'en avoir terminé plus tôt.
http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-zeitung-160
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 21/10/2009