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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 You kill me

You kill me

John DAHL

Avec Ben Kingsley, Tea Leoni, Luke Wilson et Dennis Farina Metropolitan filmexport – 25 juillet 2007 – 1h30

Et ta critique ?




Un tueur tombe amoureux et essaie d’abandonner son penchant pour l’alcool: avec une telle intrigue, il y a avait de quoi s’attendre au pire. You kill me est une chouette comédie, nuancée et servie par des acteurs inspirés. Quelle joie de retrouver John Dahl !


John Dahl est un spécialiste du polar. Depuis son premier film, Kill me again (décidément), le cinéaste ne s’est consacré (quasiment) qu’au film noir et à ses codes. Avec un certain talent et beaucoup de goût. Last Seduction a offert l’une des plus belles garces du cinéma. Les joueurs est l’un des meilleurs films sur le poker et ses magouilles incompréhensibles.

Dans le genre, John Dahl est une valeur sûre, un faiseur averti. Il le prouve dès les premières minutes de You kill me. Ben Kingsley sort de chez lui, nettoie les escaliers enneigés tout en s’envoyant un litre de vodka. Le regard est vitreux et impassible. L’homme est frigorifié. Il est seul au monde, au fond de la bouteille.

Tout est dit et tout l’enjeu se situe là, dans cette solitude, propre au genre, avec ses héros qui n’en sont jamais, pris dans des destins tragiques et des aventures ensanglantées. Ben Kingsley est Frank, assassin polonais, alcoolique et désespéré. Mauvais tueur, son patron l’envoie à San Francisco pour qu’il retrouve la forme. Obligé de suivre des réunions des alcooliques anonymes et de bosser comme croque mort, Frank va faire des rencontres bizarres…

Un alcoolique homosexuel, un agent immobilier névrosé et bien entendu une femme épatante qui lui permettra de s’en sortir. L’histoire semble convenue mais chez Dahl, tout est dans la manière. Sans être singulière, elle est souvent agréable.

Il soigne souvent ses personnages. Ben Kingsley, qui avait tendance à se perdre dans des séries B sans grande ambition (excepté Oliver Twist de Polanski), maintient le film à un excellent niveau. Son rôle de tueur est une énigme qui ne se dévoile pas facilement. La solitude (grand sujet américain) est visible mais il y a bien d’autres choses et c’est au contact des autres protagonistes que l’on découvre un être touchant et drôle.

Car You kill me est une douce comédie amère où tous les personnages se protègent derrière une délicieuse dérision. A plus de 60 ans, un tueur n’a pas que de la bouteille, il a aussi de l’humour. Ce qui le rend finalement plus crédible.

Ce ton décalé permet de pardonner une histoire criminelle un peu simplette, mais défendue par des seconds couteaux impressionnants (Dennis Farina, Philip Baker Hall et Bill Pullman). L’essentiel n’est pas là. John Dahl soigne l’histoire d’amour entre Frank et Laurel, créature cynique jouée avec charme par Téa Leoni, décidément de plus en plus convaincante. Le cinéaste s’occupe bien de ses personnages leur permettant d’évoluer dans un univers connu, superbement photographié, mais légèrement différent et libératoire pour les comédiens.

Rempli de stéréotypes, You kill me parvient tout de même à sortir du lot des productions américaines de la saison.  Avec quelques personnages bien écrits, le film fait oublier tous les blockbusters bruyants de l’été. You kill me ou la magie de l’habileté !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 27/07/2007