Yesterdays est un roman atypique publié en 1974 et écrit par Harold Sonny Ladoo. Mais à le lire, on jurerait qu’il vient d’être terminé hier tellement son ton est contemporain.
Choonilal a bien du souçi. Tout d’abord, et il s’agit de la première scène incroyable du livre, son locataire Taylor, ne lui paye pas de loyer, amène des filles (mais pas seulement) pour des bacchanales mais en plus, il ne nettoie pas les toilettes qu’il utilise, les rendant nauséabondes et inutilisables.
Malheureusement pour Choonilal, il s’agit d’un souçi mineur. Le plus important est que sa femme le tanne pour qu’il prenne une hypothèque sur sa maison, afin de financer le projet farfelu de leur fils Poonwa : ouvrir une mission hindoue au Canada pour convertir les chrétiens à l’hindouisme et le leur enseigner. Or, sa maison, c’est la seule chose qu’il possède.
Le roman se passe durant toute la journée et la nuit et l’on est témoins des manigances de Poonwa et de sa mère pour forcer la main de Choonilal. Nous sommes plongés dans une farce paillarde où les humeurs du corps ont une importance toute particulière. Il est vrai que la farce et la gaillardise du propos font de Ladoo, un descendant de Rabelais.
Drôle de destin d’ailleurs que celui d’Harold Sonny Ladoo, né en 1945 à Trinité-et-Tobago, dans les iles Caraibes. Il a quitté son ile avec femme et enfant, est parti vivre au Canada en 1968, où il a mené une double vie, la journée à écrire et la nuit à travailler dans des restaurants. La publication de Nulle douleur comme ce corps en 1972, en fait un écrivain reconnu.
Il veut alors accomplir le même travail de métamorphose littéraire sur l’ile de Trinité-et-Tobago que Faulkner a accompli pour le Sud des Etats-Unis. Il veut créer un univers où l’on croisera les personnages de roman en roman. Il n’en aura pas le temps car il meurrt assassiné lors d’un retour sur sa terre natale en 1974.
Son destin tragique explique qu’il y a un arrière-plan à la comédie qu’il met en scène : la pauvreté des hindous, leur exploitation, leur fascination pour les blancs et les Anglais. Tout est là en filigrane. Ainsi qu’une étonnante bisexualité totalement décomplexée.
Si vous êtes très prude et si la vulgarité (apparente comme les poûtres) vous met mal à l’aise, ce roman risque de vous choquer. Sinon, vous ferez une découverte salutaire : parfois les auteurs morts peuvent davantage péter de santé que nos contemporains.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 22/05/2007