Trent Reznor n’hurle plus à la mort sous un déluge de sons bidouillés. Le cirque Barnum, il le laisse à son ami Marilyn Manson et se consacre à des albums plus intelligents et de plus en plus barrés. Cette année zéro permet enfin à un large public de découvrir le sombre univers de cet artiste dérangeant.
Ecouter un album de Nine Inch Nails relève du défi. Les oreilles les plus sensibles seront atomisées par le rock industriel proche du délire bruitiste. Dans les années 90, le leader Trent Reznor apparaissait comme un écorché vif, adepte de la mutilation musicale et de la déstructuration du métal.
A partir de 2000, le bonhomme s’est fait plus discret. Puis il y a deux ans, With teeth permettait de découvrir un nouveau Reznor, avec une tête d’informaticien californien et un son beaucoup plus accessible.
Year Zero confirme que la musique de NIN s’est assagie. Elle n’en est pas moins déroutante. Synthétique, lourde, oppressante mais d’une musicalité déroutante. Trent Reznor, c’est le fils improbable de Metallica et Brian Eno. La colère des premiers albums s’est envolée mais NIN conserve ce sens de l’aventure en mélangeant sons électroniques et rock surpuissant.
Reznor, ayant beaucoup travaillé pour le cinéma, se lance dans un album concept avec en ligne de mire, le gouvernement Bush. Il manie avec une rare intelligence la cinématographie du rock industriel. Oppressant, Year Zero décrit un futur où l’Amérique a sombré dans une dictature militaire. Avec ses machines et ses musiciens, Reznor fait peur et réussit à créer une vraie ambiance.
D’ailleurs, il est bon de signaler que l’aventure du disque se poursuit sur le net et Reznor s’est beaucoup amusé avec les médias. Cette année zéro est en tout cas pour le groupe, la confirmation d’un renouveau sincère et salutaire. Il est nécessaire de signaler que le groupe se révèle très convaincant sur des morceaux calmes et (faussement) apaisés. NIN est un groupe accompli. Il a rangé sa rage adolescente pour l’assurance d’une pleine possession de ses moyens. Même les hermétiques au rock lourd devraient (après un temps d’adaptation) se laisser happer par cet exercice d’anticipation musical !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 26/05/2007