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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Yves Saint Laurent rive gauche La révolution de la mode

Yves Saint Laurent rive gauche La révolution de la mode

Yves Matthieu SAINT LAURENT

Jusqu’au 17 juillet 2011. Ouvert du mercredi au dimanche, sauf jours fériés, de 11h à 18h.

Et ta critique ?




 

Yves Saint Laurent rive gauche La révolution de la mode, à la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent, jusqu’au 17 juillet 2011.

 

 

 

Régulièrement la Fondation de l’avenue Marceau ouvre ses salles d’exposition à une rétrospective Yves Saint Laurent, largement nourrie par ses propres archives, et ici à nouveau fort bien complétée par les prêts de quelques collectionneurs scrupuleux, comme peu de créateurs de mode ont su en inspirer.

 

Cette fois-ci, l’exposition se concentre sur la marque de prêt-à-porter Saint Laurent rive gauche, première marque de prêt-à-porter lancée par un couturier sous son nom, et sur les premières collections, depuis l’ouverture de la boutique de la rue de Tournon en septembre 1966, jusqu’au milieu des années 1970.

 

Plus de soixante-dix modèles sont présentés, et la scénographie permet de restituer l’atmosphère du lieu de vente : couleur orange, emploi de l’aluminium, sous la direction à l’époque de la décoratrice Isabelle Hebey, bancs Djinn recouverts de tissu violet, par Olivier Mourgue, lampes Noguchi, et, fin du fin, un horrible portrait en pied du créateur, grandeur nature, par Eduardo Arroyo — un miracle, si à l’époque la présence de cette toile n’a pas fait fuir la clientèle !

 

Dans l’ensemble, les modèles sont remarquables et parfaitement conservés. Les pièces emblématiques sont bien là, telles qu’on les attend : saharienne, caban ou smoking, détournés du vestiaire masculin. Les accessoires, escarpins, bottes, ceintures, foulards, et beaucoup de bijoux fantaisie, probablement créés pour la plupart à l’époque par Loulou de la Falaise, également directrice artistique de l’exposition, permettent de se représenter fidèlement ce à quoi pouvait ressembler une cliente Saint Laurent rive gauche dans ces années-là.

 

On a l’impression agréable d’un court voyage dans le temps, d’une incursion sur le plateau de tournage d’un film de Claude Sautet. La bourgeoisie des trente glorieuses devient bobo avant l’heure, et c’est pourtant vrai qu’on portait beaucoup le foulard en turban dans ces années-là ! cela semble terriblement daté. Daté, mais incontestablement élégant. Il paraît qu’Yves Saint Laurent aimait particulièrement dessiner les collections de prêt-à-porter, et ça se voit !

 

A part le style, ce qui frappe le spectateur attentif, c’est la qualité de fabrication très modeste des modèles présentés : il s’agissait vraiment d’une production industrielle décomplexée. Mais l’écart avec des souvenirs plus récents témoigne de la montée en gamme de la griffe YSL rive gauche dans les décennies qui ont suivi son lancement, comme de l’ensemble du prêt-à-porter, à mesure qu’il vidait les salons des maisons de couture. Ecart souligné par l’interview d’Yves Saint Laurent diffusée en boucle à l’entrée de l’exposition, et dont le propos pourrait ainsi se résumer, en paraphrasant le créateur : « Je voudrais être le Prisunic de la mode. »

 

Mais le Prisunic de la mode est venu plus tard. Sa distribution est mondiale, et ses créateurs s’effacent derrière des marques « globales ». Ce qui, au passage, met en abîme la carrière du grand couturier : si on ne doute pas un instant qu’un Pierre Bergé ferait fortune à toutes les époques de l’histoire, on peut se demander s’il y aurait encore une place aujourd’hui pour un jeune homme dépressif qui aime habiller des poupées, autrement que parmi les bataillons anonymes des stylistes des marques de prêt-à-porter. Le destin comme rencontre unique d’un homme et d’une époque : aujourd’hui, Yves Matthieu Saint Laurent vit toujours, il est salarié dans une multinationale de la mode, et vous ne connaîtrez jamais son nom.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 10/06/2011