Le sort des sans papiers est au cœur de cette chronique humaniste. Comme toujours chez Philippe Lioret, c’est aussi convenu que louable.
Bilal arrive à Calais avec une candeur inquiétante. Après des milliers de kilomètres d’exil, il pense que la traversée de la Manche sera facile. Très vite, il comprend qu’il va avoir besoin de temps et d’argent.
Bilal est jeune et futé. Si la police est à la frontière, elle ne peut pas le coincer en mer. Il se met en tête de nager jusqu’en Grande Bretagne pour rejoindre sa bien aimée. Il décide de prendre des cours avec un maître nageur rongé par le manque d’amour, Simon…
Les deux solitudes vont se rencontrer et découvrir que l’espoir est d’une richesse inouïe.
On reconnaît bien la marque tendre du cinéaste Philippe Lioret. Son cinéma est d’une douceur qui jure avec le cynisme de notre époque.
Depuis Tombé du ciel en 1993, le réalisateur défend la générosité et toutes les valeurs qui font chaud au cœur. Lioret aime les mélos classiques mais sincères. Il est bien souvent inattaquable.
On peut lui reprocher une mise en scène plate. Pour Welcome il fait un bel effort. L’image est sublime. La ville de Calais devient un lieu étrange et ouaté, de plus en plus abstrait, en fonction des rêves des deux protagonistes.
Car le cinéaste nous passionne avec ses deux personnages en manque d’amour. Au-delà du débat social, Lioret raconte encore une histoire d’amour, tragique et élégante. Il observe un jeune obsédé par un amour impossible tandis que Simon ne se remet pas d’un divorce à peine voulu.
Pour jouer ce héros triste, Lioret convoque un Vincent Lindon émouvant et sensible. Juste un regard à la Droopy, et le comédien fait craquer le plus insensible des spectateurs. Pire que le chat dans Shrek. Cependant il est crédible et porte tout le film sur ces épaules imposantes.
Tout le reste du casting est formidable. Lioret sait filmer les corps, les gestes et les regards. Il leur donne du sens. Il rend hommage à cette humanité qui souffre en silence, si loin et si proche de nos vies.
C’est un beau film, qui s’intéresse aux maux de notre monde sans en faire trop. Il n’y a pas grand chose à dire et tout à voir dans ce film. Ce cinéma altruiste est vraiment le bienvenue.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 21/03/2009